Compte-rendu, opéra. Paris. OPERA-COMIQUE, le 18 déc 2018. THOMAS : Hamlet. Degout, Devieilhe… O C E. Langrée / Teste

Compte rendu, opéra. Paris. OPERA-COMIQUE, le 18 décembre 2018. Ambroise Thomas : Hamlet. Stéphane Degout, Sabino Devieilhe… Orchestre des Champs-Elysées. Louis Langre, direction. Cyril Teste, mise en scène. Le grand opéra Hamlet du compositeur romantique français Ambroise Thomas, méconnu par beaucoup, méprisé par certains, s’affiche à l’Opéra Comique en cette fin d’année 2018, avec une équipe pluridisciplinaire de choc, concertée pour la production qui représente une sorte de résurrection française du compositeur en vérité. Un habitué du rôle éponyme, le baryton Stéphane Degout, avec l’Ophélie de notre soprano vedette préférée, Sabine Devieilhe, sous la direction du chef Louis Langrée, cautionnent à eux seuls déjà la « découverte ». La soirée et la production sont riches en surprises.

 

 

 

Affreuse perfection,
ou le tourment de ne pas être tourmenté

 

 

 

hamlet_une-thomas-devielhe-degout-opera-comique-critique-opera-classiquenews-la-critique-opera-sur-classiquenews

 

 

Si en Belgique et aux États-Unis l’œuvre tourne et fait ravage auprès du public, force est de constater que très peu connaissent en France le Hamlet d’Ambroise Thomas, compositeur romantique français. Une succession de faits heureux historiques est la base de la narration méprisante qu’on aurait créée pour le compositeur en question, après une petite phrase dénigrante de Chabrier. Prix de Rome 1832, embauché au Conservatoire, puis Directeur du dit Conservatoire, à côté de l’immense popularité de ses œuvres issues de sa créativité foisonnante et de son amour à l’art de la musique et du théâtre lyrique : ainsi paraît Ambroise Thomas. Hamlet a tout en théorie pour être placée à côté de La Traviata de Verdi, par exemple. Ce qui manque est la volonté. Félicitons déjà l’Opéra Comique et Louis Langrée pour ce courageux effort qui réalise sa (re)découverte et une valorisation des bijoux du répertoire lyrique français.
Pour l’occasion inouïe, le cinéaste Cyril Teste et son équipe artistique sont sollicités… Pas forcément pour l’éventuelle captation de la production en DVD pour une sortie ultérieure, mais pour… la mise en scène. Le procédé déjà vu, déjà connu, a fait parfois beaucoup d’effet dans l’histoire de l’opéra depuis l’invention du cinéma, mais très peu nombreux sont les opus lyriques rehaussés ou durablement ranimés par le phénomène technologique en soi. Pour cette production, la première commence avec une vingtaine de minutes de retard, – injonction publique à éteindre les portables et dispositifs électroniques à cause d’interférence… au passage, Sylvie Brunet-Grupposo qui incarne Gertrude est annoncée souffrante, mais elle décide d’assurer la prestation.

La mise en scène de Teste est immersive, multitudinaire, un enchaînement d’angles cinématographiques retransmis en direct sur des écrans modulables. Les chanteurs-acteurs sont suivis par les techniciens, ils investissent la salle aussi, et pas seulement les couloirs. A un moment cela fait un condensé un peu trop dense de différents styles du 7e art, un méli-mélo fort sympathique au niveau plastique qui pèche du même péché que Thomas dans toute son œuvre, à savoir d’être … beau. Si nous apprécions le rendu avec nos sens contemporains, nous nous questionnons par rapport à la longévité de la production, … d’autant qu’heureusement il s’agit d’une coproduction … qui a donc d’autres représentations plus ou moins assurées.
Si l’aspect visuel est souvent beau et jamais offensant, le bijou se trouve dans la partition, mise en valeur par les talents concertés du chef Louis Langrée et d’une distribution d’étoiles montantes du firmament lyrique. Stéphane Degout dans le rôle-titre est une force. Ses talents d’acteur trouvent une belle expression dans cette production, mais nous ne saurons pas dire s’il s’agît d’un travail d’acteur personnel (il vient du monde du théâtre) ou d’une quelconque direction artistique. Au delà de cette prestance à la fois accessible et froide qu’il incarne, ce qui chauffe les coeurs avant tout le concernant, c’est son instrument vocal. Que ce soit lors de la mélodieuse chanson bachique du IIe acte ou encore lors de son monologue-arioso « Être ou ne pas être » bouleversant d’intériorité. Sa voix est toujours seine et velouté, il est toujours séduisant par la force de sa diction et la limpidité du style. L’Ophélie de Sabine Devieilhe est un binôme avec les mêmes qualités. Sa performance est celle qui suscite les premiers et les plus longs et nombreux bravos chez l’auditoire. Pyrotechnique à souhait sans la moindre frivolité, son chant captive le public dès son premier air jusqu’à sa dernière scène, un air de folie virtuose et suicidaire. Inoubliable aux yeux fermés.

Remarquons également les nombreux rôles de la partition. Le Laërte du ténor Julien Behr est tout à fait correct, et il a toujours cette fraîcheur juvénile qui plaît. La Gertrude de Sylvie Brunet-Grupposo est fière à l’artiste, de grande prestance et à la déclamation irréprochable, malgré le fait qu’elle soit souffrante. Le Claudius de Laurent Alvaro plaît beaucoup à l’écran, mais au-delà de cela, sa performance musicale est tout à fait digne d’éloges. Le Spectre de Jérôme Varnier a une voix large et profonde d’outre-tombe qui sied bien au rôle, et un peu moins au personnage construit par le metteur en scène. Le chœur Les Éléments est en forme et souvent sollicité.

Que dire sinon de l’autre protagoniste, l’orchestre ? Le chef monte sur scène pour les saluts avec la partition dans les mains, et l’on dirait qu’il prononce le mot « justice ! » par ce geste. L’audace du saxophone sur scène avec la superbe interprétation de Sylvain Malézieux, la candeur des bois très présentes dans la partition, l’harmonie des cordes lors de moments d’intimité ou encore leur puissance pendant les scènes au style plus « pompier »… L’Orchestre des Champs-Elysées sous la direction de Langrée montre la richesse musicale de cette œuvre injustement négligée. A découvrir absolument ! Encore à l’affiche à l’Opéra Comique les 19, 21, 23, 27 et 29 décembre 2018. Un régal pour accompagner cette fin 2018.

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte rendu, opéra. Paris. OPERA-COMIQUE, le 18 décembre 2018. Ambroise Thomas : Hamlet. Stéphane Degout, Sabino Devieilhe… Orchestre des Champs-Elysées. Louis Langre, direction. Cyril Teste, mise en scène.

Comments are closed.