Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, Présences 2016, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Francesco Filidei,Clara Iannotta,Francesca Verunelli.

Festival Présences 2016 à Paris“Un monde apparemment immobile“. La relation symbiotique de l’Italie et de la musique n’a pas stagné. En effet, la programmation de Présences 2016 offre, fait rare en France, une belle place à l’avant-garde italienne et démontre de la passionnante vivacité de la création de la Péninsule. Pour son 7ème concert,  Présences accueille des jeunes compositrices et compositeurs qui se sont attachés à éveiller un certain lyrisme dans chaque composition. La jeune Clara Iannotta est la première à nous proposer la Commande de Radio France, Troglodyte Angels Clank By, splendide de poésie et de puissance, comme une évocation profonde de l’esprit qui touche plus par le lyrisme de l’écriture que par les couleurs du dispositif orchestral et éléctro-acoustique. La forme est un petit bijou qui se dévoile petit à petit gardant le lien ineffable entre la poésie de Dorothy Molloy, source d’inspiration, et le monde de Clara Iannotta. Comme chaque année, Présences réserve une belle part à la découverte des grands compositeurs et compositrices de demain, Clara Iannotta entre ainsi dans l’Olympe musical, pas tellement par une complexité de langage et des artifices sophistiqués, mais par la simple évocation universelle qui touche même l’être le plus hermétique à la musique.

Dans ce même sens, c’est Francesco Filidei qui poursuit ce concert. Un peu plus connu que la précédente, notamment par la somptueuse production Giordano Bruno, donnée l’automne dernier au Festival Musica de Strasbourg. Avec une originalité qui ne démérite guère, Francesco Filidei se lance avec Canzone (Commande de Radio France et de l’ensemble 2e2m) dans l’exploration de l’harmonica comme instrument soliste. Si la pensée même de cet instrument peut évoquer les risques d’une telle opération, le résultat est passionnant et avec des couleurs insoupçonnées. Le plus lyrique des compositeurs italiens depuis Berio a réussi son pari haut la main avec Canzone qui nous fait voyager avec l’harmonica dans une nouvelle virtuosité. Francesco Filidei se revendique de Puccini, de Tchaikovsky et même de Vivaldi, et la lumière de ces grands maîtres rejaillit dans sa création sans pour autant lui enlever le mérite d’être lui-même un des meilleurs compositeurs italiens de notre temps. Saluons ici l’exécution formidable de Gianluca Littera à l’harmonica.

La deuxième partie de ce concert a été bien plus contrastée. Car elle a commencé par le cycle pour soprano Trazos, avec des poesies espagnoles pour la plupart issues du Siglo de Oro, et l’émotion ne prend pas. L’écriture  de Aureliano Cattaneo est complexe, s’ajoutant à la prosodie pauvre de Petra Hoffmann. Les vers du Siglo de Oro sont déjà d’une lourdeur baroque pesante et pour mieux rendre les émotions qui s’y renferment, la musique infranchissable d’Aureliano Cattaneo n’a fait qu’alourdir encore plus l’hermétisme du langage. Trazos gagnerait a reprendre un peu plus de légéreté, le parti pris n’est pas réussi.

De même que la Commande d’Etat, Deshabillage impossible de Francesca Verunelli. Une pièce complexe comme un noeud gordien au langage sans subtilité. Gageons que certains moments ça et là méritent un intérêt particulier du fait de la qualité de l’écriture et de la structuration, mais les couleurs demeurent ternes et le langage brouillé par des idées qui semblent contradictoires.

Le tout est porté magnifiquement par Pierre Roullier et son Ensemble 2e2m, d’une précision sans faille. Par ailleurs on a remarqué l’intelligence d’exécution dans chaque partie pour permettre au public de jouir de chaque pièce individuellement sans avoir l’impression d’entendre les mêmes choses. Chaque pupitre se révèle investi du langage de chaque compositeur et défend avec brio leur propre personnalité. Peu d’ensembles peuvent se targuer d’une telle qualité d’interprétation et un tel investissement dans des créations passionnantes.

Malgré les contrastes, c’est sous un ciel couvert d’étoiles et un asphalte aussi lisse que le dos d’un cétacé, que les auditeurs de ce 7ème concert de Présences, ont retrouvé un peu d’Italie dans sa plus vivante modernité. Au loin les lumières de la Tour Eiffel et la skyline du XVème arrondissement nous évoquaient que le XXIème siècle est fait d’audace et d’un certain regard du passé.

Compte rendu, festivals. Paris, Maison de La Radio, le 10 février 2016. Studio 104. 3 créations : Canzona de Francesco Filidei, Troglodyte Angels Clank By de Clara Iannotta et Déshabillage impossible de Francesca Verunelli.

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