dimanche 20 septembre 2026

CRITIQUE, CD événement. SCHREKER (ouverture des Stigmatisés), KORNGOLD (Sinfonietta), KRENEK (Potpourri) – ONPL Orchestre National des Pays de la Loire, Sascha Goetzel, direction (1 cd BIS)

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Était-il pertinent de ressusciter la « Sinfonietta » de Korngold (1897-1957) ? Exubérance, fantasmagorie sonore, exacerbation des climats expressionnistes, des accents émotionnels, parfois outrageusement contrastés, … « beaucoup de bruit, moins de nuances, du bavardage et pas de profondeur » : les plus critiques seront à la fête (comme pour le cas de Richard Strauss dont entre autres, le jaillissement autobiographique d’une Vie de héros avait suscité les plus vives réserves des critiques). Pourtant, de la part d’un jeune compositeur de …15 ans, soit Erich Wolfgang Korngold, l’écriture et l’inspiration de sa Sinfonietta – pièce majeure de cet album, se croisent et tissent une très riche texture orchestrale. En réalité extravertis, universalistes, le délire poétique et la liberté du geste inspirent une partition forte et originale ; ils nourrissent ici un défi exaltant autant pour les interprètes que les auditeurs qui vivent alors le grand bain de l’expérience symphonique.  Ce nouvel album serait-il parmi les plus convaincants de l’Orchestre National des Pays de la Loire ? A n’en pas douter.

 

 

Le choix des 3 pièces somptueuses souligne l’intérêt légitime du chef Sascha Goetzel, actuel directeur musical de l’ONPL, et viennois de naissance, pour la musique autrichienne fin de siècle. L’Europe au bord du gouffre et bientôt terrassée par la guerre, n’a jamais été aussi florissante sur le plan artistique. En témoigne ainsi l’éclectisme débordant, hyper virtuose du « Potpourri », opus 54 de 1927, de Krenek, écho tardif de cette rutilance, propre à l’entre deux guerres. Même flamboyance explosive dans l’ouverture des « Stigmatisés », opéra de Franz Schreker (mort en 1934) qui dans sa version courte, revêt la somptuosité d’un poème symphonique (Photo : Sascha Goetzel DR)
Entre ces deux œuvres exubérantes, mais d’une indiscutable puissance poétique (surtout dans le cas de Schreker, véritable magicien des textures instrumentales comme des climats poétiques voire psychologiques), s’affirme le génie à part du jeune Erich Wolfgang Korngold (1897 – 1957), ici compositeur précoce prodigieux, seulement âgé de 15 ans … sa Sinfonietta de 1912 révèle une maîtrise de la forme, une exceptionnelle intelligence de l’orchestration, surtout une pensée musicale qui construit, organise les séquences dramatiques, varie pour exprimer, surprend pour émouvoir. La maîtrise de l’architecture et du sens s’incarne avec d’autant plus de force qu’ils sont servis par une parure orchestrale des plus raffinées, surexpressive, convoquant l’orchestre de Wagner, Richard Strauss et Mahler… Rien de moins (!).

Le propre du chef est sa détermination communicative. Sascha Goetzel souligne combien les 3 auteurs repoussent les limites expressives, osent envisager de nouveaux champs musicaux avec une liberté assumée. Aux côtés des peintres Klimt, Schiele, Zweig, les compositeurs viennois préparent l’avènement de la modernité, dans un post-romantisme transcendé, intelligemment dépassé, mêlant dans un savant appareillage : classicisme, symbolisme, expressionnisme… En ce sens la Sinfonietta ainsi révélée peut être considérée comme une symphonie méconnue de Richard Strauss. L’œuvre dans son bouillonnement aussi délirant que poétique, outre qu’elle exprime les ultimes ressorts expressifs du langage orchestral, témoigne aussi des tensions de l’époque européenne au carrefour des XIXè / XXè.

 

 

Engagé, détaillé, fervent,
l’ONPL Orchestre National des Pays de la Loire
dévoile le génie flamboyant du jeune Korngold

Déjà perceptible et superbement articulée dès le Schreker, la texture scintillante de l’orchestre élargit par ses respirations et la richesse ondulante de son expressivité, le spectre sonore, dans un vortex musical qui se déploie sans cadre… Ici l’infini épouse la virtuosité d’une écriture souverainement poétique qui, croisée avec l’exubérance juvénile de Wolfgang Korngold, le bien nommé, produit un véritable miracle symphonique. Avant de composer son opéra Die Tote Stadt / La ville morte de 1914, fruit d’un génie de 17 ans, Korngold stupéfie auparavant en concevant sa Sinfonietta qui a l’ampleur et la puissance poétique d’une symphonie à part entière : 11 mn pour le premier mouvement, presque 15 pour le 4è et dernier.

Détaillé et dramatique, Sascha Goetzel éclaire la souplesse et l’entrain irrépressible du premier mouvement : son raffinement voluptueux, son urgence continue ; une synthèse qui semble fusionner l’esprit de la valse, telle que conçue et développée par les Strauss (Johann I et II, Josef, mais aussi Richard). C’est un festival de timbres scintillants et intenses dont le célesta, le piano ou la harpe ne sont pas les derniers acteurs. Le Scherzo associe avec une subtilité jubilatoire la sauvagerie abrupte des rythmes et l’ampleur des respirations qui évoquent le souffle de la Symphonie Alpestre de Richard Strauss. La rêverie nocturne du Molto andante envoûte littéralement dès le chant suspendu, éthéré du cor anglais. La finesse de ce mouvement hors du temps confirme aux côtés du génie tapageur, l’hypersensibilité du compositeur poète.
Le finale, grandiose, reconfirme la filiation directe du jeune Korngold avec Richard Strauss mais le jeune dramaturge sait là encore concilier ce qui ailleurs semble inconciliable : l’esprit de conquête et un raffinement sonore éblouissant, qui semble constamment hésiter entre extase et volupté. Du très grand art, servi par des maîtres interprètes.
Ce nouveau programme, joué récemment à Paris (la Sinfonietta de Korngold, La Seine Musicale, le 16 oct 2025) confirme les indiscutables qualités de la phalange ligérienne : l’ONPL Orchestre National des Pays de la Loire n’a jamais semblé mieux sonner, révélant ses affinités viennoises avec toute la subtilité requise.

 

 

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CRITIQUE, CD événement. KORNGOLD, SCHREKERONPL Orchestre National des Pays de la Loire, Sascha Goetzel, direction (1 cd BIS)  –  enregistré en juillet 2024 à Angers. CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2025.

 

 

 

LIRE aussi notre annonce du cd SCHREKER, KORNGOLD, KRENEK par l’Orchestre National des Pays de la Loire / Sascha Goetzel : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-schreker-les-stigmatises-korngold-sinfonietta-krenek-orchestre-national-des-pays-de-la-loire-sascha-goetzel-1-cd-bis/

 

CD événement, annonce. SCHREKER (Les Stigmatisés), KORNGOLD (Sinfonietta), KRENEK – Orchestre national des Pays de la Loire, Sascha Goetzel – 1 cd BIS

 

 

 

entretien

ENTRETIEN avec Sascha GOETZEL, directeur musical de l’Orchestre National des Pays de la Loire. A propos de leur nouveau cd dédié à la musique viennoise dont la Sinfonietta de Korngold : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-sascha-goetzel-directeur-musical-de-lorchestre-national-des-pays-de-la-loire-a-propos-de-leur-nouveau-cd-dedie-a-la-musique-viennoise-dont-la-sinfonietta-de-korngold/<

ENTRETIEN avec Sascha GOETZEL, directeur musical de l’Orchestre National des Pays de la Loire. A propos de leur nouveau cd dédié à la musique viennoise dont la Sinfonietta de Korngold

A l’automne 2025, l’Orchestre National des Pays de la Loire (ONPL) vit un jalon important de sa collaboration avec son directeur musical, le très viennois Sascha Goetzel. Au concert comme au disque, les musiciens célèbrent la profondeur et l’élégance de la musique propre à Vienne à la fin du XIXè, en ressuscitant une œuvre méconnue du jeune Korngold : sa Sinfonietta, œuvre traversée par une grâce inattendue, d’autant plus admirable au sein d’un Empire en perdition… Sascha Goetzel, au moment où paraît l’enregistrement qui associe à Korngold, Krenek et Schreker, précise sa relation spécifique à Vienne et à la musique viennoise ; éclaire ce qui fonde le travail avec les instrumentistes de l’ONPL ; partage aussi ses impressions vécues pendant l’enregistrement du disque qui paraît cet automne.

 

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