Compte-rendu critique, concert. Parme. Teatro Regio, le 17 octobre 2017. Verdi. Orchestra dell’Opera italiana – David Crescenzi, direction.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte-rendu critique, concert. Parme. Teatro Regio, le 17 octobre 2017. Verdi. Orchestra dell’Opera italiana – David Crescenzi, direction. Depuis une quinzaine d’années, le club des 27, l’une des innombrables, mais aussi l’une des plus importantes, associations de mélomanes de Parme, organise un concert caritatif en octobre, pendant le festival Verdi. Chaque année, deux associations sont mises à l’honneur, et l’édition 2017 de ce Fuoco di gioia, (du nom du chœur introductif de l’opéra Otello), ne fait pas exception. City Angels aide non seulement les SDF mais aussi les personnes en difficulté, en les accueillant dans des foyers, le temps qu’elles trouvent un travail et un toit. Quant à Cooperativa « Insieme », elle vient en aide aux personnes handicapées et à leurs proches. Dès le premier concert fuoco di gioia, des artistes de niveau international se sont joints au Club des 27 pour donner de l’espoir, le temps d’une soirée, à ceux qui en ont besoin et à ceux qui les soutiennent. De fait, l’ensemble des artistes présents sur la scène du Teatro Regio en ce 17 octobre ont assuré gracieusement le concert, faisant preuve à  leur manière de générosité.

Fuoco di gioia : un concert placé sous le signe de la générosité

Ce sont donc neuf artistes de grande valeur qui ont assuré le show pour soutenir ceux qui, dans l’ombre, aident ceux qui en ont besoin. Cependant, la maladie s’en est mêlée, et Piero Pretti, victime d’une extinction de voix, a dû renoncer à venir au tout dernier moment. Le tout jeune ténor Ivan Defabiani l’a remplacé au pied levé, et avec brio, dans la scène de Riccardo (Un ballo in maschera) « S’avanza il conte … Amici miei … La rivedrà nell’estasi ». La voix est certes jeune, et murira avec le temps, mais la performance de Difabiani en ce 17 octobre est annonciatrice d’un futur grand Riccardo. Difabiani se montre tout aussi vaillant dans « Inferno… Sento avvampar mìnell’anima » (Simon Boccanegra, Adorno).

A chaque soirée sa révélation ; Francesca Benitez, campe une Gilda juvénile et émouvante et son « Caro nome » (Rigoletto) est tout en nuances et plein d’amour pour celui qu’elle prend pour un simple étudiant. Cependant la grande triomphatrice de la soirée est Dimitra Theodossiou ; la soprano grecque, consacrée « Cavaliere di Verdi » au retour de l’entracte, campe une Aida déchirée entre son Radamès chéri et son pays adoré (l’Ethiopie) ; mais c’est surtout dans I Lombardi alla prima crociata (« No … Una causa giusta », Giselda) qu’elle se montre très émouvante, au point qu’une pluie de roses, roses et blanches, s’abat depuis le loggione (ou poulailler) sur la soprano et l’orchestre qui, au final, reprennent l’aria de Giselda.
Désirée Rancatore n’est pas en reste, que ce soit dans « Non so les tetre immagini » (Il Corsaro, Médora) ou dans « Teneste la promessa … E tardi … Addio del passato » (La Traviata, Violetta). La soprano palermitaine a une gestuelle parfois excessive, mais son chant dans La traviata, aussi bien dans le finale du deuxième acte que dans le dernier aria de Violetta fait passer une émotion certaine. Notons également la très belle performance de la mezzo soprano Renata Lamanda, qui remplace, elle, Martina Belli initialement invitée, dans l’aria d’Eboli « O don fatale… O mia regina » (Don Carlo) ; la voix corsée et puissante de Lamanda, dont la tessiture correspond parfaitement au rôle, fait passer la princesse par des sentiments contradictoires sans pour autant en faire une femme faible. Non, Eboli apparaît ici dans toute sa splendeur de princesse mais aussi de femme.

Parmi les voix masculines, le baryton Angelo Veccia est un Rigoletto remarquable ; son « Cortigiani, vil razza dannata » claque avec force et derrière toute la rancœur accumulée le bouffon laisse transparaître l’être humain que sa difformité et sa laideur ont fini par faire oublier par les autres. Si la basse Marco Spotti est un Procida sombre, amer mais plein d’espoir pour la Sicile (I vespri siciliani ; « O tu Palermo »), son Grand Inqusiteur (Don Carlo) fait bien pâle figure face au Filippo souverain de Riccardo Zanellato ; dans cette scène « Il Grande Inquisitor… Son io dinanzi al rè », Spotti, qui nous avait séduit dans I vespri siciliani, manque curieusement de mordant et d’agressivité en inquisiteur. Quant à Riccardo Zanellato, son Lamento (« Ella giammai m’amò », grand air malheureux de Philippe II qui regrette que sa jeune épouse ELisabeth ne l’aime pas…) est de toute beauté ; toute la douleur du souverain et de l’homme passe aussi bien par l’introduction, superbement interprétée par le 1er violoncelle de l’Orchestra dell’Opera Italiana, que par la tristesse amère exprimée par Zanellato juste avant la confrontation avec le Grand inquisiteur.

La soprano espagnole Saioa Hernandez se distingue quant à elle dans Un ballo in maschera. L’aria difficile d’Amélia « Ecco l’orrido campo » est chanté avec dignité et élégance ; la peur de la jeune femme qui se retrouve dans ce champs sombre en pleine nuit est parfaitement transcrite ainsi que la stupéfaction de voir Riccardo arriver, la crainte d’avouer les sentiments qui l’animent et l’épouvante d’être surprise par son mari en compagnie du jeune homme.

David Crescenzi, excellent musicien et fin connaisseur de l’oeuvre de Verdi dirige l’Orchestra dell’opera italiana et le choeur de l’Opéra de Parme sans aucune partition, ce qui est d’autant plus remarquable que le programme est varié ; et les changements de programmes survenus seulement deux jours avant le concert n’ont pas eu de conséquences particulières sur le déroulé de la soirée. En contact constant avec ses chanteurs, Crescenzi les aident à se dépasser, se montrant particulièrement attentif à Benitez, dont c’était le premier engagement sur une scène importante, et à Difabiani, arrivé donc au tout dernier moment.

Le fuoco di gioia n’est pas une soirée de gala ordinaire puisqu’il s’agit d’un concert caritatif et festif qui se déroule dans une ambiance joyeuse, si joyeuse meme que le personnel, farceur, envoie des milliers de « drapeaux » à l’effigie de Verdi ou aux couleurs de l’Italie avec imprimé « Viva Verdi » ; mais est ce étonnant à Parme ou le compositeur est adulé ? Les artistes invités pour l’occasion ont donné le meilleur d’eux meme pour une juste cause avec une mention particulière à Ivan Difabiani et Renata Lamanda qui ont remplacé leurs collègues au pied levé avec brio.

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Parme. Teatro Regio, le 17 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : extraits de Otello (“Fuoco  di gioia”), Un ballo in maschera (Preludio, “La rivedrà in estasi”, “Ecco l’orrido campo”, “Teco io sto”), I vespri siciliani (“O tu Palermo”), Il corsaro (“Non so, le tetre immagini”), La forza de destino (“”Il santo nome di Dio sia benedetto”, “Pace, pace, mio Dio”), Il trovatore (“Vedi le fosche notturne spoglie”, “Stride la vampa”), Rigoletto (Gualtier Maldé… Caro nome”, “Cortigiani, vil razzia,  dannata”), La traviata (“Invitato a qui seguirmi”, “Addio del passato”), Aida (“Ritorna vincitor”), Simon Boccanegra (“Inferno … Sento avvampar nell’anima”), Don Carlo (“O don Fatale… O mia regina”, “Ella giammai m’amò”, “Il grande inquisitor… Son io dinanzi al  re”), I lombardi alla prima crociata (No… Giusta causa), Nabucco (“Va pensiero”). Francesca Benitez, soprano; Saioa Hernandez, soprano; Renata Lamanda, mezzo soprano; Désirée Rancatore, soprano; Dimitra Theodossiou, soprano; Ivan Defabiani, ténor;    Marco Spotti, basse; Angelo Veccia, baryton; Riccardo Zanellato, basse.  Choeur de l’Opéra de Parme, Orchestra dell’Opera italiana. David Crescenzi, direction.

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