Compte-rendu critique, opéra. Liège. ORW, 30 septembre 2017. Puccini : Manon Lescaut. Anna Pirozzi

Compte-rendu critique, opéra. Liège. ORW, 30 septembre 2017. Puccini : Manon Lescaut. Anna Pirozzi, Marcello Giordani, Ionat Pascu, Marcel Vanaud. Speranza Scappucci, direction musicale. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scène. Après la Manon de Massenet et celle d’Auber, l’Opéra Royal de Wallonie clôt sa trilogie consacrée à l’héroïne de l’Abbé Prévost avec le chef d’œuvre qu’en a tiré Giacomo Puccini, absent de la scène liégeoise depuis plus de vingt ans.

Ces retrouvailles sont l’occasion pour la maison wallonne d’accueillir pour la première fois la grande soprano italienne Anna Pirozzi, à l’occasion de sa prise de rôle dans le personnage principal.

Anna Pirozzi en majesté

pirozzi annaUn triple événement, donc, que la cantatrice transalpine porte presque tout entier sur ses épaules. Comme à l’habitude, on est subjugués par l’aisance avec laquelle la tessiture du rôle lui tombe dans la voix, ses importants moyens étant toujours guidés avec une finesse évitant tout effort, prouvant une fois de plus combien une voix n’est jamais si belle que lorsqu’elle est mise au service d’un répertoire qui lui convient naturellement. Beauté du timbre, legato, piani, trilles véritables, tant de qualités qui se voient couronnées par des aigus somptueux, notamment un contre-ut extraordinaire, au deuxième acte durant son duo avec Lescaut, la note traversant l’orchestre déchaîné pour remplir toute la salle, de ces instants qui marquent une soirée et qu’on n’oublie pas de sitôt. Toute la représentation se passe ainsi à ce niveau d’excellence, troisième acte déchirant de lyrisme passionné et mort d’une sincérité totale, profondément émouvante. Bravissima, madame.
A ses côtés, Marcello Giordani, après quasiment trente ans de carrière, ne se hisse pas aux mêmes cimes mais assure vaillamment la partie exigeante de Des Grieux, lançant encore quelques aigus forte qui font trembler la salle. La nuance piano semble demander au ténor davantage d’efforts, mais il montre une belle sensibilité durant les deux derniers actes qui achève de rendre son personnage attachant.
Le Lescaut du baryton roumain Ionat Pascu se montre d’une solidité sans faille, tandis que Marcel Vanaud fait étalage de beaux restes en Geronte, voix toujours bien assurée et présence scénique de grand professionnel.
Parmi les seconds rôles, notons l’Edmondo bien chantant et musical de Marco Ciaponi et le Musico élégant d’Alexise Yerna. Fidèle à lui-même, le chœur maison assure une prestation de très belle qualité.
Tous évoluent dans la mise en scène joliment illustrative du maître des lieux, Stefano Mazzonis di Pralafera, transposant simplement l’action à l’époque de la création, notamment au troisième acte à la fin duquel le couple amoureux embarque sur un grand bateau à aubes.
A la tête d’un orchestre très investi, Speranza Scappucci, tout juste nommée Chef Principal attitré de la maison, déploie et charpente le discours musical au fur et à mesure que l’action avance, réussissant à déchaîner les forces instrumentales sans jamais couvrir les chanteurs, culminant dans un final admirable de tension et d’émotion. La collaboration entre la cheffe et le théâtre commence sous de bien beaux auspices.
Une ouverture de saison de superbe facture qui promet de grands moments à l’Opéra Royal de Wallonie.

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Liège. Opéra Royal de Wallonie, 30 septembre 2017. Giacomo Puccini : Manon Lescaut. Livret de Giuseppe Giacosa, Luigi Illica, Ruggero Leoncavallo, Domenico Oliva, Marco Praga, Giacomo Puccini et Giulio Ricordi. Avec Manon : Anna Pirozzi ; Des Grieux : Marcello Giordani ; Lescaut : Ionat Pascu ; Geronte de Ravoir : Marcel Vanaud ; Edmondo : Marco Ciaponi ; Il Musico : Alexise Yerna ; L’Hôtelier et le Sergent : Patrick Delcour ; Le Maître de ballet : Pietro Picone. Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef de chœur : Pierre Iodice. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Direction musicale : Speranza Scappucci. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera ; Décors : Jean-Guy Lecat ; Costumes : Fernand Ruiz ; Lumières : Franco Marri

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