Compte rendu, récital lyrique. Paris. Salle Pleyel, 28 janvier 2014. Récital Sonya Yoncheva, soprano. Nathalie Stutzmann, direction musicale

Les Grandes Voix continuent leur feu d’artifice de ce début d’année – initié par Edita Gruberova il y a quatre jours à peine – avec l’étoile montante du monde lyrique actuel : la soprano bulgare Sonya Yoncheva, Leila dans les Pêcheurs de perles à Favart en juin 2012 et surtout Lucia di Lammermoor à l’Opéra Bastille pour l’ouverture de la présente saison.

Voilà donc, Salle Pleyel, son premier récital parisien, consacré au « caro Sassone », le surnom donné à Haendel. Elle partage l’affiche avec un autre grand nom du chant, la contralto Nathalie Stutzmann, mais ce soir la française ne chante pas, préférant diriger son ensemble fondé récemment, Orfeo 55.

Haendel et ses drôles de dames

Deux femmes pour un seul compositeur, deux musiciennes aux goûts éclectiques, pour un résultat généreux et électrisant. Sonya Yoncheva, lauréate du Jardin des Voix de William Christie, a servi avec autant de bonheur Monteverdi que Rameau, Bizet, Donizetti et Verdi, tandis que Nathalie Stutzmann, artiste complète, s’est illustrée aussi bien dans la musique baroque que chez Gluck et Mahler. Ce qui nous vaut une interprétation vocale et instrumentale d’un rare équilibre entre style baroque et ampleur sonore, deux notions n’allant pas toujours de pair dans ce répertoire.

 

 

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L’ensemble Orfeo 55 enchante par la rondeur de sa sonorité et la précision de ses traits, ainsi que par des soli de belle facture. Les différents extraits de Concerti grossi émaillant la soirée s’en trouvent ainsi magnifiés, grâce à un sens évident des nuances et une énergie communicative qui ne devient jamais sécheresse de jeu. Les instrumentistes se trouvent en outre galvanisés par la direction aussi sensible et vivante que claire et détaillée de Nathalie Stutzmann, qui défend sa place au sein du métier de chef d’orchestre.

C’est donc un tapis sonore qui se voit tissé sous les pas de Sonya Yoncheva qui n’a plus qu’à y déposer sa voix et la laisser se déployer. On reste ainsi pantois devant la facilité avec laquelle la jeune soprano paraît chanter, évitant toute crispation, cultivant au contraire une détente absolue de la mâchoire, laissant simplement monter la voix. Ce qui donne à entendre une émission vocale évidente de naturel, au legato qui semble couler de source, un vrai bonheur. Le grave apparaît en outre sonore et corsé, poitriné sans excès, et l’aigu éblouit par sa puissance et sa richesse harmonique, bourdonnant aux oreilles et entrant littéralement en résonance avec la salle.

Et tant de qualités purement techniques s’avèrent au seul service de la musique, grâce à une sensibilité à fleur de peau et une imagination dans les coloris qui paraît sans limites. Ainsi la tristesse de Cléopâtre et Alcina va droit au cœur, décuplée qu’elle est par la pudeur et l’intériorité de la chanteuse, osant le murmure – pourtant sonore – et l’éclat soudain – pourtant rond et moelleux jusque dans la fureur –. Deux rôles dans lesquels on espère retrouver un jour la magnifique Yoncheva.

Le public a bien compris qu’il se trouve face à une très grande artiste, une immense cantatrice en devenir, et la fête avec enthousiasme. Devant une telle ferveur, les deux femmes consentent un premier bis, le poignant « Lascia ch’io pianga » tiré de Rinaldo, rendu de façon déchirante par la soprano aidée en cela par l’orchestre tout entier. Puis, un second rappel, une reprise du premier air de la soirée ; et un troisième bis pour contenter l’assistance, un extrait de l’air d’Agrippina, qui clôt la soirée sur une note malicieuse.

Il est toujours beau de voir s’épanouir et mûrir un grand talent, c’était le cas ce soir.

Paris. Salle Pleyel, 28 janvier 2014. Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare, Ouverture ; Concerto grosso en mi mineur op. 6 n°3 HWV 321, Larghetto ; Giulio Cesare, “Non disperar, chi sa?” ; Concerto grosso en mi mineur op. 6 n°3 HWV 321, Allegro ; Atalanta, “Care selve” ; Concerto grosso en ré mineur op. 3 n°5 HWV 316, Allegro, Allegro ma non troppo, Allegro ; Concerto grosso en la mineur op. 6 n°4 HWV 322, Larghetto affetuoso ; Giulio Cesare, “Se pietà di me non senti” ; Salomon, Arrivée de la Reine de Saba ; Concerto grosso en sol mineur op. 6 n°6, HWV 316, Allegro ; Agrippina, “È un fuoco quel d’amore” ; Alcina, “Ah mio cor” ; Concerto grosso en ré mineur op. 3 n°5 HWV 316, Adagio ; Concerto grosso en ré majeur op. 3 n°6 HWV 317, Vivace ; Alcina, “Ah Ruggiero crudel… Ombre pallide”. Sonya Yoncheva. Orfeo 55. Nathalie Stutzmann, direction musicale

Illustration : Sonya Yoncheva (DR)

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