COMPTE-RENDU, critique concert. PARIS, Philharmonie, le 24 fev 2020. Lang Lang, Eschenbach

COMPTE-RENDU CRITIQUE CONCERT ORCHESTRE DE PARIS, direction Christoph ESCHENBACH, LANG LANG, piano, PHILHARMONIE DE PARIS, Paris, 24 février 2020. Wagner, Beethoven. On pouvait s’y attendre, La salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris a fait le plein de public le 24 février dernier, pour la venue très attendue du pianiste Lang Lang, dont la popularité est restée intacte malgré une absence prolongée de la scène parisienne. Le pianiste s’est produit avec l’Orchestre de Paris et le chef qui l’a découvert et qui l’accompagne désormais au disque, Christoph Eschenbach. Wagner et Beethoven étaient au programme.

Eschenbach-Christoph-13Pour commencer, une ouverture, celle de Tannhäuser de Richard Wagner. Christoph Eschenbach arrive d’un pas alerte, le poids des ans de ce nouvel octogénaire ne semblant pas le concerner. La battue précise, ce qu’il faut d’expressivité dans le geste, sans en rajouter, il habille de majesté ces pages qui figurent parmi  les plus grandioses du compositeur allemand. L’Orchestre de Paris entre de bonnes mains, renvoie à sa direction sans équivoque, une lecture claire du déroulement narratif, voire épique, sur lequel l’œuvre est bâtie, et une netteté sonore dans une échelle de couleurs et de nuances expressives captivantes. Les cuivres imposent dès leur entrée leur présence d’une même voix, relayés par l’excellent pupitre des bois, qui entonne le chant des pèlerins dans un émouvant pianissimo, solennel et fervent. Eschenbach porte l’orchestre dans des phrasés amples et un crescendo soutenu, faisant culminer l’œuvre dans son hymne gigantesque, moins par l’effet de masse sonore que par la densité expressive. Rien de compact, mais un relief et une fascinante transparence des contrastes!

LANG LANG ET CHRISTOPH ESCHENBACH FONT RESPLENDIR BEETHOVEN

Contraste on ne peut plus fort avec le concerto n°2 opus 19 en si bémol majeur de Beethoven, si mozartien sous les doigts de Lang Lang! L’orchestre s’est allégé: des cuivres ne sont restés que deux des cors et les percussions se sont effacées. A la générosité de l’introduction orchestrale, le pianiste répond dans les toutes premières mesures non sans une pointe de préciosité qui laisse craindre une surenchère. On redoute l’agacement. Il n’en sera rien: prenant un plaisir non feint, Lang Lang coule son jeu dans une esthétique de raffinement, de phrases subtilement ourlées, et d’expressivité de bon goût, sans verser dans le sentimentalisme. L’excès est dans la foison d’idées musicales, mais se laisse savourer sans saturation. Toucher léger et délicat, son clair et lumineux, Lang Lang est dans la séduction, mais par sa créativité permanente et son intelligence musicale. Et c’est un bonheur de s’y laisser prendre! Il se plait à rehausser le parfum viennois de ce concerto qui fut en fait le premier ébauché par Beethoven, et cela fonctionne admirablement. Quelle cadence! Il en fait un scherzo, s’en amuse, y ajoute ici un brin romantique ; là, un trait d’humour. Tout cela dans un esprit de légèreté qui fait tant de bien! Sur le piano magnifiquement réglé, (on imagine qu’il y a été particulièrement attentif) il dessine les longues lignes de l’adagio dans le fond des touches, ou de ses bras dans l’espace lorsque l’orchestre joue seul, semblant vouloir ne pas interrompre la continuité du chant. Mais ces gestes au demeurant superfétatoires ne gênent en rien l’écoute, tant l’artiste est dans la musique. Dans le troisième mouvement, mené avec une bonne humeur communicative, si Lang Lang exagère les accents, notamment dans les syncopes, c’est dans un esprit de jeu et de partage avec son public, et s’il n’est pas avare de ces petits effets, il les prodigue sans vanité aucune. Il en découle quelque chose de frais et de positif, qui fait du concert un moment salutaire et enthousiasmant. Il honorera les nombreux rappels avec en bis une « Fileuse » de Mendelssohn, légère et volubile à souhait, sans un regard sur son clavier, ses yeux  radieux dans les yeux de son public au comble de la joie.

Dans la seconde partie, Christoph Eschenbach dirige la Symphonie n° 7 opus 92 en la majeur de Beethoven, avec la même précision dont il a fait preuve auparavant chez Wagner. Inflexible précision rythmique qui ne l’empêche pas néanmoins d’ouvrir de larges perspectives sonores dans le premier mouvement, dans une progression dynamique du plus bel effet jusqu’à la coda. L’allegretto bouleverse par le lyrisme des violoncelles, sur la marche implacable de l’ostinato, tenu de main ferme par le chef. Le troisième mouvement ponctué par les timbales possède une énergie, une lumière qui à elles seules résument les propos de Wagner sur cette symphonie (« insolence bénie de la joie, qui nous emporte avec une puissance de bacchanale… »). L’énergie ne fait pas défaut non plus dans le formidable mouvement ascensionnel au bout du Finale – Allegro con brio. Cette interprétation d’un éclat magnifique fait mouche auprès du public. L’Orchestre de Paris et Christoph Eschenbach chaudement applaudis boucleront le concert avec une autre ouverture, donnant en bis, pour le plus grand plaisir des auditeurs les plus motivés, celle des Créatures de Prométhée.

Au bout du compte, on sera venu pour Lang Lang, mais l’on aura entendu deux éminents musiciens – plus un orchestre que ni l’un ni l’autre n’auront éclipsé. De quoi être comblé!

____________________

COMPTE-RENDU CRITIQUE CONCERT ORCHESTRE DE PARIS, direction Christoph ESCHENBACH, LANG LANG, piano, PHILHARMONIE DE PARIS, Paris, 24 février 2020. Wagner, Beethoven.

 

Comments are closed.