Outre les multiples défis artistiques, surtout interprétatifs et techniques qu’il engage – » Obsessions » est un album très personnel qui immerge dans la quête musicale de la violoniste Pauline Klaus. C’est un itinéraire pour violon seul où chaque pièce éclaire l’autre…
La Fantaisie & Fugue en sol mineur BWV 542 de Bach (dans la transcription de l’illustre et modèle, Tedi Papavrami) pose le double ancrage — souffle libre / architecture — autour duquel gravitent les trois auteurs en regard : Sonates op. 27 d’Ysaÿe (n°2 « Obsession », n°3 « Ballade »), Enescu (Ménétrier, op. 28), sans omettre les deux pages de Juan Arroyo (« Dormiveglia », « Paralelo »), enfin le Grand Caprice d’Ernst d’après Schubert. Capté au Temple Saint-Marcel (Paris) en avril et septembre 2024, le programme affirme une idée simple et forte : faire du violon, un orgue miniature, un théâtre contrapuntique où l’obsession d’ordre autant artistique que spirituel, devient moteur de formes et de mémoire.
Dans la pièce majeure de JS BACH (BWV 542), inspirante entre toutes (et dans sa conception elle aussi double), l’« obsession » n’est pas une posture, mais une structure : la Fantaisie danse dans son jaillissement improvisé quand la Fugue organise et structure la perception du temps ; Ysaÿe en prolonge le principe sa Sonate « Obsession » n° 2 cite justement le Dies irae, rituelle scansion du retour) ; Ernst en pousse l’idée jusqu’au récit hallucinatoire du Roi des Aulnes — polyphonie projetée à l’archet, course dramatique rendue tangible par les « sauts » verticaux et qui selon nous, va plus loin dans l’imaginaire expressif musical que Liszt dans sa transcription du lied pour piano.
Enfin chez Arroyo, l’obsession se fait état transitoire (Dormiveglia, la demi-veille traversée de signaux urbains) ou réminiscence (Paralelo, où affleurent les ombres de la Chaconne) : autant de miroirs où se lisent persistance du motif, mémoire du geste, porosité des styles, échos et réitérations successives… L’album propose un cycle : de la matrice organistique de Bach aux perceptions, réactions, tensions, développements et hantises contemporains, dans une même continuité gestuelle.
L’approche et la conception qui est sous tendue dans l’élaboration et le choix des pièces révèle la très clarté structurelle, et donc, l’irrésistible cohérence de l’ensemble : Pauline Klaus éclaire les plans polyphoniques sans durcir le grain, respire la phrase avec naturel, règle les tensions par un archet souverain — BWV 542 y gagne une lisibilité rare, un feu personnel qui en rétablit la vitalité organique et aussi l’éloquence de plus en plus éruptive, jusqu’aux cimes finales ; Ysaÿe (nos 2, 3, 6) une éloquence nerveuse qui ne confond jamais intensité et lourdeur. Dans Enescu, le récit retrouve sa souplesse narrative ; chez Arroyo, le violon installe une tension hypnotique — entre veille / rêve — où l’oreille croit parfois entendre l’orgue sous la corde. Le Grand Caprice d’Ernst devient petite scène dramatique, menée avec panache et beaucoup de finesse. La prise de son (Marie-Ange Carrez) respecte la chair du timbre comme l’étagement dynamique : un écrin net, proche, qui sert l’idée d’« orchestration au violon ».
« Obsessions » déploie toute l’intensité exigeante d’une artiste réfléchie ; la justesse du propos est d’autant plus admirable qu’inspirée par les défis redoutables, la violoniste libère tensions et jeu technicien dans un jaillissement cathartique qui touche par son flux naturel. Voici un album cohérent, personnel, abouti : l’intelligence des choix fusionne avec l’éloquente sincérité de l’incarnation. Magistral.
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CRITIQUE CD événement. OBSESSIONS. PAULINE KLAUS,violon : JS BACH, ERNST [SCHUBERT], YSAYE, BARTO ARROYO,… 1 CD Paraty records – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2025 – PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur PARATY records : https://paraty.fr/portfolio/obesssions/
et aussi sur le site de la violoniste PAULINE KLAUS : https://www.paulineklaus.com/actu-album-solo-obsessions
REPORTAGE vidéo
Entretien entre Tedi Papavrami et Pauline Klaus à propos de la Fantaisie et fugue en sol mineur de JS BACH…
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annonce
LIRE aussi notre annonce du cd OBSESSIONS, Pauline Klaus, violon : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-pauline-klaus-violon-obsessions-js-bach-ernst-schubert-ysaye-barto-arroyo-1-cd-paraty-records/
CD événement, annonce. PAULINE KLAUS, violon. « OBSESSIONS » / JS BACH, ERNST [SCHUBERT], YSAYE, BARTO ARROYO,… 1 CD Paraty records – L’album est l’aboutissement d’un long cheminement qui réalise une performance singulière. La violoniste Pauline Klaus s’empare d’une partition parmi les plus redoutables du répertoire récent pour violon seul : la transcription réalisée par le violoniste Tedi Papavrami de la Fantaisie et fugue en sol mineur de JS BACH [originellement pour orgue].
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