Grand concert symphonique à l’Auditorium Patrick Devedjian de La Seine Musicale… le concert de ce soir confirme le très haut niveau de la programmation de la salle de l’île Seguin, et aussi l’excellence interprétative de l’ONPL / Orchestre National des Pays de la Loire, sous la direction du très engagé Sasha Goetzel, directeur musical de la phalange ligérienne. Du très audacieux Concerto pour piano de Tchaïkovski, aux vertiges hollywoodiens et élégantissimes de la Sinfonietta du jeune Korngold (16 ans!), les musiciens déploient une volubilité superlative que l’enregistrement de la Sinfonietta, publiée simultanément au concert parisien, fixe avec une irrésistible séduction… toute viennoise.
Andreï Korobeinikov en titan hypersensible
Dans le Concerto pour piano n°1 (1875), le pianiste moscovite Andreï Korobeinikov aborde Tchaikovsky avec une puissance de titan, soulignant toutes les déflagrations tragiques au clavier que jalonne l’Orchestre à coup de tutti impérieux définitifs et aussi d’une belle éloquence. La série de décharges assénées comble toute attente s’il n’était des pianissimi presque imperceptibles qui amplifient encore l’écart des nuances et des contrastes ; l’intervalle expressif est littéralement vertigineux, célébrant dans un jeu radical, les noces de la candeur et de l’innocence suspendue, avec la fureur explosive. Tout le concerto enrage et fulmine, éclairant chez Tchaikovsky sa profondeur tragique, son souffle impérial, une ampleur que porte la conscience d’un destin intérieur foudroyé.
Le jeu de Korobeinikov est à la fois âpre et caressant, grave et lumineux, d’une sensibilité inouïe, et d’une sincérité …enfantine, qui respire et enchante littéralement dans le mouvement central dont il déduit un épisode suspendu, étoilé.
Telle lecture est d’autant plus appréciée qu’elle éclaire tout ce qui fait du Concerto n°1, une œuvre personnelle et très originale, presque sauvage dans l’enchaînement de séquences très diversifiées, et dans cet arc expressif radical. Ici, Tchaikovsky annonce la liberté crépusculaire de Rachmaninov et ce sont ses audaces qui ont tellement irrité le premier pianiste dédicataire Nikolaï Rubinstein, lequel refusa net de le créer. Et c’est son charme a contrario qui séduisit Hans von Bülow … lequel finalement assura la création à Boston en 1875. Photo © ONPL 2025
La Sinfonietta de Korngold,
partition flamboyante d’un jeune génie
Le morceau de bravoure, point d’orgue de la soirée, est assurément la découverte d’une
œuvre jamais écoutée jusque là à Paris (et probablement réalisée ce soir en création parisienne) : la Sinfonietta du jeune compositeur viennois Erich Wolfgang Korngold, alors auteur pleinement accompli d’une partition saisissante achevée ainsi au printemps 1913, à l’âge de 16 ans (!). De la part d’un adolescent, une telle œuvre qui a la dimension et l’orchestration des symphonies de Mahler et à tout le moins, des poèmes symphoniques et des opéras de Richard Strauss, est d’une valeur phénoménale. C’est un coup magistral de la part de Sascha Goetzel, d’autant que dans le choix de l’oeuvre, le chef confirme son goût des perles méconnues comme ses affinités évidentes avec le répertoire viennois. Un amour manifeste, un plaisir total des gestes, ce rythme vécu par le corps et en communion avec les instrumentistes produisent lors du concert et à travers les 4 mouvements de la Sinfonietta, une réalisation captivante, révélation d’un collectif engagé, surexpressif mais dans l’élégance et une finesse agogique toujours juste, superlative : autant de qualités que l’auditeur pourra retrouver dans le cd édité simultanément au concert (1 cd Bis records, dans lequel la Sinfonietta de Korngold est couplée avec entre autres, une autre splendeur orchestrale : l’ouverture de Die Gezeichneten de Franck Schreker… surprenante partition, elle aussi totalement fascinante).
Dans le cas de Korngold, la Sinfonietta n’a rien de « petit » (le titre Sinfonietta signifie « petite symphonie ») : outre l’ampleur de l’architecture, le souffle qui investit chaque pupitre, l’audace des combinaisons sonores, la pensée essentiellement orchestrale, et d’une grandeur déjà cinématographique dans ses effets et ses étagements ; l’œuvre saisit aussi par sa durée ; le premier mouvement se déploie de façon spectaculaire (avant Mahler) ; il plus de 10 mn ! Une prouesse littéralement enivrante qui pose d’emblée le décor. Korngold a une conscience et une connaissance phénoménale des ressources d’un orchestre ; avec d’autant plus de génie, que les combinaisons et la grille harmonique servent par leurs ré expositions, développement et reprises, une structure d’une évidente cohérence.
Dans chaque mouvement, Sascha Goetzel imprime un sentiment de plénitude transparente qui fait passer l’activité du premier mouvement, vers la rêverie la plus imperceptible et la plus évanescente ; la fureur rythmique du Scherzo, d’une activité bouillonnante et qui trépigne, à un sentiment de vitalité conquérante …. Mais c’est le III, noté « Molto andante » qui est pleine et directe immersion dans le rêve ; la séduction mélodique y fusionne avec une grille harmonique exquise et raffinée ; la sensibilité de Korngold se déploie ici sans limite, qui l’inscrit tel un disciple particulièrement affûté de Richard Strauss, sachant rendre perceptible la sensation du mystère et de l’enchantement, où chaque pupitre, idéalement individualisé, exprimerait chaque détail du rêve, mais un rêve traversé par la fantaisie et l’enchantement, jusqu’au ravissement final d’une flamboyante volupté.
Le Finale gonfle toutes les voiles sonores, traçant une voie profondément originale entre Wagner et Strauss, Beethoven et Mendelssohn : orchestration somptueuse, et toujours ce sentiment de volupté et de plénitude extatique qui transporte l’auditeur jusqu’à l’ivresse suspendue. La transparence, le soin du détail, les équilibres ciselés, l’élégance du geste, et aussi la vivacité expressive des accents composent un festival sonore irrésistible (jusqu’aux appels des cors finaux, rutilants, majestueux, qui citent Strauss encore). Un régal. L’écoute du cd qui vient d’être édité chez BIS est nécessaire, et vivement conseillée : l’auditeur pourra y mesurer, en complément à l’expérience du concert, la fabuleuse imagination du jeune Korngold, son métier époustouflant, sa finesse créative… au point que Paul Dukas et Camille Saint-Saëns, éblouis par sa sensibilité, son talent inouï, n’ont pas hésité à le comparer par sa précocité, à Mozart et à Mendelssohn. C’est dire. L’Orchestre National des Pays de La Loire et son directeur musical Sascha Goetzel ont pleinement dévoilé ce soir, la partition miraculeuse d’un jeune génie. Magistral.
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CRITIQUE, concert. LA SEINE MUSICALE, le 16 oct. Tchaikovsky (Concert pour piano / soliste : Andreï Korobeinikov), KORNGOLD: Sinfionetta… Orchestre National des Pays de la Loire, Sascha Goetzel, direction
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Notre ENTRETIEN avec SASCHA GOETZEL à propos du nouveau cd de l’Orchestre National des Pays de La Loire (SCHREKER, KORNGOLD, KRENEK) / Sinfonietta de Korngold : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-sascha-goetzel-directeur-musical-de-lorchestre-national-des-pays-de-la-loire-a-propos-de-leur-nouveau-cd-dedie-a-la-musique-viennoise-dont-la-sinfonietta-de-korngold/
A l’automne 2025, l’Orchestre National des Pays de la Loire (ONPL) vit un jalon important de sa collaboration avec son directeur musical, le très viennois Sascha Goetzel. Au concert comme au disque, les musiciens célèbrent la profondeur et l’élégance de la musique propre à Vienne à la fin du XIXè, en ressuscitant une œuvre méconnue du jeune Korngold : sa Sinfonietta, œuvre traversée par une grâce inattendue, d’autant plus admirable au sein d’un Empire en perdition… Sascha Goetzel, au moment où paraît l’enregistrement qui associe à Korngold, Krenek et Schreker, précise sa relation spécifique à Vienne et à la musique viennoise
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à venir
Notre critique du cd KORNGOLD, SCHREKER, KRENEK par l’ONPL Orchestre National des
Pays de la Loire, Sascha Goetzel / Schreker : Die Gezeichneten / Les Sacrifiés, ouverture / Korngold : Sinfonietta / Krenek : Potpourri (1 cd BIS records) – PLUS D’INFOS sur le site de l’ONPL Orchestre National des Pays de la Loire : https://onpl.fr/actualites/un-nouveau-cd-enregistre-par-sascha-goetzel-et-les-musiciens-de-l-onpl-chez-bis-records/
Un nouveau CD enregistré par Sascha Goetzel et les musiciens de l’ONPL chez Bis records – Dans le cadre du premier volet consacré aux compositeurs qui se sont inscrits dans l’axe Paris-Vienne au 20e siècle, Sascha Goetzel et les musiciens de l’ONPL ont enregistré au mois de juillet 2024 au Centre de Congrès d’Angers trois œuvres majeures du répertoire viennois qu’affectionne particulièrement notre directeur musical. Sortie officielle le 17 octobre 2025. Au programme : Potpourri d’Ernst Krenek, l’Ouverture de l’Opéra Les Stigmatisés de Franz Schreker et la magistrale Sinfonietta d’Erich Wolfgang Korngold….
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