Compte rendu, danse. Paris. Centre Wallonie-Bruxelles, le 20 février 2015. JOJI INC : Modern Dance. Johanne Saunier, chorégraphie, conception. Jim Clayburgh, scénographie et lumières. T

Trois danseuses, trois personnalités. Habitées par l’entrain particulier d’un morceau de Miles Davis (Fast track) arrangé au service de la danse, qui requiert parfois des silences. Une mise en mouvement de grand impact mais surtout une danse moderne à l’entrain inextinguible, d’une fraîcheur rare et avec un je ne sais quoi d’électrique et une composante philosophique sans prétentions mais évidente. Une chorégraphie de l’exténuation, peut-être. Voici donc, un commentaire très pertinent sur la danse moderne et la vie du danseur en réalité.

Un commentaire sur la danse moderne

joji_inc Johanne SaunierLa chorégraphe Johanne Saunier de JOJI INC est l’une de nos trois personnalités. Elle vient du monde chorégraphique de la compagnie Rosas d’Anne Theresa de Keersmaeker, qu’elle intègre très jeune. Collaboratrice fétiche d’un George Arpeghis ou encore d’un Jean-François Sivadier pour qui elle crée les danses et mouvements de ses mises en scène d’opéra depuis quelques années, elle partage son temps entre sa Bruxelles d’adoption et là ou l’art l’emmène. Nous sommes ce soir au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, où sa pièce Modern Dance ouvre le 21e Festival « On y danse » sur l’actualité chorégraphique de la Belgique francophone. Pour Modern Dance, elle retrouve Jim Clayburgh qui signe scénographie et lumières épurées. Un sol blanc, brillant. Une corde élastique derrière, près du mur tout aussi blanc. Avec des fonctionnalités pratiques et des significations métaphysiques. Une danse frénétique et tonique s’installe, elle monte et descend avec le Fast Track de Miles Davis, mais ne s’arrête jamais. Quand la fatigue semble avoir dompté ses jambes folles, elle emprunte les jambes d’une autre danseuse. Un humour intelligent mais pas snob, d’un impact visuel immédiat qui s’ajoute à l’entrain envoûteur déjà présent dès les premiers pas. La corde tendue permettant quelques secondes de repos aux danseuses de temps en temps, termine toujours par les renvoyer vers l’avant-scène, où les sens exaltés d’un public complètement conquis semblent redonner aux artistes la force, le désir, le besoin de continuer à s’exprimer en mouvement. Ou, s’agirait-il plutôt d’une remarque subtile sur la condition de l’artiste qui vit (et doit vivre!) de son art, de la solitude pompeuse de la scène, où le corps exulte et s’expose jusqu’au paroxysme ?

Comme toute œuvre de qualité, le Modern Dance de Johanne Saunier – JOJI INC invite à la réflexion et pose plus de questions qu’elle n’y répond, le tout étant hautement divertissant, jamais fastidieux. Dans un monde où l’art paraît parfois ciblé par des fondamentalismes violents ou par une apathie déshonorante généralisée, quelle chance de voir encore briller la flamme de la créativité contemporaine dans le langage honnête et  frappant de Johanne Saunier. Une chorégraphe danseuse à suivre !

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