Compte rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2016. Azagra, Beethoven… Vadim Gluzman, Tugan Sokhiev

DĂšs les premiers accords de prĂ©lude du jeune compositeur hispanique la qualitĂ© de la composition rejoint celle de l’interprĂ©tation et le public a Ă©tĂ© conscient de vivre un grand moment. Cette crĂ©ation, commande de l’orchestre du Capitole prouve combien l’orchestre et son chef sont engagĂ©s dans la dĂ©fense de la musique contemporaine. La grande sagesse du compositeur David Azagra permet aux oreilles de se dĂ©tendre et d‘accepter une partition lyrique qui se dĂ©ploie avec gĂ©nĂ©rositĂ©. L’appel Ă  une Ă©nergie supĂ©rieure est perceptible et crĂ©dible  mais la nostalgie de certains moments n’est pas sans Ă©voquer le cor anglais  de Tristan et Yseult de Wagner. La beautĂ© de l’orchestre est un enchantement, de couleurs et de nuances subtiles.

 
 
 

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De son cĂŽtĂ©, le concerto pour violon de Beethoven avec l’interprĂ©tation de Vadim Gluzman restera comme un moment de bonheur total proche de l’inouĂŻ.  Ecoutant avec gourmandise l’introduction de l’orchestre, ce musicien d’exception cherche Ă  se couler dans le son de l’orchestre. Cest ainsi qu’avant son entrĂ©e, il joue avec le tutti des premiers violons comme pour faire corps avec la musique de l’orchestre et le tempo. La direction vivante et fougueuse de Tugan Sokhiev obtient de trĂšs beaux phrasĂ©s des musicien et des nuances variĂ©es. Le romantisme de la partition s ‘exprime par la gĂ©nĂ©rositĂ© du son qui se dĂ©ploie avec puissance. L’orchestre sera tout du long un partenaire trĂšs prĂ©sent pour le soliste . Il faut dire combien Vadim Gluzman obtient de son Stradivarius une sonoritĂ© hĂ©doniste et gĂ©nĂ©reuse … laquelle semble flotter au dessus de tout.  MĂȘme dans les forte, le violon plane dans la lumiĂšre  et n’est jamais Ă©teint. Ses coups d‘archets sont parfois Ă©tonnants car ils vivifient des moments trop connus. Il est admirable de sentir combien cette partition de Beethoven retrouve dans cette interprĂ©tation une vivacitĂ©, un Ă©lan bien souvent perdu sous une trop complaisante tradition. Ici le chef et le soliste, main dans la main, semblent dĂ©poussiĂ©rer la partition et lui rendre l’audace qu’elle contient. Le mouvement lent est un chant d‘amour paisible et radieux et le final une danse de la vie splendide. Cette interprĂ©tation sensible et vivante restera dans les mĂ©moires de tous spectateurs privilĂ©giĂ©s de la Halle-aux-Grains comme des auditeurs de Radio Classique en direct ou les spectateur de Mezzo Ă  venir.

Pour entretenir la relation d’amour du public avec Vadim Gluzman, il revient avec un extrait pour violon seul des sonates et partitas de Bach. MĂȘme sous un tonnerre d‘applaudissement, il a bien fallu laisser partir celui qui est tout simplement l‘un des plus grand violonistes du moment.

Pour  terminer ce magnifique concert la beautĂ© et la puissance de la partition de Bela Bartok a reprĂ©sentĂ© un pur moment de grĂące. Le dĂ©but de cette suite du Prince de bois fait penser Ă  une sorte de crĂ©ation du monde avec l’utilisation si richement Ă©vocatrice des instruments les plus graves pianissimo. L’Or du Rhin de Wagner n’est pas loin. L’effet est sidĂ©rant mais la suite de cette piĂšce est tout Ă  fait incroyable. L’orchestre est gigantesque qui utilise mĂȘme deux saxophones. Il est demandĂ© aux musiciens une concentration incroyable avec en particulier des rythmes fort complexes. Cette musique a quelque chose d’athlĂ©tique dans cette exigence de maitrise instrumentale totale et cette capacitĂ© Ă  rendre naturels des rythmes d’une complexitĂ© inĂ©narrable.
La maniĂšre dont Tugan Sokhiev dirige est un pur bonheur partagĂ©. Souriant et heureux, il semble organiser jusqu’au moindre dĂ©tail de cette formidable partition. Chaque instrumentiste est Ă  la fĂȘte et semble donner tout ce qu’il peut pour participer Ă  la fĂȘte. Les nuances sont richement creusĂ©es et le crescendo final est presque insoutenable de puissance. La beautĂ© de la direction de Tugan Sokhiev, celle de ses gestes comme de toute sa maniĂšre d‘ĂȘtre, font merveille. Un seul regret : dommage que nous n’ayons pu profiter du ballet dans son intĂ©gralitĂ©, car nous savons quel chef de thĂ©Ăątre est Tugan Sokhiev et combien il aurait su lui rendre justice. Car la partition est la moins connue et la moins jouĂ©e des piĂšces dramatiques de Bartok. En effet l’opĂ©ra le Chateau de Barbe Bleue a trouvĂ© son public, et rĂ©cemment Ă  Toulouse, mais Ă©galement le Mandarin Merveilleux est plus jouĂ© que ce Prince de bois. Tugan Sokhiev nous avait  offert une suite d’orchestre sensationnelle  Ă  Toulouse dĂ©jĂ  en 2008. Ce soir pourtant il semble particuliĂšrement maitriser la complexitĂ© de l’oeuvre avec joie et aisance. La maturité  est magnifique et l’entente si belle avec l’orchestre du Capitole porte ses plus beaux fruits, comme une corbeille en forme de corne d ‘abondance. Ce concert a uni des musiciens de grand talent et des compositeurs au gĂ©nie souverain. Le jeune Azagra n’a pas dĂ©mĂ©ritĂ© ce qui laisse augurer de bien belles compositions Ă  venir.

Toulouse ; La Halle-aux-grains, le 4 mars 2016 ; David Azagra (nĂ© en 1974) : PrĂ©lude, crĂ©ation mondiale ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concert pour violon et orchestre en rĂ© majeur, op.61 ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le prince de bois, suite d ‘orchestre op.13 sz .60 ; Vadim Gluzman , violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse; Direction : Tugan Sokhiev.

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