Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 31 mars 2014. Gioacchino Rossini : L’Italiana in Algeri. Varduhi Abrahamyan, Antonino Siragusa, Ildebrando d’Arcangelo, Tassis Christoyannis. Riccardo Frizza, direction musicale. Andrei Serban, mise en scène

rossini_portraitLa première représentation pour une reprise est souvent risquée, la cohésion de l’équipe présente sur le plateau se faisant davantage durant les soirées suivantes que pendant les répétitions. Cette Italiana in Algeri ne fait pas exception à la règle, les différents éléments apparaissant en place, mais sans l’âme qui devrait les habiter. La production bien connue d’Andrei Serban fait moins rire ce soir, les choristes et figurants semblant peu convaincus par leur actions, elles-mêmes manquant de minutie dans leur réalisation. Plus encore, une certaine trivialité se fait soudain davantage sentir, le rire n’étant plus là pour la masquer ou la détourner. Vocalement, il en va de même : de bons professionnels, aux voix cependant trop petites pour remplir le vaste espace de Garnier, mais le vent de la folie rossinienne refuse obstinément de souffler. Aux côté de la Zulma corsée et bien chantante d’Anna Pennisi, l’Elvira de Jaël Azzaretti se révèle parfois acide de timbre, malgré des aigus faciles et un jeu prêtant à sourire.

Une Italienne de routine

Très beau Haly de Nahuel di Pierro, qui, avec sa présence scénique toujours évidente, paraît libérer peu à peu son aigu, l’instrument gardant tout son intérêt et l’interprète toute sa musicalité, même pour un seul air.

Le Mustafà d’Ildebrando d’Arcangelo déconcerte, tant son mimétisme vocal est grand avec les inflexions de Samuel Ramey dans le même rôle. Néanmoins, cette imitation millimétrée révèle vite ses limites, le chanteur italien ne possédant par l’arrogance vocale ni la souplesse dans les coloratures de son illustre aîné, l’aigu se détimbrant en outre souvent. C’est pourquoi il surprend d’autant plus dans ses « Pappataci » où il lance des sols parfaitement émis, semblant avoir trouvé la clef des notes hautes. Son jeu scénique de bellâtre se déroule pourtant sans conviction, et on rit peu de ce bey ridiculement amoureux.

Remplaçant Kenneth Tarver initialement prévu, Antonino Siragusa fait étalage de son humour et de son émission claironnante, mais semble avoir perdu en agilité et en aigu, les notes les plus hautes sonnant souvent forcées, instables et caricaturalement nasalisées. On admire l’artiste qui paie comptant et prend des risques, mais on déplore l’usure des moyens chez un ténor qu’on a toujours beaucoup apprécié pour sa sécurité technique et musicale, en espérant qu’il ne s’agisse là que d’une fatigue passagère.

Dans le rôle-titre, Varduhi Abrahamyan, grande habituée de la première scène française, vient à bout des vocalises du personnage sans encombre et se coule avec délice dans la nature dominatrice de cette femme. Toutefois, il faut attendre le lent balancement de « Per lui che adoro » pour que la mezzo devienne pleinement musicienne, et, pour clore un « Penso alla patria » bien négocié – mais manquant encore de liberté comme de fantaisie dans l’agilité – la chanteuse tente un aigu courageux mais qui n’était pas nécessaire.

Celui qui domine la distribution reste incontestablement le Taddeo de Tassis Christoyannis. Comme toujours admirablement chantant, à l’émission riche et naturelle, il croque son personnage avec une grande finesse, regards levés au ciel et moues boudeuses, absolument irrésistible costumé en Kaimakan.

Le chœur et l’orchestre maison assurent pleinement leurs parties, emmenées par un Riccardo Frizza qui prend la musique de Rossini très au sérieux, mais qui n’évite pas ce soir de nombreux décalages notamment dans les grands ensembles, dont l’efficacité implacable repose sur une précision absolue.

Gageons cependant que cette reprise trouvera son rythme de croisière au fil des représentations, c’est tout ce qu’on lui souhaite.

Paris. Palais Garnier, 31 mars 2014. Gioacchino Rossini : L’Italiana in Algeri. Livret d’Angelo Anelli. Avec Isabella : Varduhi Abrahamyan ; Lindoro : Antonino Siragusa ; Mustafà : Ildebrando d’Arcangelo ; Taddeo : Tassis Christoyannis ; Haly : Nahuel di Pierro ; Elvira : Jaël Azzaretti ; Zulma : Anna Pennisi. Chœur de l’Opéra National de Paris ; Chef de chœur : Alessandro di Stefano. Orchestre de l’Opéra National de Paris. Direction musicale : Riccardo Frizza. Mise en scène : Andrei Serban ; Décors et costumes : Marina Draghici ; Lumières : Guido Lievi, réalisées par Andrei Serban et Jacques Giovanangeli ; Chorégraphie : Niky Wolcz

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