mercredi 17 juillet 2024

CRITIQUE, danse. BORDEAUX, Grand-Théâtre (du 6 au 31 décembre 2023). ADAM : Giselle. Matali Crasset / Ballet et Orchestre de l’Opéra National de Bordeaux

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Pour les fêtes, ballet féerique à l‘Opéra de Bordeaux… juste avant une autre chorégraphie à l’Opéra de Nice, une nouvelle production de Giselle d’Adolphe Adam est à l’affiche jusqu’au 31 décembre 2023. Le ballet romantique par excellence doit son irrésistible attraction à son héroïne, Giselle, telle que brossée par Théophile Gautier en 1841 : une amoureuse trahie qui pardonne et se sacrifie malgré l’opposition de ses sœurs Willis, fiancées trompées, victimes ressuscitées, devenues fantômes errants et vengeurs…

 

Nouvelle Giselle à Bordeaux
Du songe romantique
à la conscience écologique

 

 

A Bordeaux, le ballet s’actualise grâce à la plasticienne Matali Crasset qui dans la réalisation applique les préceptes créatifs d’une éthique artistique manifeste : le travail explicite l’écologique Giselle, fermière de son état ; il recycle décors, costumes en matières durables (tissu gaufré fabriqué en France, originellement utilisé pour les serpillières…); même le tutu est redessiné. Il est d’autant plus magnifié que sa forme (conique) inspire tous les décors… Chaque élément du paysage (jusqu’à la matérialité première du soleil) sont des éléments fabriqués par les ateliers de l’Opéra de Bordeaux, façonnés bruts (car ils sont ainsi conçus pour être recyclés pour d’autres productions)… selon ce principe, les mêmes éléments de l’acte I sont ainsi ré-agencés pour créer le décor de l’acte II.

Dans ce contexte actualisé et « durable », la puissance onirique et fantastique de l’acte II – le fameux acte « blanc », celui des Willis justement, conserve néanmoins son intensité, d’autant plus sur la musique fluide et évocatrice d’Adolphe Adam. Pureté, chasteté, évanescence. Dans cette figure fantasmée, irréelle, inatteignable et surnaturelle, se cristallise l’idéal féminin… au masculin, celui d’un XIXème presque fétichiste. Mais ici la danse, cathartique, réalise un fabuleux exutoire à toute les trahisons terrestres et les frustrations éprouvées. L’essence de la danse permet aux Willis de s’émanciper enfin ; car de leur vivant, elles n’ont pu ni être, ni aimer selon leur désir, c’est à dire danser. C’est pourquoi pour se venger, elles font danser jusqu’à la mort ces faux fiancés qui les ont abandonnées (Albrecht délaissant la paysanne Giselle à l’acte I). Dans la vision de Matali Crasset, le prince aime Giselle : c’est pourquoi il est sauvé à la fin.

Ce juste équilibre entre classicisme romantique et actualisation, s’accorde à la trame féerique et tragique de Giselle. L’approche souligne les deux mondes distincts ; celui d’Albrecht le fiancé convoité, narcissique, insouciant. Et celui de la « bonne fermière » Giselle, « concret », clairvoyant, proche du vivant, ancré dans une éthique écologique, telle que l’évoquent les costumes aux couleurs acidulées, fraîches, « flashys » (fuchsia, vert pomme, bleu ciel…).

La réussite du ballet bordelais s’affirme et dans la prouesse maîtrisée des danseurs sur scène, et dans l’énergie de l’orchestre, sous la baguette survoltée de la jeune cheffe d’origina coréenne Sora Elisabeth Lee (qui était cheffe assistante de Klaus Mäkelä à l’Orchestre de Paris la saison dernière). Certes, le Prince d’Ashley Whittle est un peu fade mais il est techniquement sûr, à l’instar de Giselle (Vanessa Feuillate) qui remplit ici son office, mais sans grand feu ni passion. Ahyun Shin, dans le rôle de Myrtha, la reine des Willis dans l’acte II, leur vole ainsi la vedette, tant son jeu, sa silhouette, son tempérament se distinguent nettement ; son incarnation s’impose… éblouissante. Même verdict pour le Hilarion de Riccardo Zuddas, idéal, souverain, au charisme immédiat, qui capte tous les regards. La chorégraphie très classique d’Eric Quilleré, le maître de ballet maison, réalise ainsi un sans faute ; le spectacle séduit par sa cohérence, révélant une Giselle dépoussiérée, opportunément renouvelée pour les Fêtes.

 

 

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CRITIQUE, danse. BORDEAUX, Grand-Théâtre (du 6 au 31 décembre 2023). ADAM : Giselle. Matali Crasset, Ballet et Orchestre de l’Opéra National Bordeaux Aquitaine, Sora Elisabeth Lee (direction musicale). Photos (c) Julien Benhamou

PLUS D’INFOS sur le site de l’Opéra National de Bordeaux : https://www.opera-bordeaux.com/danse-famille-scolaires-giselle-44012#a-propos

 

VIDEO : Teaser de « Giselle » selon Matali Crasset à l’Opéra National de Bordeaux

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