lundi 26 février 2024

CRITIQUE CD, BEETHOVEN : intégrale des 9 Symphonies – Chamber Orchestra of Europe – Yannick Nézet-Séguin (DG Deutsche Grammophon)

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CRITIQUE CD, BEETHOVEN : intégrale des 9 Symphonies – Chamber Orchestra of Europe – Yannick Nézet-Séguin (DG Deutsche Grammophon) – Nézet-Séguin inscrit les symphonies dans l’urgence et un sens du détail qui soigne angles et accents de cette machine rythmique affûtée qu’est le COE Chamber Orchestra of Europe (premier violon : Lorenza Borrani), ce dès la 1ère Symphonie, d’une vivacité comme foudroyée. Pourtant dans ce geste électrique, se tend et s’affirme une dureté parfois tranchée, presque trop incisive qui exalte voire exacerbe les effets de contrastes, entre respirations des bois et tutti des cordes. Le chef s’applique, joue toutes les mesures dans un « premier enregistrement Urtext de la nouvelle édition Beethoven ». La battue est fouettée, le geste nerveux (Menuetto de la 1), d’une véhémence impérieuse qui gomme toute nuance : ce Beethoven est martial rien que martial et trépidant. Parfois trop sec.
Bain de pure poésie et d’évocation enivrée que donne la Symphonie n°6 ? Le premier Allegro sait respirer davantage, s’assouplir, varier et colorer la palette déjà impressionniste qu’a conçu Beethoven, premier romantique écologiste… Le Scherzo qui mène à l’explosion de la tempête (Finale) sait aussi ciseler chaque intervention soliste instrumental ; la construction du déchaînement des éléments, coup de tonnerre à la clé est admirablement mené, en contrastes, tension, élasticité, timbres déchirants, déchirés (cuivres) dont l’éclat acéré complète une somptueuse peinture cataclysmique. Et quand vient l’accalmie, clarinette et cor avant les cordes, dispensent leur chant apaisant, véritables appels à l’harmonie, avant que la conclusion n’ondule littéralement grâce aux cordes souplement tressées, à la fois, tendues et éperdues. La sonorité est particulièrement saisissante et le cheminement ultime, capable d’unissons souples, jaillissants désormais comme l’aurore d’une ère nouvelle, régénérée.
De la 8è, Nézet-Séguin exprime l’urgence, les secousses qui trépignent ; ce Beethoven racé qui convoque le destin et sait faire rugir un orchestre cosmique. Réglé comme une mécanique horlogère, l’Allegretto scherzando regorge de nerveuse vitalité, alliant précision, nuance, intensité (avec clarinettes délirantes d’un effet inédit, superlatif). L’Allegro vivace quant à lui réalise cette implosion dansante, transe magnifiquement réglée là encore, où la prise de son semble goûter le relief de chaque timbre, électrisé par une direction plus qu’affûtée, elle-même exultante, se jouant des couleurs et accents avec une verve qui devient ferveur collective. Avec la 6è cette 8è est la plus réussie, et ces derniers accords martelés, jalons d’une ivresse libératrice.
LA 9è, éruptive à souhait, rien que musclée, s’enflamme sans perdre de la précision des attaques, ni la ciselure de chaque ligne des cordes. Tout avance, se précipite vers son terme dans une ébullition critique, échevelée des cordes, qui exige le dépassement immédiat ; où le chant des bois questionne, inquiets. Nézet-Séguin clarifie les dialogues, cisèle chaque timbre, récapitule, répète, souligne l’impérieuse nécessité d’un Beethoven, saisi par l’imminence de son propre destin. Le Molto vivace trépigne lui aussi, galvanisé par la même énergie insatisfaite, interrogative, brûlante.
Le 3è mouvement, Adagio laisse couler à la fois âpre, sobre, direct, son cantabile d’une tendresse infinie. Que les bois et les cuivres détaillent en une longue séquence soliste, temps suspendu avant que les cordes ne chantent véritablement, que les cuivres ne rappellent un temps compté, appelant à la résolution qui cependant s’étire dans l’extrême douceur. La simplicité et le naturel, exposant chaque timbre, se révèlent bénéfiques dans une séquence exprimée amoureusement.
Comme la dernière confrontation entre Don Giovanni et le commandeur, le « presto » qui ouvre sur l’ultime cycle, et s’accomplit dans la mélodie énoncée par les violoncelles (allegro assai qui suit), avant que le ténor n’entonne le texte de Schiller – vibrant Werner Güra, inaugure l’accomplissement de la symphonie avec solistes et chœur. Le chef se montre architecte, bâtisseur d’une cathédrale aux appels impérieux, sculptant l’orchestration avec un irrépressible élan qui a cédé l’espoir pour la pure joie, accordant le chœur conquis tel une assemblée unie dans la réalisation d’un choral d’un nouveau type : le chant des partisans d’une humanité nouvelle. Magistrale acuité du maestro Nézet-Séguin. Cette conception humaniste, individuelle et collective, régénère toute la section finale, conférant à la voix chorale, un relief inédit, l’expression de cette transcendance profane à laquelle invite le barde Beethoven, prophète d’un monde qu’il nous reste à conquérir.

 

 

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CRITIQUE CD, BEETHOVEN : intégrale des 9 Symphonies – Chamber Orchestra of Europe – Yannick Nézet-Séguin (DG Deutsche Grammophon)

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