COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 déc 2019. F. LISZT. D. CHOSTAKOVITCH. L. DEBARGUE, ONCT. T. SOKHIEV.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 7 dĂ©c 2019. F. LISZT. D. CHOSTAKOVITCH. L. DEBARGUE, ONCT. T. SOKHIEV. Le concert a permis de constater combien le jeune pianiste Lucas Debargue a tenu les promesses que son jeu virtuose avait fait deviner. En effet nous l’avions entendu en 2016 Ă  Piano aux Jacobins puis en 2018 Ă  La Roque d’AnthĂ©ron. Nous disions notre admiration et l’attente de la maturitĂ© pour gagner en musicalitĂ©. Nous y sommes et pouvons affirmer que Lucas Debargue a atteint un bel Ă©quilibre aujourd’hui. Ce premier concerto de Liszt, compositeur-virtuose cĂ©lĂšbrissime est reprĂ©sentatif de ses excĂšs de virtuositĂ© comme de son gĂ©nie rhapsodique. Les moyens pianistiques et la musicalitĂ© au sommet sont nĂ©cessaires pour soutenir l’intĂ©rĂȘt tout du long. En effet souvent la virtuositĂ© seule sert le propos et la musique s’évanouit. Il faut Ă©galement tenir compte de la personnalitĂ© de Tugan Sokhiev Ă  la tĂȘte de son orchestre. Le chef OssĂšte est un fin musicien et un grand admirateur des solistes invitĂ©s, lui qui toujours est attentif Ă  les mettre en valeur. Il a admirablement dirigĂ© ce concerto. Lucas Debargue souriant, a dominĂ© avec naturel l’écriture si complexe de sa partie de piano, tandis que le chef Ă©quilibrait Ă  la perfection les plans de l’orchestre, tenant dans une main de velours des tempi mĂ©dians mais capables d’un rubato Ă©lĂ©gant. Les moments chambristes nombreux ont Ă©tĂ© magnifiquement interprĂ©tĂ©s par un soliste attentif et des musiciens survoltĂ©s. Ce concerto proteĂŻforme a gagnĂ© en cohĂ©rence et en musicalitĂ© dans la belle interprĂ©tation de ce soir. La dĂ©licatesse du toucher et les fines nuances de Lucas Debargue ont Ă©tĂ© une merveille. Son jeu de la main gauche a semblĂ© particuliĂšrement puissant dans les passages trĂšs exposĂ©s. L’aisance digitale de Lucas Debargue, la beautĂ© de ses mains, sont un spectacle fascinant. Il a Ă©tĂ© ovationnĂ© par le public, a tenu Ă  saluer avec le chef comme pour dire combien leur entente Ă©tait rĂ©ussie et il a offert deux bis : un peu de Scarlatti et, nous a-t-il semblĂ©, une partition de son cru car ce jeune homme fort douĂ© est Ă©galement compositeur.

chostakovitch-compositeur-dmitri-classiquenews-dossier-portrait-1960_schostakowitsch_dresdenLa deuxiĂšme partie du concert a Ă©tĂ© trĂšs Ă©prouvante, car la tension douloureuse dĂ©ployĂ©e par Tugan Sokhiev dans son interprĂ©tation de la 8 Ăšme symphonie de Chostakovitch a Ă©tĂ© vertigineuse. Le long lamento des cordes, dans un Ă -plat froid et dĂ©solĂ© tient du cinĂ©matographique. Le dĂ©sert de glace autour des goulags Ă©tait prĂ©sent. Le train fou qui avance dans la neige vers la mort un peu plus tard. Le ricanement de militaires fantomatiques aussi. Les moments de fureur n’ont Ă©tĂ© que des moments permettant d’extĂ©rioriser le mĂȘme dĂ©sespoir et la dĂ©rision des musiques militaires, une autre variation de la dĂ©sespĂ©rance humaine. Le largo en forme de marche Ă  la mort sur une allure de passacaille tient du gĂ©nie noir, le plus noir. Comme une marche dont personne ne reviendra plus. Le final cherche Ă  se rĂ©volter mais finit dans une dĂ©solation particuliĂšrement insupportable que Tugan Sokhiev lie au silence qui suit avec une autoritĂ© sidĂ©rante. Les solistes de l’orchestre ont Ă©tĂ© trĂšs exposĂ©s, chaque famille dans un ou plusieurs soli, parmi les plus exigeants. Distinguons la trompette solo Ă  la prĂ©sence inoubliable de RenĂ©-Gilles Rousselot et le cor anglais si mĂ©lancolique de Gabrielle Zaneboni ; pourtant chaque instrumentiste a Ă©tĂ© merveilleux : le cor, la flĂ»te, le piccolo, la clarinette, le hautbois, le violon, l’alto ou le violoncelle. Et les sept percussionnistes ont Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sents. Sans oublier les contrebasses si expressives . Sous cette splendeur sonore de chaque instant, vraiment s’est dissimulĂ© le dĂ©sespoir le plus tragique. Ce n’est vraiment pas la symphonie la plus facile de Chostakovitch, c’est un long rĂ©quisitoire, le plus terrifiant peut ĂȘtre, contre les abjections du rĂ©gime communiste, en raison du peu de moments de rĂ©volte, comparĂ©s Ă  l’ampleur de la dĂ©solation contenue dans ces pages.
Un Grand moment que les micros, nous a t-on-dit, vont immortaliser pour Warner.
Ces symphonies de Chostakovitch Ă  Toulouse sont chaque fois un moment trĂšs apprĂ©ciĂ©, c’est une bonne idĂ©e de les enregistrer sur le vif au fur et Ă  mesure.

Compte-rendu concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 7 décembre 2019. Frantz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi bémol majeur S.124 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°8 en ut mineur op.65 ; Lucas Debargue, piano ; Orchestre National du Capitole. Tugan Sokhiev, direction.

LIRE aussi notre critique compte rendu du concert de Lucas Debargue aux Jacobins :
www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-a-edition-de-piano-aux-jacobins-toulouse-cloitre-des-jacobins-le-13-septembre-2016-mozart-ravel-chopin-liszt-lucas-debargue-piano/

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV.  

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV. La rentrĂ©e de l’Orchestre du Capitole de Toulouse est toujours un Ă©vĂ©nement attendu. Cette annĂ©e il a semblĂ© un instant que le public venu si nombreux n’allait pas pouvoir entrer dans la vaste Halle-aux-Grains. Mais tout c’est bien passĂ© ; l’orchestre a pu s’installer au centre d’un public serrĂ©, attentif et heureux. Il n’est plus trĂšs bien vu de dire les qualitĂ©s de cette salle de concert depuis qu’un projet de nouvel auditorium a pris vie. Mais l’un n’empĂȘche pas l’autre et certes cette salle a ses limites mais elle a aussi de vraies qualitĂ©s. Ce soir la tempĂ©rature idĂ©ale a permis de sortir de la torpeur de la ville et de se prĂ©parer au concert. Cette prĂ©sence du public de toutes parts permet Ă  l’Orchestre de bien sentir sa prĂ©sence.

Capitole de Toulouse

Somptueuse ouverture de saison

Et tous les points du vues sur l’orchestre ont leur intĂ©rĂȘt. Y compris dos Ă  l’orchestre oĂč le chef est vu de face. AprĂšs un Ă©tĂ© passĂ© Ă  beaucoup Ă©couter de concerts en plein air (pĂ©riode des festivals de l’étĂ©), il est rĂ©confortant de bĂ©nĂ©ficier de l’acoustique de la Halle-au-Grains. Acoustique sĂšche et qui permet une Ă©coute analytique de dĂ©tails; qui demande Ă  l’orchestre beaucoup d’efforts mais qui met en valeur ses grandes qualitĂ©s. De mĂȘme le pianiste peut oser des nuances subtiles car tout s’entend. Nous avons donc eu une interprĂ©tation absolument merveilleuse du deuxiĂšme concerto de Rachmaninov. Le jeune pianiste Behzod Abduraimov, est connu des toulousains et apprĂ©ciĂ©. Son jeu est flamboyant, nuancĂ©, colorĂ© et trĂšs prĂ©cis. Il dĂ©marre le concerto en dosant parfaitement les premiers accords dans un crescendo gĂ©nĂ©reux ; la rĂ©ponse de l’orchestre est d‘emblĂ©e parfaitement Ă©quilibrĂ©e, permettant de ne pas perdre une note du pianiste. Quelle diffĂ©rence avec ce mĂȘme concerto entendu Ă  La Roque d’AnthĂ©ron cet Ă©tĂ©, voir notre compte rendu critique : Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov par Lukas Geniusas, le 8 aout 2019.
L’Orchestre du Capitole est en pleine forme, concentrĂ© et d’allure dĂ©tendue. La musique coule avec une Ă©nergie maitrisĂ©e mais gĂ©nĂ©reuse. Tugan Sokhiev est aux petits soins pour le pianiste, il regarde constamment le jeune homme afin de suivre son jeu. Il rĂ©gule chaque instrumentiste demandant Ă  plusieurs reprises aux violons de jouer moins fort. Le rĂ©sultat est trĂšs, trĂšs beau. Et cette rare alchimie rĂ©unissant la musicalitĂ© du pianiste, du chef et de l’orchestre se produit miraculeusement ce soir. Le piano est souverain, le geste du chef est minimaliste mais il semble s’adresser Ă  chacun ; les musiciens de l’orchestre sont capables de moments solo d’une rare perfection et rĂ©agissent Ă  chaque inflexion de Tugan Sokhiev qui dirige de tout son corps semblant danser. Le concerto de Rachmaninov si galvaudĂ© par le cinĂ©ma retrouve sa place de chef d’Ɠuvre absolu du genre concerto symphonique. Un rĂ©gal de chaque instant que le public dĂ©guste en sachant le prix fabuleux que reprĂ©sente le fait d’ĂȘtre lĂ  ce soir.

sergei-prokofievLa deuxiĂšme partie du concert me permet de vivre un grand moment trĂšs attendu. Je me souviens d’un concert de 2003 dans lequel Tugan Sokhiev avait Ă©bloui en dirigeant les deux suites de RomĂ©o et Juliette de Prokofiev. Ce soir le bonheur est complet car le choix du chef est de jouer intĂ©gralement la deuxiĂšme suite et de poursuivre avec deux moments de la premiĂšre suite qui lui permettent de terminer sur l’extraordinaire mort de Tybalt. L’ñpretĂ© du dĂ©but fixe chacun Ă  son siĂšge. La violence, la puissance de destruction des Capulet et des Montaigu est aveuglante. La puretĂ© de Juliette, la douleur de RomĂ©o au tombeau sont des moments de thĂ©ĂątralitĂ© inoubliables. Cette partition est magnifique, chaque mesure trouve sa fonction dans cette dramaturgie implacable sous la direction trĂšs inspirĂ©e d’un Tugan Sokhiev en Ă©tat de grĂące. Et l’orchestre lui aussi semble hallucinĂ© et pris dans une musique d’une profondeur abyssale. La modernitĂ© de la partition a Ă©tĂ© reprochĂ©e Ă  Prokofiev par les Soviets, c’est Ă  juste titre car la musique fait prendre conscience de la puissance des totalitarismes, ici familiaux. Impossible sans en dĂ©naturer le souvenir d’en dire davantage tant chaque seconde a Ă©tĂ© un enchantement.
Les gestes de Tugan Sokhiev sont d’une beautĂ© envoĂ»tante. Il devient beaucoup plus minimaliste mais si prĂ©cis, si charismatique que le rĂ©sultat musicale est sidĂ©rant d’évidence. Les instrumentistes se surpassent : le cor, les bois, le saxophone, les harpes, le cĂ©lesta, les percussions, mais Ă©galement les cuivres graves ont des moments de beautĂ© absolue. Les cordes sont sublimes et de prĂ©cision et d’ampleur de phrasĂ©s. Et la virtuositĂ© diabolique des violons en a laissĂ© sans voix plus d’un dans le public. Une apothĂ©ose d’union parfaite entre Tugan Sokhiev et son orchestre. Le dĂ©part du chef dans quelques annĂ©es n’est plus refoulĂ©. Sa biographie dans le programme permet Ă  prĂ©sent de lire tous les orchestres que ce gĂ©nie de la baguette a dirigĂ© et je crois bien qu’aucun continent ne l’a pas invitĂ©. Donc le monde entier le demande, et il est toulousain, quelle chance d’ĂȘtre lĂ  ce soir !!!

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COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. SergueĂŻ Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°2 en ut mineur Op.18 ; SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : RomĂ©o et Juliette suites d’orchestre n° 2 et n° 1 Op. 68 Ter et bis ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Behzod Abduraimov, piano ; Tugan Sokhiev, direction.

COMPTE-RENDU, concert. MONTPELLIER, le 13 juillet 2019. SIBELIUS, CHOSTAKOVITCH, MOUSSORGSKI-RAVEL. T Sokhiev.

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCOMPTE-RENDU, concert, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Le Corum, le 13 juillet 2019. SIBELIUS, CHOSTAKOVITCH, MOUSSORGSKI-RAVEL, Bertrand Chamayou, David Guerrier, Tugan Sokhiev. La thĂ©matique retenue pour cette 35Ăšme Ă©dition du Festival Radio France, Occitanie, Montpellier – « Les musiques du Nord » – nous vaut la programmation de Finlandia, de Sibelius, qui ouvre le concert. Le sixiĂšme et dernier mouvement de la « Musique pour la cĂ©lĂ©bration de la presse », alors soumise au rĂ©gime tsariste, deviendra un an plus tard, en 1900, ce qui passe pour l’hymne officieux de la Finlande. La page est bien connue, brĂšve, contrastĂ©e, propre Ă  emporter l’auditoire Ă  travers son finale puissant, glorieux. L’évocation de l’immensitĂ© des paysages que la Finlande a en partage avec ses voisins, Ă  laquelle succĂšde la partie hĂ©roĂŻque, avec cuivres et percussions, est remarquablement conduite par Tugan Sokhiev, dont on connaĂźt l’énergie, comme le lyrisme et l’aisance dans ce rĂ©pertoire. L’orchestre National du Capitole de Toulouse y brille de tous ses feux. Illustration : Tugan Sokhiev © M Brenner)

Suit le Concerto pour piano et trompette de Chostakovitch. C’est pour le public le plaisir de retrouver Bertrand Chamayou, fidĂšle du Festival, et David Guerrier, l’hyperdouĂ© trompettiste (mais aussi corniste, tubiste etc.) insatiable musicien. Regrettons au passage que Chostakovitch ne lui ait pas rĂ©servĂ© un authentique rĂŽle concertant, limitant ses interventions aimablement dĂ©coratives, goguenardes, diablement virtuoses, Ă  trois des quatre mouvements. L’Ɠuvre, hybride de la tradition et du modernisme (relatif) du Leningrad de 1933, porte en germe la riche production du compositeur de 27 ans. Son matĂ©riau est pauvre et le traitement qu’il lui rĂ©serve ne prĂ©sente d’intĂ©rĂȘt qu’à travers le piano (que Chostakovitch tiendra Ă  la crĂ©ation), et le grotesque dont il pimente le propos. La mĂ©lodicitĂ© de la valse lente du deuxiĂšme mouvement peut sĂ©duire, mais c’est l’entrain, l’esprit potache de l’ensemble qui dominent. Le jeu des solistes, leur complicitĂ© justifierait Ă  lui seul la programmation de l’Ɠuvre, oĂč les cordes de l’orchestre, pleinement engagĂ©es, donnent leur meilleure interprĂ©tation.

Le public s’est massivement dĂ©placĂ© par les cĂ©lĂ©brissimes Tableaux d’une exposition. Il n’aura pas Ă©tĂ© déçu. A l’égal du concert de la veille, oĂč Kristjan JĂ€rvi nous offrait une relecture inspirĂ©e de l’Oiseau de feu, celle que nous propose Tugan Sokhiev de la page pianistique la plus spectaculaire de Moussorgski, orchestrĂ©e par Ravel, nous enthousiasme. L’orchestre sait se montrer tendre, rĂȘveur, dĂ©sinvolte, joueur, plaintif, courroucĂ©, vĂ©hĂ©ment, accablĂ©, prendre les couleurs les plus riches, et nous emporter dans le tableau final (la Grande porte de Kiev). Par-delĂ  l’énergie fantastique qu’il insuffle Ă  tous, c’est dans le dessin des phrasĂ©s propres Ă  chacun des pupitres et dans des plans qu’excelle le grand chef russe. Une leçon qui ne laisse aucun doute : Tugan Sokhiev a maintenant imprimĂ© durablement sa marque Ă  l’orchestre, confirmant son excellence, tout particuliĂšrement dans ce rĂ©pertoire scandinave et russe.

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COMPTE-RENDU, concert, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Le Corum, le 13 juillet 2019. SIBELIUS, CHOSTAKOVITCH, MOUSSORGSKI-RAVEL, Bertrand Chamayou, David Guerrier, Tugan Sokhiev. Crédit photographique © Pablo Ruiz

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 10 Juin 2019. BORODINE, RACHMANINOV, MOUSSORGSKI. ChƓurs du Capitole. Orch Nat du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 10 Juin 2019. A. BORODINE. S. RACHMANINOV. M. MOUSSORGSKI/M.RAVEL. ChƓurs du Capitole. Orchestre National du Capitole. G.Magee. T.SOKHIEV, direction. Ce concert trĂšs attendu n’a pas permis Ă  la vaste Halle-aux-Grains d’accueillir tout le public venu demander une place. C’est donc dans une salle bondĂ©e avec une ambiance Ă©lectrique que le concert a dĂ©butĂ©. La Cantate le Printemps de Rachmaninov pour baryton et chƓur est un hymne Ă  l’amour et au renouvellement perpĂ©tuel de la vie. Elle contient un trĂšs beau message de paix et de pardon. L’orchestration est subtile avec un Ă©veil de la nature d’une sensualitĂ© envoutante. Tugan Sokhiev dirige Ă  mains nues et semble obtenir de tous une musique aussi belle qu’émouvante. Le ChƓur du Capitole est profond dans d’admirables nuances. Le baryton Garry Magee au chant subtile et Ă  la voix naturellement belle fait un beau portait d’homme amoureux meurtri qui pardonne. Mais nous savons quel EugĂšne OnĂ©guine il a su ĂȘtre au Capitole. Il offre des interventions parfaites qui nous ont semblĂ© trop courtes. Illustration : Tugan Sokhiev © M Brenner.

 

 

 

Sommet de musicalité à Toulouse

Puis les danses Polovtsiennes du Prince Igor avec chƓur sont une merveille de beautĂ© et de grĂące trop rarement donnĂ©e. La danse des jeunes filles permet aux femmes du chƓur d’offrir nostalgie et dĂ©licatesse, tandis que les hommes sont d’une vivacitĂ© et d’une Ă©nergie bien dosĂ©es. Pour la danse finale, le chƓur mixte fait merveille. Tugan Sokhiev dirige avec gourmandise ces pages superbes et richement orchestrĂ©es.
La deuxiĂšme partie du concert offre une Ɠuvre phare que l’orchestre et son chef jouent avec succĂšs dans le monde entier. L’enregistrement par ces mĂȘme interprĂštes en 2006 chez NaĂŻve est une rĂ©fĂ©rence. Le concert de ce soir renouvelle cette magie et l’augmente car l’orchestre du Capitole a des couleurs plus profondes et plus lumineuses. L’équilibre entre le son français et russe est inĂ©galable de charme et d’émotion. La trompette solo qui ouvre la promenade demande un culot incroyable au soliste, Hugo Blacher est tout simplement merveilleux dans une Ă©motion palpable partagĂ©e. Tout ira ensuite comme par enchantement : les tableaux sont pleins de vies et dĂ©filent, la promenade est pleine d’esprit dans ses transformations.
Chaque instrumentiste soliste donne sa vie et les gestes de Tugan Sokhiev disent la musique et les mini drames contenus dans la partition avec une beautĂ© de chaque instant. Ses mains semblent crĂ©er le son, agençant avec un air gourmand couleurs et nuances dans une narrativitĂ© sans cesse relancĂ©e. La dĂ©licate mĂ©lancolie du vieux chĂąteaux, la puissance de la marche du bĂ©tail, l’humour du ballet des coquilles d’Ɠuf et la noirceur des catacombes, tout est parfaitement suggĂ©rĂ©. Ainsi ce voyage se poursuit dans une atmosphĂšre de beautĂ© et d’émotions dĂ©licates avant que d’arriver au final triomphant qui dans un crescendo irrĂ©sistible nous entraine dans la Russie Ă©ternelle de nos rĂȘves. La Grande porte de Kiev est aussi grandiose et majestueuse que possible. Tugan Sokhiev dose Ă  la perfection les nuances pour terminer dans un fortissimo enthousiasmant. Quel admirable concert associant une Ɠuvre trĂšs rare, des danses cĂ©lĂšbres rarement donnĂ©e et un must absolu pour un orchestre virtuose. Tugan Sokhiev a une maturitĂ© artistique inouĂŻe tout en gardant ce contact chaleureux et simple avec les musiciens de son orchestre comme avec son public. Public toulousain sous son charme tant cet homme semble incarner totalement la Musique.
Le triomphe fait par le public obtient un bis mystérieux tout en émotion : la délicate orchestration par Debussy de la premiÚre Gymnopédie de Satie !
C’était le dernier concert de la saison dirigĂ© par Tugan Sokhiev qui atteint un nouveau sommet de musicalitĂ© avec ses musiciens toulousains. Les retrouver Ă  la rentrĂ©e sera un grand moment.

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains le 10 juin 2019. Alexandre Borodine (1833-1887) : Le Prince Igor : Danses Polovtsiennes ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Le printemps, Op.20 ; Modeste Moussorgski ( 1839-1881) Orchestration de Maurice Ravel : Tableaux d’une exposition ; Garry Magee, baryton ; Choeurs du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 12 avril 2019. ATTAHIR. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orch Nat Capitole. T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 12 avril 2019. B. ATTAHIR. D. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orchestre National du Capitole. T.SOKHIEV, direction. En apparence rien que de l’habituel avec ce concert d’abonnement. En fait au mĂȘme moment, l’Orchestre du Capitole est Ă©galement dans la fosse de l’OpĂ©ra pour l’extraordinaire Ariane et Barbe Bleue de Dukas dont nous avons rendu compte dans ces colonnes. Ainsi le projet d’agrandir l’orchestre est advenu permettant cette offre gĂ©nĂ©reuse au public de la ville rose.

Quelle puissance musicale Ă  Toulouse !

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerDeux magnifiques orchestres en un. De son cĂŽtĂ©, Tugan Sokhiev a dirigĂ© un vĂ©ritable marathon le mois dernier avec l’orchestre du BolchoĂŻ et avec le succĂšs que l’on sait. Les retrouvailles Ă  Toulouse ont Ă©tĂ© absolues, naturelles et faites de la fusion musicale que nous connaissons entre le chef et l’orchestre dans leurs meilleurs moments. A prĂ©sent, Chostakovitch est un compositeur que l’orchestre connaĂźt bien et dans lequel il excelle. La symphonie n°6 a Ă©tĂ© un moment de pure merveille, le chef semblant obtenir tout ce qui est possible de son orchestre. Tout a semblĂ© Ă©vident et facile et nous avons Ă©tĂ© entraĂźnĂ© dans cet univers si riche et Ă©mouvant comme par enchantement.
Chostakovitch vivait une pĂ©riode difficile et troublĂ©e avec sa nation. Victime de critiques et de menaces de mort, il a cherchĂ© une sorte d’apaisement avec cette Symphonie. Apaisement trĂšs relatif Ă  bien y regarder. La Symphonie en trois mouvements est construite en un immense crescendo, accelerando aux allures faciles parfois mĂȘme simplistes. Tugan Sokhiev a interprĂ©tĂ© avec finesse, laissant entendre tout ce que le sous texte a de grotesque et de violemment moqueur. Le final virtuose semblant presque une course Ă  l’abĂźme. Le piccolo a tout particuliĂšrement participĂ© Ă  ce mĂ©lange de tendresse et de moquerie.

Les solistes de l’orchestre ont tous Ă©tĂ© magnifiques et ont longuement Ă©tĂ© applaudis. Le public sait apprĂ©cier la musique de Chostakovitch, y prend un grand plaisir. VoilĂ  un bonheur que nous devons Ă  Tugan Sokhiev et Ă  l’énergie que l’orchestre du Capitole sait dĂ©ployer avec la mĂȘme gĂ©nĂ©rositĂ© que le chef.

ATTAHIR-benjamin-portrait-annonce-concert-orchestre-national-de-lille-par-classiquenews-Benjamin-Attahir-Nouveau-Siecle-credit-Ugo-Ponte-ONLEn premiĂšre partie une crĂ©ation mondiale de Benjamin Attahir a tenu de l’évĂ©nement riche en promesses. Benjamin Attahir connaĂźt bien l’orchestre et la ville rose. Il a composĂ© une vaste piĂšce trĂšs belle et permettant de trĂšs intĂ©ressants moments solistes comme des riches moments rythmiques. Des couleurs originales ont irisĂ© l’orchestre. Deux solistes ont Ă©tĂ© invitĂ©s par le compositeur. Le violoniste Renaud Capucon qui connaĂźt bien l’orchestre et participe souvent Ă  ses tournĂ©es, a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une partie complexe dont il s’est tirĂ© avec panache et une fine musicalitĂ©. Le cas de la soprano Raquel Camarihna est diffĂ©rent. Sa voix peu sonore et peu capable ce soir d’harmoniques, a Ă©tĂ© confidentielle dans la vaste Halle-aux-Grains. L’écriture dans le mĂ©dium ne l’a pas favorisĂ©e. Le plus grand Ă©lĂ©ment de dĂ©ception est venu de sa diction inaudible mĂȘme dans le final empli de la plus dĂ©licate poĂ©sie avec un solo diaphane de Capuçon. La longueur de la piĂšce et sa beautĂ© gagneront Ă  ĂȘtre confiĂ©es Ă  une voix plus large et une vĂ©ritable diseuse sinon une tragĂ©dienne, rĂ©ellement capable de communiquer la beautĂ© du texte, car elle a juste Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©e ce soir. Entre les Nuits d’étĂ©, le poĂšme de l’amour et de la mer et surtout ShĂ©hĂ©razade, cette « Je/Suis /Ju/Dith » pourra alors trouver la place qui lui revient. Quoi qu’il en soit ce concert a Ă©tĂ© particuliĂšrement prestigieux ce soir. Et ravi, le public, a semblĂ© en prendre toute la mesure.

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Compte- Rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 Avril 2019. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Je/Suis/Ju/ Dith – Un grain de figue, sĂ©quence 2 sur un thĂšme de Lancelot Hamelin pour soprano, violon et orchestre. CrĂ©ation mondiale. Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur op. 54. Raquel Camarinha, soprano ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 13 mars 2019. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ / V. Borisov

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. P.I. TCHAIKOVSKI.  S. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. V. Borisov. Point d’orgue des Musicales Franco-Russes, les trois concerts des forces du BolchoĂŻ, comme en rĂ©sidence Ă  Toulouse, ont motivĂ© un public nombreux dĂšs ce premier concert du seul Choeur du BolchoĂŻ. Un programme d’un grande cohĂ©rence et d’une grande intelligence a fait la par belle Ă  des oeuvres de la charniĂšre entre les XIX Ăšme et le XX Ăšme siĂšcles. La tradition vocale en Russie est millĂ©naire mais a connu son apogĂ©e en cette Ă©poque.  Les exactions du communisme n’ont pas osĂ© Ă©teindre ce feu sacrĂ© d’amour pour le chant choral aussi riche en musique sacrĂ©e que profane.

 

 

La majesté du Choeur du Bolchoï enchante Toulouse

 

 

toulouse-choeur-concert-concert-critique-classiquenews

 

 

La tradition a Ă©tĂ© conservĂ©e par les moines mais Ă©galement les simples chanteurs, et tel un PhĂ©nix revit une nouvelle splendeur.  Ce voyage d’une rare Ă©motion a Ă©tĂ© parfaitement dirigĂ© par Valery Borisov, trĂšs strict dans sa gestuelle. Il a obtenu une perfection inouĂŻe de ses 50 choristes. DĂšs le premier numĂ©ro (VĂȘpres de Rachmaninov), les superbes nuances, quasi abyssales, ont profondĂ©ment marquĂ© le public. Sans vĂ©ritablement pouvoir juger ce qui se dĂ©roulait, une succession de beautĂ©s sonores a vĂ©ritablement submergĂ© l’audience. Les nuances sont prĂ©cises et profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs sont quasiment dignes des icĂŽnes les plus vives dans des lumiĂšres variĂ©es. Les voix russes sont extrĂȘmement timbrĂ©es, diffĂ©rentes et complĂ©mentaires, elles offrent un son de pupitre, plein de chair et de force. Les basses cĂ©lĂšbres pour leur gravitĂ© sĂ©pulcrale sont fidĂšles Ă  leur rĂ©putation ! Les sopranos sont d’une puissance et d’une rondeur de son, supersoniques. Les tĂ©nors trĂšs prĂ©sents, sont comme des flĂšches dardĂ©es et les alto dans une rondeur de timbre envoĂ»tante, donnent un appui incroyable aux sopranos pour planer haut.
De nombreux moments ont permis de dĂ©couvrir des choristes dignes des solistes le plus compĂ©tents avec des timbres trĂšs diffĂ©rents et un engagement parfois hypnotique. Ainsi chaque voix pouvait ĂȘtre reconnue mais dans un ensemble parfaitement musical et une union parfaite. Les forte sont apocalyptiques et ont tonnĂ© dans la vaste Halle-aux-Grains comme rarement. Mais c’est surtout la qualitĂ© des sons  piano qui est oeuvre d’art incroyable. Un son si piano et si timbrĂ©, si riche en harmoniques, si Ă©mouvant par son mĂ©lange de fragilitĂ© et de force,  est inoubliable.
Les toulousains aiment le chant choral; ils ont su particuliĂšrement, par leurs applaudissements nourris, remercier les choristes russes, tous d’un niveau de solistes (un tiers est venu saluer au final comme solistes Ă  un moment ou un autre) sans oublier leur chef Valery Borisov ; dans une main de fer, il sait obtenir des moments de tendresse bouleversants.  Comme sur un petit nuage la plus grande partie du public s’est rĂ©joui  de la suite de ce festival Franco-Russe 
 soit d’autres sommets annoncĂ©s avec deux opĂ©ras en version de concert ou le chƓur allait jouer sa partie parfaitement.

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. Ouevres  A Capella de Piotr Illich .TchaikovskĂŻ (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrisostome op.40 (extraits). Serge Rachmaninov (1873-1943) : VĂȘpres op. 37 ( extraits) et autres oeuvres russes sacrĂ©es ou profanes « A Capella ». Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. Chef de Choeur : Valery Borisov.

Photo du chƓur  : © Damir-Yusupov

 

 

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 mars 2019. TCHAÏKOVSKI : La dame de Pique. BolchoĂŻ / T. SOKHIEV. Et si la version de concert dans ces conditions exceptionnelles Ă©tait la perfection pour les opĂ©ras ? C’est un peu ce qui me paraĂźt Ă©vident ce soir en Ă©coutant et en vivant cette Dame de Pique dont la richesse symphonique est desservie dans une fosse. Tugan Sokhiev avait  dirigĂ© la Dame de Pique au Capitole en fĂ©vrier 2008, avec un immense succĂšs personnel pour sa parfaite comprĂ©hension de toutes les facettes de cet opĂ©ra complexe. La mise en scĂšne avait semblĂ© plus discutable Ă  certains.  Ce soir avec ses forces du BolchoĂŻ, le maestro va encore plus loin et nous entraĂźne encore plus avant dans la comprĂ©hension de cet opĂ©ra magnifique. L’orchestre du BolchoĂŻ est  incroyablement colorĂ©, puissant, compact. Les solistes n’ont peut ĂȘtre pas tous la dĂ©licatesse de ceux du Capitole, mais quelle puissance expressive est la leur ! Plus puissant et parfois plus sauvages, les musiciens moscovites sont pris par le feu absolu qui Ă©mane de la direction de Tugan Sokhiev. Le chƓur qui nous avait enchantĂ© la veille, est ce soir encore plus nombreux (presque le double) et sans partitions. Il s’amuse et il est facile de deviner que sur scĂšne, ils ont maintes fois jouĂ© ces personnages du chƓur.

 

 

Le BolchoĂŻ Ă  Toulouse
Une Dame de Pique historique !

 

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Car dĂšs la premiĂšre scĂšne, les groupes sont multiples, et les dames chantent le chƓur d’enfants avec des voix plus blanches et une lĂ©gĂšretĂ© Ă©tonnante quand ont connait leur puissance. En ce qui concerne les chƓurs, deux moments opposĂ©s montrent sa qualitĂ© et sa ductilitĂ©, en mĂȘme temps que le gĂ©nie de la direction de Tugan Sokhiev. Le final du premier tableau de l’acte 2 (arrivĂ©e de la tsarine) et si imposant et noble que la prĂ©sence de la Grande Catherine semble vraie. Tant d’ampleur, de puissance, de largeur s’oppose en tout au dernier chƓur d’hommes de l’opĂ©ra dans sa compassion pour Hermann mourant. Cette Ă©motion de sons pianos si riches harmoniquement, si timbrĂ©s et Ă  la limite de la fragilitĂ© des voix, produit un effet  Ă©motionnel puissant en nĂ©gatif de la puissance sonore prĂ©cĂ©dente. Entre ces deux niveaux extrĂȘmes, toute les palettes musicales et Ă©motionnelles contenues dans la partition enveloppent le public, le fait Ă©voluer et changer.
La direction inspirée de Tugan Sokhiev, qui dirige en chantant tout par coeur, se donne totalement à la géniale musique de Tchaïkovski, la servant avec passion.

La distribution est sans faux pas, excellente pour des raison diffĂ©rentes. La Liza d’Anna Nechaeva est un fleuve vocal : puissance, homogĂ©nĂ©itĂ© de timbre, souffle large, timbre Ă©mouvant. Son mĂ©dium charnu et son grave sonore sont parfaits et les aigus lumineux. En Pauline, Elena Novak offre une gĂ©nĂ©rositĂ© vocale et musicale qui donne envie de l’entendre dans biens d’autres rĂŽles. Le Prince Yeletski d’Igor Golovatenko a toute la noblesse et l’émotion dans sa voix qui rendent ces interventions inoubliables, du lyrisme de son air Ă  la puissance de la scĂšne finale. Nikolay Kazanskiy en Tomski a une voix agrĂ©able et un chant plein d’empathie. La Comtesse d’Anna Nechaeva, dans un timbre d’une belle plĂ©nitude et une noblesse naturelle, chante Ă  la perfection une partie complexe que souvent des divas sur le retour ne phrasent pas aussi dĂ©licatement. C’est un vrai rĂ©gal et son extraordinaire tempĂ©rament dramatique donne toute la puissance Ă  son personnage qui redevient central. En Hermann, le tĂ©nor Oleg Delgov renoue avec les attentes de TchaĂŻkovski qui voulait pour son hĂ©ros une voix plus lyrique que dramatique. En effet la fausse tradition de donner ce rĂŽle Ă  une Ă©norme voix ne tient pas compte de l’italianitĂ© que TchaĂŻkovski attendait de son tĂ©nor et c’est plus gĂȘnant si l’on prend en compte la fragilitĂ© mentale extrĂȘme du personnage. L’intelligence d’Oleg Delgov force l’admiration tant il fait comprendre la complexitĂ© de son personnage. Il a semblĂ© plus dĂ©pendant de la partition quand tous ses collĂšgues savaient leur rĂŽle par cƓur, mais son Hermann restera dans les mĂ©moires. Le final en particulier a Ă©tĂ© bouleversant. Il faut prĂ©ciser que Tugan Sokhiev a terminĂ© Ă©puisĂ© ayant donnĂ© au final une dimension mĂ©taphysique bouleversante rendant lumineux le rapport au destin et Ă  l’inĂ©vitable de la mort pour chacun. Je n’ai jamais entendu ni en disque ni sur scĂšne un dernier tableau si Ă©levĂ© en terme de philosophie en musique et de spiritualitĂ©. L’émotion qui a gagnĂ© la salle a Ă©tĂ© si intense que la dernier geste du chef  a maintenu un trĂšs long silence recueilli avant que les applaudissements et le cris enthousiastes ne remplissent la Halle-aux-Grains. Immense succĂšs que nous devons aux « Grands InterprĂštes », partenaires de cette remarquable premiĂšre Musicale Franco-Russe pour ce concert idĂ©al. Tugan Sokhiev comprend et vit cette partition comme personne. Les forces moscovites survoltĂ©es, une distribution entiĂšrement russe, un public subjuguĂ©, 
tout a concouru Ă  faire de cette soirĂ©e un voyage inoubliable en terre de l’ñme russe, du rapport au destin, de ses effets inĂ©luctables et tragiques.

 

 

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COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 14 mars 2019. Piotr Illich TCHAIKOVSKI (1840-1893) : La Dame de Pique, OpĂ©ra en trois actes et sept tableaux, version de  concert.  Avec :  Oleg Dolgov, Hermann ;  Nikolay Kazanskiy, Tomski ; Igor Golovatenko, Prince Yeletski ; Ilya Selivanov, Tchekalinski ; Denis Makarov, Sourine ; Ivan Maximeyko, Tchaplitski / Le maĂźtre des cĂ©rĂ©monies ; Aleksander Borodin, Narumov ; Elena Manistina, La Comtesse ; Anna Nechaeva, Liza ; Agunda Kulaeva, Pauline ; Elena Novak, La gouvernante ; Guzel Sharipova, Prilepa / Macha ; Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ de Russie , chef de chƓur Valery Borisov ;  Tugan Sokhiev, direction. Illustration : © H Stoeklin pour classiquenews 2019

 
 

COMPTE-RENDU, concert . TOULOUSE, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. Orch Capitole, Sorokin, Penas, Lee,  T. SOKHIEV.

Tugan sokhiev direction dorchestre toulouse france russie festival 2019 compte rendu critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert . TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. BORODINE. STRAVINSKI. Orch National du Capitole, N.Sorokin , B. Penas, E. Lee,  T. SOKHIEV, direction. C’est la 3Ăšme annĂ©e que Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole proposent Ă  Toulouse une AcadĂ©mie de direction d’orchestre.  Le concert du soir permet aux chefs candidats de diriger devant le public dans des conditions optimales. Puis Tugan Sokhiev dirige la deuxiĂšme partie du concert. La salle de la Halle-aux-Grains est pleine et le succĂšs public est au rendez-vous de cet enseignement Ă©clairant. Les sĂ©ances de l’acadĂ©mie sont publiques et j’ai pu passer la journĂ©e de mercredi Ă  assister Ă  cette aventure extraordinaire.

 

Le concert de l’AcadĂ©mie d’Orchestre de Toulouse, une belle transmission !

 

Trois jeunes chefs se succĂšdent dirigeant les mĂȘme oeuvres Ă  tour de rĂŽle sur les trois jours. Les progrĂšs sont notables chez chacun avec plus ou moins de visibilitĂ©. Les explications de Tugan Sokhiev durant les « leçons » sont incroyablement simples et profondes mettant au coeur de sa transmission, le rapport entre les musiciens et le chef, et le respect de la partition mais surtout la place de la musique. Ainsi la technique et la connaissance de la partition sont vite mises de cotĂ© pour aborder le mystĂšre de l’alchimie qui peut exister entre un chef et les musiciens de l’orchestre. L’importance du regard posĂ© sur chaque instrumentiste, les gestes qui doivent parler en mĂȘme temps Ă  divers groupes, les bras pour les cordes et les mains pour la petite harmonie par exemple. Ainsi il va amener chacun Ă  comprendre comment aller plus loin.

Par exemple ce long moment pendant lequel il demande de regarder le hautbois pour obtenir la plus belle phrase et jusqu’à la derniĂšre note alors que le jeune chef regarde au dĂ©but, puis vite va ailleurs pensant Ă  la suite. Ou comment il prend le bras d’un autre pour montrer la souplesse et la largeur qu’il souhaite lui proposer, ou comme le troisiĂšme doit par ses gestes, obtenir plusieurs caractĂšres diffĂ©rents dans la mĂȘme phrase.

Et ce credo immuable :  le chef doit proposer Ă  l’orchestre sa version musicale de l’Ɠuvre, et la rendre lisible par ses gestes car chaque musicien pourrait proposer la sienne et l’orchestre le dĂ©vorerait s’il ne savait pas oĂč il veut aller prĂ©cisĂ©ment. Ainsi l’angoisse des jeunes chefs en devenir va  petit Ă  petit faire place au plaisir de faire de la musique avec cet orchestre si magnifique. Car il faut dire combien les musiciens jouent le jeu avec patience et engagement en conservant une qualitĂ© sonore inaltĂ©rable.



sorokine nikita chef maestro jeune chef toulouse academie direction tugan sokhiev direction classiquenews review compte renduNIKITA SOROKINE
 Le concert du soir  a permis  au jeune Nikita Sorokine, 27 ans, originaire de Russie, actuellement dans la classe d’orchestre d’Alain Altinoglu Ă  Paris, de diriger le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Brahms. Il est venu Ă  bout avec panache de cette partition particuliĂšrement complexe et ses sourires ont montrĂ© comment il a su dĂ©passer ses apprĂ©hensions pour entrer dans le grand plaisir de faire de la musique avec des musiciens  d’exemption.

penas bastien chef maestro classiquenews toulouse acadmeie direction orchestre tugan sokhiev compte rendu critique review classiquenewsBASTIEN PENAS
 Le plus jeune du groupe, est Bastien Penas  25 ans, originaire de Bordeaux, actuellement dans la classe d’orchestre Ă  Toulouse. Il a dirigĂ© avec beaucoup de poĂ©sie AprĂšs midi d’une Faune de Debussy. Tugan Sokhiev lui avait fait remarquer la veille qu’il avait su rapidement se connecter avec l’orchestre. C’est celui qui lors de ce concert final a Ă©tĂ© le plus proche des musiciens et Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te lui a offert une introduction d’une grande suavitĂ©, quasi murmurĂ©e.

LEE earl chef maestro conducting academy review classiquenews toulouse tugan sokohiev Earl-LeeEARL LEE
 En troisiĂšme oeuvre le chef amĂ©ricain originaire de CorĂ©e, Earl Lee a dirigĂ© le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Tchaikovsky. Plus ĂągĂ©, il a 35 ans, il est dĂ©jĂ  habituĂ© Ă  diriger l’orchestre de Pittsburgh en tant qu’assistant. Son autoritĂ© est plus appuyĂ©e mais il n’a pas su aller au devant des musiciens avec le regard totalement engagĂ© que lui a suggĂ©rĂ© Tugan Sokhiev, dirigeant parfois les yeux fermĂ©s ou presque, il a su proposer une version personnelle de cet extraordinaire mouvement d’ouverture de la symphonie du destin.

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerMAESTRO SOKHIEV
 En deuxiĂšme partie de concert, le Maestro pĂ©dagogue Tugan Sokhiev Ă  mains nues, a dirigĂ© un voyage dans les Steppes de Borodine, pĂ©riple Ă©vocateur et hĂ©doniste laissant ses musiciens s’exprimer librement dans des moments solistes absolument somptueux. Puis avec un drame constamment renouvelĂ©, il a offert une interprĂ©tation exaltante de l’Oiseau de feu de Stravinski avec un dĂ©but venimeux Ă  la beautĂ© sulfureuse avant d’évoluer vers une beautĂ© plus sensuelle et un final grandiose. Pour conclure cette belle Ă©dition de l’AcadĂ©mie d’Orchestre 2019, la direction complice et l’admiration rĂ©ciproque du chef et de ses musiciens a Ă©tĂ© un vĂ©ritable bonheur. DeuxiĂšme temps forts des Musicales Franco-russes, ce concert a Ă©tĂ© trĂšs applaudi faisant la joie d’un public rajeuni et conquis. Tugan Sokhiev ayant insistĂ© sur l’importance Ă  ses yeux de la transmission et du partage d’expĂ©rience, a rĂ©ussi son pari : proposer Ă  Toulouse quelque chose d’unique en Europe.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-auGrains, le 28 fĂ©vrier 2019. Johannes Brahms ( 1833-1897) : Symphonie n°4 en mi mineur, ext. ; Claude Debussy (1862-1918) :  L’aprĂšs midi d’un faune ; Piotr Illich TchaĂŻkovski ( 1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur, ext. ; Alexandre Borodine (1833-1887) : Dans les steppes de l’Asie Centrale ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’Oiseau de feu ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Nikita Sorokine, Bastien Penas, Earl Lee, Tugan Sokhiev : Direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust. Laho, Relyea
 Tugan Sokhiev.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 22 fĂ©v 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust (version de concert). Laho, Koch, Relyea, VĂ©ronĂšse. ChƓur et Orchestre National du Capitole. T SOHIEV. C’est la troisiĂšme fois que Tugan Sokhiev dirige cette Ɠuvre Ă  la Halle-aux-Grains depuis 2010. Il aime la musique de Berlioz et cette Damnation tout particuliĂšrement. Dans le cadre de cette premiĂšre saison des Musicales Franco-Russes et pour en assurer l’ouverture « en grand », il nous Ă©tait promis beaucoup
Et nous devons admettre que le pari fut tenu. Tugan Sokhiev a progressĂ© encore dans sa comprĂ©hension de Berlioz. Il assume la richesse des parties orchestrĂ©es touffues, comme la dĂ©licatesse des moments magiques (les Sylphes).

 

 

 

 ‹Une Damnation grandiose

 

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Le discours dramatique Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  en 2010 dans un souffle puissant. Il est ce soir plus nuancĂ© et plus subtilement construit. Chaque numĂ©ro conserve une conception dramatique s’articulant prĂ©cisĂ©ment avec le prĂ©cĂ©dent comme le suivant. Le drame avance, l’humour est prĂ©sent rendant plus pathĂ©tique, la mĂ©lancolie de Faust puis le dĂ©sespoir de Marguerite. L’Orchestre du Capitole est royal. Les bois hallucinants de prĂ©sence et de libertĂ© (la flĂ»te de Sandrine Tilly) , les cordes sublimes :  altos ambrĂ©s (et quel solo de Dominique Mujica), violons de lumiĂšre et violoncelles de mĂ©lancolie. Et le cor anglais de Gabrielle Zaneboni, double de l’ñme de Marguerite, ne peut s’oublier. Le ChƓur du Capitole et la MaĂźtrise sont d’une prĂ©sence dramatique parfaite avec une puissance enviable et de trĂšs belles nuances. Juste une diction plus audible aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciable. Mais quelle prĂ©sence dans chaque intervention !
La distribution, dĂ©fi redoutable, est absolument parfaite. Marc Laho est un Faust noble et Ă©lĂ©gant (photo ci dessus) d’une ligne vocale princiĂšre. Le timbre est magnifique, rond et chaud. La terrible tessiture (dĂ©passant le contre-ut ) ne se remarque pas, il est Ă  l’aise sur tout son ambitus ! Et le texte est vĂ©cu avec beaucoup d’intensitĂ© ; il est dit avec beaucoup d’intelligence.  MĂ©phistophĂ©lĂšs est un rĂŽle plus complexe encore car il a plusieurs facettes. Le canadien John Relyea a la prĂ©sence attendue, et la voix parfaite. Longue tessiture et timbre riche en harmoniques, sa voix se dĂ©ploie sans effort et sa diction est Ă©galement un rĂ©gal; il campe un diable tour Ă  tour moqueur, sĂ©duisant et inquiĂ©tant. Le rĂŽle trĂšs court de Brander exige pourtant un chanteur-diseur hors pair. Julien VĂ©ronĂšse est parfait lui aussi : voix sonore et texte clair. Sophie Koch que le public a eu le plaisir de retrouver n’était pas prĂ©vue et elle remplace la dĂ©faillance de sa consoeur. Le public toulousain connaĂźt bien et aime Sophie Koch qui a offert nombres de personnages marquants au Capitole dont une Margaret du Roi d’Ys inoubliable, un NĂ©ron Ă©tonnant, un Octavian Ă©lĂ©gant, une Dorabella de rĂȘve. Elle offre ce soir une extraordinaire Marguerite proche de l’idĂ©al. D’abord une prĂ©sence illuminĂ©e de l’intĂ©rieur et une sorte de modestie caractĂ©ristique du personnage. La voix est superbe de timbre, et surtout projetĂ©e avec naturel et Ă©lĂ©gance. La diction est absolument limpide. L’art du chant est dĂ©licat mais sans effets et toujours d’une musicalitĂ© dĂ©licieuse.
Le duo avec Marc Laho est une apothĂ©ose de naturel Ă©lĂ©gant. Son grand air «D’amour l’ardente flamme» est phrasĂ© merveilleusement, habitĂ© jusqu’au bout des phrases et Tugan Sokhiev sait animer avec art comme assouplir la pulsation. Un grand moment de musique comme suspendu hors du temps.
Le final avec cette cavalcade diabolique, ces choeurs incroyablement puissants, est nuancĂ© Ă  souhait avec des contrastes terribles comme Berlioz les a souhaitĂ©s. OrfĂšvre d’une puissance incroyable, Tugan Sokhiev maĂźtrise la construction saisissante en un crescendo que rien ne retient et qui aboutit sur des coups de boutoir. MĂ©phisto constate son Ă©chec avant cette apothĂ©ose cĂ©leste que le chƓur de femmes puis la maĂźtrise du Capitole avec une lumiĂšre dĂ©licate, nous offrent avec bontĂ© et puretĂ©. L’orchestration Ă©thĂ©rĂ©e de Berlioz ainsi rĂ©alisĂ©e tient vraiment du miracle attendu.
Chef inspirĂ©, orchestre somptueux, chƓurs puissants, et solistes aussi bons chanteurs que parfaits diseurs, le sacre de Berlioz promis a bien eu lieu. Quelle Ɠuvre somptueuse ! Vivat Berlioz, Vivat Toulouse, Vivat Sokhiev ! Cette saison Franco-Russe dĂ©bute au firmament ! Et la suite est prometteuse
 sera-t-elle Ă  la hauteur de nos espĂ©rances ? A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. Halle-aux Grains, le 22 fĂ©vrier 2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, lĂ©gende dramatique en 4 parties. Marc Laho, Faust ; Sophie Koch, Marguerite ; John Relyea, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Julien VĂ©ronĂšse, Brander ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, chef de chƓur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo : © P.Nin

TOULOUSE, Semaine RUSSE : Tugan Sokhiev Ă  la barre

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekFRANCE MUSIQUE, Semaine Russe : 11-15 mars 2019. Le BolchoĂŻ Ă  l’honneur avec le chef TUGAN SOKHIEV en guest star. La chaĂźne radiophonique dĂ©die 7 jours Ă  la musique russe et en particulier l’école du Bolshoi, fleuron de la tradition musicale de Russie. Brillant chef de sa gĂ©nĂ©ration, Tugan Sokhiev, directeur musical du Capitole de Toulouse, partage sa vie musicale entre deux institutions : en France, l’Orchestre du Capitole dont il a fait depuis plus de 10 ans – Ă  la suite de Michel Plasson – l’une des phalanges françaises les plus cĂ©lĂ©brĂ©es dans le monde ; et en Russie, le lĂ©gendaire ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ. L’interprĂšte incarne cette double excellence.
En liaison avec la premiĂšre Ă©dition des « Musicales franco-russes » Ă  Toulouse, France Musique met l’accent sur l’activitĂ© et l’éclat de la musique russe. Trois semaines de concerts, de master class, la naissance d’une AcadĂ©mie de direction d’orchestre… et point d’orgue du festival, deux opĂ©ras en version de concert rĂ©unissant les forces du BolchoĂŻ et Tugan Sokhiev : France Musique en diffuse les temps forts sur son antenne. La chaĂźne « salue cet Ă©vĂ©nement avec une antenne aux couleurs musicales franco-russes, comme une Ăąme en partage »  (Prochain compte rendu Ă  venir sur classiquenews).

Toute la semaine du 11-15 mars 2019 de 14h Ă  16h :
Arabesques, Petite histoire du « Grand ». En effet, le mot « Bolchoï », nom mythique de la musique et de la danse, signifie « le Grand ». Le « Grand ThĂ©Ăątre » de Moscou est ainsi au cƓur d’une semaine Ă©voque les presque deux cents ans d’existence de l’institution lĂ©gendaire. TchaĂŻkovski, Moussorgski, Rachmaninov, en sont les auteurs les plus jouĂ©s aujourd’hui, Ă©voquant aussi les tourbillons de l’histoire russe en savourant le gĂ©nie de ses plus grands interprĂštes.

Jeudi 14 mars, 7h30
Tugan Sokhiev, chef d’orchestre, est l’invitĂ© de Musique Matin (Ă  partir de 7h) ; le chef prĂ©sente la premiĂšre Ă©dition des Musicales franco-russes de Toulouse, dĂ©diĂ©es aux artistes des deux pays afin de renforcer les liens historiques et d’amitiĂ© entre la France et la Russie, ainsi que le dialogue culturel et les Ă©changes artistiques.

Vendredi 15 mars, 20h
Le concert de 20h : soirĂ©e en direct Ă  la Halle aux Grains de Toulouse. A la tĂȘte du ChƓur et de l’Orchestre du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ, Tugan Sokhiev dirige en version de concert l’opĂ©ra Ivan le Terrible de Rimski-Korsakov.

Puis Dimanche 2 juin 2019, 20h
La Dame de Pique de Tchaïkovski, enregistrée à la Halle aux Grains le jeudi 14 mars 2019

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 9 nov 2018. Franck. Liszt. VĂĄrjon. Sokhiev.

78356-tugan-sokhiev-c-mat-hennekCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018. Franck. Liszt. DĂ©nes VĂĄrjon. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. CĂ©sar Franck est Ă  l’honneur dans ce concert avec le sensationnel poĂšme symphonique, le chasseur maudit, et sa symphonie en rĂ© mineur. Etant donnĂ©es les qualitĂ©s de ces deux partitions il est bien dommage de les entendre si rarement. Le poĂšme symphonique est grandement thĂ©ĂątralisĂ© par la direction pleine de constates de Tugan Sokhiev. Il obtient de son orchestre des effets musicaux puissants. La narrativitĂ© vivante qui irrigue la partition s’en trouve magnifiĂ©e. Chaque instrumentiste participe activement Ă  l’aventure de ce malheu

Trop rare au concert,
César Franck magnifié à Toulouse

reux chasseur. Cette trĂšs belle partition trouve lĂ  des interprĂštes inspirĂ©s. En fin de concert la symphonie en rĂ© mineur va bĂ©nĂ©ficier d’une trĂšs intĂ©ressante direction. Arrivant Ă  garder une belle Ă©nergie jusqu’aux ultimes mesures Tugan Sokhiev qui dĂ©jĂ  en 2009 l’avait dirigĂ© in loco n’a pas fondamentalement changĂ© ses partis pris. Les plans sont ciselĂ©s, les nuances subtilement amenĂ©es et les instrumentistes encouragĂ©s Ă  donner le meilleur d’eux mĂȘme. C’est en fait la qualitĂ© de l’orchestre qui a permis d’aller plus loin, avec la majestĂ© des grandes phrases, les nuances forte plus puissantes, les cuivres plus nuancĂ©s et les violons bien plus solides et Ă©clatants. Les bois restent magiques avec en particulier au cor anglais, si important dans le deuxiĂšme mouvement, Gabrielle Zaneboni dont la dĂ©licatesse et la musicalitĂ© sont un rĂȘve. Le final de la symphonie atteint des somment de hauteur dans une paissance jupitĂ©rienne assumĂ©e.
EncadrĂ© par ces deux chefs d’Ɠuvres le deuxiĂšme concerto pour piano de Liszt pĂąlira un peu.
Pourtant le jeu aussi virtuose que musical de DĂ©nes VĂĄrjon est parfait et comme Ă  son habitude Tugan Sokhiev est un partenaire dĂ©licat trĂšs Ă  l’écoute du soliste. Les musiciens avec de trĂšs beaux soli vont loin dans leurs propositions et Tugan Sokhiev les laisse libres de suivre le soliste dans les moments chambristes. Le chaleureux chant du violoncelle de Sarah Iancu permet des Ă©panchements lyriques avec DĂ©nes VĂĄrjon.  Pourtant ce concerto restera comme en retrait par rapport aux deux autres Ɠuvres de CĂ©sar Franck. DĂ©nes VĂĄrjon avec son jeu puissant et clair a Ă©tĂ© trĂšs applaudi.  Il a offert deux bis bien agrĂ©ables de BartĂłk et Schumann.
L’orchestre du Capitole et son chef au retour de leur mĂ©morable concert Ă  Paris ont su renouveler leur incommensurable joie Ă  faire de la musique ensemble. Un bien beau concert qui a surtout mis en valeur le compositeur, belge naturalisĂ© français, CĂ©sar Franck.
Mais avant de quitter la scĂšne, une sorte de  tradition lors de la prise de retraite d’un musicien de l’orchestre a pris un tour particuliĂšrement Ă©mouvant. Le violoncelliste Christopher Waltham a Ă©tĂ© honorĂ© par Tugan Sokhiev avec l’habituel bouquet de fleurs mais cette  fois le futur retraitĂ© a Ă©galement fait un cadeau au chef (un livre ou un album) et fait un petit discours trĂšs Ă©mouvant. Cette vie, vraie et conviviale, est une grande qualitĂ© de cet orchestre et illustre la relation forte entre les musiciens et Tugan Sokhiev.

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Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 9 novembre 2018 ; César Franck (1822-1890) : Le chasseur maudit, poÚme symphonique ; Symphonie en ré mineur ; Frantz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°2 en la majeur ; Dénes Vårjon, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo © C-Mat-Hennek

Compte-rendu, concert. Paris. Philharmonie, le 5 nov 2018. Chen. Chostakovitch. Moreau / Sokhiev.

Compte-rendu, concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen. Dimitri Chostakovitch. Edgar Moreau, violoncelle. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. Salle pleine Ă  la Philharmonie ce soir pour la crĂ©ation d’une Ɠuvre de Qigang Chen, compositeur sino-français que le public adore. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse et son chef Tugan Sokhiev avaient dĂ©jĂ  donnĂ© ce mĂȘme concert deux jours auparavant dans leur ville de Toulouse. Le sublime solo de trompette qui ouvre « avenir d’une illusion » a Ă©tĂ© jouĂ© avec beaucoup de dĂ©licatesse par Hugo Blacher. La direction prĂ©cise et souple du chef a fait merveille dans ce moment de magie qui a progressivement ouvert les oreilles des auditeurs vers des sonoritĂ©s de plus en plus corsĂ©es.

  
 
 

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Toulouse et Paris main dans la main : que de félicité !

  
 

La poĂ©sie qui se dĂ©gage de cette ouverture est celle d’un matin, Ă  la sortie des songes qui voit se lever le soleil et toute la nature se rĂ©veiller. Mais Ă©galement qui met en mouvement toute l’intelligence et la sensibilitĂ© humaine. AprĂšs de sublimes aplats, une formule mĂ©lodico rythmique trĂšs courte, comme un appel,  est passĂ©e d’un instrumentiste Ă  l’autre.  Tout l’orchestre s’est ainsi vu stimulĂ© pour petit Ă  petit se superposer et grandir. L’ostinato du piano d’une prĂ©cision horlogĂšre dĂ©bute la construction du final qui voit s’empiler petit Ă  petit tous les instruments de l’orchestre pour terminer dans une puissance rarement atteinte par un orchestre symphonique. Les qualitĂ©s de la composition de Qigang Chen sont multiples et mĂ©ritent vraiment une Ă©coute attentive pour ĂȘtre toutes mises en valeur. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© est trĂšs rare. Le temps va permettre d’en comprendre toute la beautĂ© et la subtilitĂ© mais dĂ©jĂ  le charme opĂšre en une Ă©coute unique.  L’association de l’Orchestre du Capitole et de la Philharmonie de Paris, commanditaires de cette magnifique composition, ne peut qu’ĂȘtre louĂ©e.  Cette belle crĂ©ation a Ă©tĂ© faite d’abord Ă  Toulouse puis Paris, avec le mĂȘme succĂšs. Il y a une magnifique transparence dans l’orchestration de Cheng que la direction trĂšs inspirĂ©e de Tugan Sokhiev rend merveilleusement bien, grĂące aux qualitĂ©s de dĂ©licatesse de l’orchestre de Toulouse. Hugo Blacher avec son solo de trompette sublime ouvre avec Ă©motion cette belle partition. Et bien des solistes lui emboĂźtent le pas avec les mĂȘmes qualitĂ©s, il faudrait tous les citer… Qigang Chen est le compositeur sino-français que le monde entier admire, et cela se comprend aisĂ©ment. Le public parisien a semblĂ© adorer cet « ItinĂ©raire d’une illusion ». Il faut dire qu’une crĂ©ation avec des musiciens si virtuoses et un chef si prĂ©cis et musical Ă  la fois ne peut qu’apporter toute satisfaction. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© tord le cou aux idĂ©es reçus sur l’inĂ©coutable trop souvent mis en exergue par d’autres compositions contemporaines.  Il est possible d’écrire une partition facile d’écoute et de grande complexitĂ©, la preuve en est donnĂ©e ce soir avec Ă©clat.

  
 
 

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Tout en modestie, le jeune Edgar Moreau rentre ensuite en scĂšne avec son violoncelle ; il s’installe sur son estrade. La complicitĂ© avec Tugan Sokhiev est palpable. DĂšs son dĂ©licat  premier coup d’archet, nous savons que ce prodigieux interprĂšte va rendre hommage au gĂ©nie de Chostakovitch. Ce deuxiĂšme concerto si complexe et difficile a Ă©tĂ© commandĂ© par Rostropovitch, c’est dire ! Il est impossible de dĂ©crire l’admirable osmose qui existe entre le soliste et l’orchestre. Tugan Sokhiev a les yeux partout et ne laisse jamais rien au hasard. La prĂ©cision de sa direction est implacable tout en laissant de grandes plages de legato pour le soliste. Il est partout,  Ă  la fois suspendu aux gestes du violoncelliste et encourageant chaque musicien de l’orchestre. Et les moments solistes dans l’orchestre sont nombreux ! Les nuances sont creusĂ©es de façon sublime ; les couleurs du violoncelle s’harmonisent avec celles de l’orchestre. VoilĂ  une trĂšs belle interprĂ©tation de ce concerto. Le succĂšs est grandiose, partagĂ© entre l’orchestre, le chef et ce soliste si attachant. Edgar Moreau a une maĂźtrise technique impeccable, totalement mise au service de la musicalitĂ© la plus dĂ©licate.

Nous avions dĂ©jĂ  entendu Ă  deux reprises la magnifique interprĂ©tation toulousaine de la CinquiĂšme symphonie de  Chostakovitch et nous nous faisions une fĂȘte de la dĂ©guster dans la magnifique acoustique de la Philharmonie de Paris. Il est certain que le public toulousain peut admirer son orchestre sous la direction de son chef dans la  Halle-aux-Grains mais vraiment ce n’est pas le mĂȘme orchestre que nous pouvons entendre Ă  Paris. J’ai dĂ©jĂ  souvent Ă©crit combien cette acoustique est merveilleuse mais vraiment c’est lorsque l’Orchestre du Capitole de Toulouse joue dans de belles acoustiques comme Ă  Paris, qu’il sonne magnifiquement bien. Les  nuances infimes  peuvent ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es et les forte ici sont gĂ©nĂ©reux sans risque de saturation et sans jamais la moindre violence. Car c’est une caractĂ©ristique de la direction de Tugan Sokhiev de toujours dĂ©velopper trĂšs progressivement les nuances et de garder une petite marge pour le dernier forte. Toute la puissance contenue dans la symphonie, la provocation, la moquerie, voir la mĂ©chancetĂ© ont trouvĂ© dans cette interprĂ©tation toute leur place. Le final avec cette construction implacable a amenĂ© le public Ă  vĂ©ritablement exulter.
Un magnifique concert dont la dimension historique est relayĂ©e sur le net, sur le site de la Philharmonie de Paris Live. La partition de Qigang Chen mĂ©rite d’ĂȘtre connue et Chostakovitch n’est jamais assez jouĂ© ; d’autant que lĂ , il est interprĂ©tĂ© d’une admirable façon.

  
 
 

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Compte rendu concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen (NĂ© en 1951) : l’avenir d’une illusion ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle n° 2 et Symphonie  n°5 ; Edgar Moreau, violoncelle ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

  
 
 

Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016. Berlioz: RomĂ©o et Juliette.Tugan Sokhiev,direction.‹‹‹

Quelle soirĂ©e! Ce n’est pas la premiĂšre fois que Tugan Sokhiev dirige cette admirable partition,car il l’a donnĂ©e en fĂ©vrier Ă  Berlin ; toutefois il se dĂ©gage de son interprĂ©tation toulousaine, une vitalitĂ© et une urgence dramatique qui a quelque chose de la fougue romantique assumĂ©e qui convient parfaitement Ă  la tragĂ©die la plus aimĂ©e de Shakespeare.Il me semble que cette adaptation de la piĂšce de Shakespeare, en une forme inouĂŻe nommĂ©e symphonie dramatique mais qui dure prĂšs de deux heures, avec son mĂ©lange baroque de genres est la plus aboutie de toutes les illustrations musicales ou opĂ©ratiques de cette tragĂ©die. La poĂ©sie conservĂ©e de cette histoire d’amour et de cette histoire de guerre si Ă©difiante, la libertĂ© laissĂ©e Ă  l’auditeur pour construire son propre monde et partager les Ă©motions de RomĂ©o et Juliette, de cette haine dĂ©vastatrice et folle si prĂ©sente encore aujourd’hui, 
 tout cela produit un moment rare.

 

 

 

Chapeau bas!

‹Tugan Sokhiev Ă©blouit dans Berlioz amoureux inspirĂ© par Shakespeare : splendide RomĂ©o et Juliette Ă  Toulouse

 

toulouse-tugan-sokhiev-582-classiquenews-compte-rendu-critique-Roméo-et-Juliette---crédit-Joachim-Hocine

 

 

‹Tugan Sokhiev aime Berlioz et il le prouve une nouvelle et belle fois! AprĂšs ce mĂȘme Romeo et Juliette donnĂ© Ă  Berlin en fĂ©vrier 2016, il a dirigĂ© le Requiem au BolschoĂŻ, et s’apprĂȘte Ă  conduire dans ce mĂȘme thĂ©Ăątre, la Damnation de Faust en juillet prochain. Il aime et comprend la partition fleuve de Berlioz comme peu le savent. Car dĂšs les premiĂšres mesures de la fugue lancĂ©e par les alti, nous somme pris dans une aventure dont personne de sortira tout Ă  fait le mĂȘme. La beautĂ© de la partition est fulgurante, son intelligence et sa modernitĂ© aussi. La partie centrale est cette incroyable scĂšne d’amour Ă  l’orchestre, plus belle que tous les duos d’opĂ©ra du monde tant Berlioz fait chanter son orchestre. Ce bijou central a Ă©tĂ© dirigĂ© si admirablement par Tugan Sokhiev, suivi comme si leur vie Ă©tait en jeux par tout son orchestre et le chƓur, que le temps suspendu, a permis un retour en soi pour les amoureux de l’amour. Si ce moment crucial et central demeurera dans ma mĂ©moire je crois qu’il est impossible de dĂ©crire tout ce qui fait la beautĂ© et la richesse de cette symphonie dramatique. La forme est si originale et si habile Ă  nous conduire vers la poĂ©sie de Shakespeare que je ne prendrai que deux exemples.‹‹L’utilisation des voix solistes est d’une invention incroyable. La mezzo-soprano dans un moment qui tient Ă  la fois du rĂ©citatif et de l’air, dans un lĂ©gato Ă  l’élĂ©gance suprĂȘme accompagnĂ© surtout par la harpe, incarne la sympathie et la bontĂ©, la foi en l’humanitĂ©, en la poĂ©sie. Elle s’adresse au public ainsi :

‹‹Quel art, dans sa langue choisie,
Rendrait vos célestes appas ?
Premier amour ! N’ĂȘtes-vous pas
Plus haut que toute poésie ?
Ou ne seriez vous point,
dans notre exil mortel,
Cette poĂ©sie elle-mĂȘme,
Dont Shakespeare lui seul eut le secret suprĂȘme
Et qu’il remporta dans le ciel !

Si d’autres textes français chantĂ©s peuvent toucher ou trop souvent faire sourire voir rire,le texte d’Emile Deschamps est d’une grande qualitĂ© tout du long. Son patient travail avec Berlioz semble porter les fruits d’une modestie de ses mots face au gĂ©nie nĂ© Ă  Stradford-upon-Avon, qui du coup rĂ©vĂšle la poĂ©sie par la musique, faisant pour quelques temps taire la guerre entre parole et musique. ‹Lors de ce qui s’apparente Ă  un deuxiĂšme couplet, la maniĂšre dont Berlioz fait chanter sotto voce les violoncelles, est admirable de suggestion de la chaleur de la passion amoureuse naissante.
La mezzo-soprano quĂ©bĂ©coise Julie Boulianne est absolument parfaite. Voix au timbre profond mais sans vibrato large, jeunesse de couleur, et diction fluide permettent d’adhĂ©rer Ă  son empathie pour les hĂ©ros. Son souffle long et ses phrasĂ©s admirablement Ă©lĂ©gants sont d’un idĂ©al de chant français trop peu souvent atteint.‹Le tĂ©nor a une trĂšs courte intervention et son air fuse. L’art avec lequel le tĂ©nor français LoĂŻc FĂ©lix, arrive Ă  garder toute l’élĂ©gance de Mercucio dans son chant prestissimo est un vrai rĂ©gal. Pas une syllabe qui ne soit claire comme le cristal, le tout dans un chic incroyable et avec une voix au timbre de miel. C’est un trĂšs beau passeur pour le songe de la reine Mab qui ne peut s’oublier. ‹Ainsi l’originalitĂ© avec laquelle sont traitĂ©es les voix soliste permet toutefois aux interprĂštes de briller. Le dernier Ă  intervenir pour l’immense final est la voix grave de FrĂšre Laurent. Cette page opĂ©ratique, vĂ©ritable dialogue entre le personnage et le choeur, est la seule concession au vieil opĂ©ra, mais Ă  quel niveau de perfection! L’exhortation Ă  la paix, obtenue de longue lutte par le moine est un bras de fer vocal admirablement Ă©crit par Berlioz qui ne met pas en danger son chanteur face Ă  la vaste foule mais lui permet par une Ă©criture habile de dominer le chƓur de plus de 80 personnes. Patrick Bolleire, plus baryton que basse a l’autoritĂ© nĂ©cessaire mais peut ĂȘtre pas le charisme de beautĂ© de timbre qu’un JosĂ© van Dam a su y mettre. La voix est franche d’émission et la diction suffisamment prĂ©cise pour en imposer et obtenir ce fabuleux serment de paix.
Tugan Sokhiev a su porter haut ce final en terme de tension dramatique et d’espoir. N’avons nous pas toujours et toujours besoin de cette paix ? ‹‹Le choeur est lui aussi utilisĂ© de maniĂšre particuliĂšre par Berlioz. Petit chƓur ou grand chƓur. A capella ou Ă  peine accompagnĂ© par la harpe, soutenu par un orchestre immense ou final dramatique puissant. Il tient Ă  la fois du chƓur antique et moteur actif du drame. Le chƓur catalan Orfeon Donostiarra, admirablement prĂ©parĂ© par son chef, JosĂ© Antonio Sainz Alfaro, a rendu hommage au gĂ©nie de Berlioz dans toutes ses facettes. PortĂ© par la direction sensible Ă  main nue de Tugan Sokhiev, il a su donner en Ă©motion, distance descriptive ou sentiments humains tout ce qui construit la dramaturgie de l’Ɠuvre. Seul petit regret la diction n’a pas permis de tout comprendre.Mais quelle splendeur sonore!‹‹L’orchestre du Capitole a Ă©tĂ© merveilleux, impossible de dĂ©crire chaque moment superbe des solistes. Les violons ont Ă©tĂ© royaux autant dans les piani et les phrasĂ© aĂ©riens, les effets magiques de la reine Mab, que dans la violences dĂ©chirante du final avec des traits comme des coups d’épĂ©e. Les violoncelles amoureux ont Ă©tĂ© voluptueux. Un exemple de l’orchestration inouĂŻe de Berlioz: cette plainte dans la scĂšne du tombeau portĂ©e par quatre bassons, le cor anglais et les cors alternativement. Cela construit une sonoritĂ© lugubre et belle, fascinante en sa lumiĂšre noire et inoubliable.‹Berlioz peut compter sur un chef et un orchestre de toute premiĂšre grandeur. Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole ont Ă©tĂ© magnifiques ce soir. Chapeau bas! Grande soirĂ©e Berlioz et bel hommage aussi Ă  Shakespeare.

 

 

‹‹‹Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016.Hector Berlioz(1803-1869): RomĂ©o et Juliette, symphonie dramatique,op.17; paroles d’Emile Deschamps. Julie Boulianne,mezzo-soprano; LoĂŻc FĂ©lix,tĂ©nor; Patrick Bolleire,basse; Choeur Orfeon Donostiarra (chef de chƓur: JosĂ© Antonio Sainz Alfaro); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev,direction.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2016. Azagra, Beethoven… Vadim Gluzman, Tugan Sokhiev

DĂšs les premiers accords de prĂ©lude du jeune compositeur hispanique la qualitĂ© de la composition rejoint celle de l’interprĂ©tation et le public a Ă©tĂ© conscient de vivre un grand moment. Cette crĂ©ation, commande de l’orchestre du Capitole prouve combien l’orchestre et son chef sont engagĂ©s dans la dĂ©fense de la musique contemporaine. La grande sagesse du compositeur David Azagra permet aux oreilles de se dĂ©tendre et d‘accepter une partition lyrique qui se dĂ©ploie avec gĂ©nĂ©rositĂ©. L’appel Ă  une Ă©nergie supĂ©rieure est perceptible et crĂ©dible  mais la nostalgie de certains moments n’est pas sans Ă©voquer le cor anglais  de Tristan et Yseult de Wagner. La beautĂ© de l’orchestre est un enchantement, de couleurs et de nuances subtiles.

 
 
 

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De son cĂŽtĂ©, le concerto pour violon de Beethoven avec l’interprĂ©tation de Vadim Gluzman restera comme un moment de bonheur total proche de l’inouĂŻ.  Ecoutant avec gourmandise l’introduction de l’orchestre, ce musicien d’exception cherche Ă  se couler dans le son de l’orchestre. Cest ainsi qu’avant son entrĂ©e, il joue avec le tutti des premiers violons comme pour faire corps avec la musique de l’orchestre et le tempo. La direction vivante et fougueuse de Tugan Sokhiev obtient de trĂšs beaux phrasĂ©s des musicien et des nuances variĂ©es. Le romantisme de la partition s ‘exprime par la gĂ©nĂ©rositĂ© du son qui se dĂ©ploie avec puissance. L’orchestre sera tout du long un partenaire trĂšs prĂ©sent pour le soliste . Il faut dire combien Vadim Gluzman obtient de son Stradivarius une sonoritĂ© hĂ©doniste et gĂ©nĂ©reuse … laquelle semble flotter au dessus de tout.  MĂȘme dans les forte, le violon plane dans la lumiĂšre  et n’est jamais Ă©teint. Ses coups d‘archets sont parfois Ă©tonnants car ils vivifient des moments trop connus. Il est admirable de sentir combien cette partition de Beethoven retrouve dans cette interprĂ©tation une vivacitĂ©, un Ă©lan bien souvent perdu sous une trop complaisante tradition. Ici le chef et le soliste, main dans la main, semblent dĂ©poussiĂ©rer la partition et lui rendre l’audace qu’elle contient. Le mouvement lent est un chant d‘amour paisible et radieux et le final une danse de la vie splendide. Cette interprĂ©tation sensible et vivante restera dans les mĂ©moires de tous spectateurs privilĂ©giĂ©s de la Halle-aux-Grains comme des auditeurs de Radio Classique en direct ou les spectateur de Mezzo Ă  venir.

Pour entretenir la relation d’amour du public avec Vadim Gluzman, il revient avec un extrait pour violon seul des sonates et partitas de Bach. MĂȘme sous un tonnerre d‘applaudissement, il a bien fallu laisser partir celui qui est tout simplement l‘un des plus grand violonistes du moment.

Pour  terminer ce magnifique concert la beautĂ© et la puissance de la partition de Bela Bartok a reprĂ©sentĂ© un pur moment de grĂące. Le dĂ©but de cette suite du Prince de bois fait penser Ă  une sorte de crĂ©ation du monde avec l’utilisation si richement Ă©vocatrice des instruments les plus graves pianissimo. L’Or du Rhin de Wagner n’est pas loin. L’effet est sidĂ©rant mais la suite de cette piĂšce est tout Ă  fait incroyable. L’orchestre est gigantesque qui utilise mĂȘme deux saxophones. Il est demandĂ© aux musiciens une concentration incroyable avec en particulier des rythmes fort complexes. Cette musique a quelque chose d’athlĂ©tique dans cette exigence de maitrise instrumentale totale et cette capacitĂ© Ă  rendre naturels des rythmes d’une complexitĂ© inĂ©narrable.
La maniĂšre dont Tugan Sokhiev dirige est un pur bonheur partagĂ©. Souriant et heureux, il semble organiser jusqu’au moindre dĂ©tail de cette formidable partition. Chaque instrumentiste est Ă  la fĂȘte et semble donner tout ce qu’il peut pour participer Ă  la fĂȘte. Les nuances sont richement creusĂ©es et le crescendo final est presque insoutenable de puissance. La beautĂ© de la direction de Tugan Sokhiev, celle de ses gestes comme de toute sa maniĂšre d‘ĂȘtre, font merveille. Un seul regret : dommage que nous n’ayons pu profiter du ballet dans son intĂ©gralitĂ©, car nous savons quel chef de thĂ©Ăątre est Tugan Sokhiev et combien il aurait su lui rendre justice. Car la partition est la moins connue et la moins jouĂ©e des piĂšces dramatiques de Bartok. En effet l’opĂ©ra le Chateau de Barbe Bleue a trouvĂ© son public, et rĂ©cemment Ă  Toulouse, mais Ă©galement le Mandarin Merveilleux est plus jouĂ© que ce Prince de bois. Tugan Sokhiev nous avait  offert une suite d’orchestre sensationnelle  Ă  Toulouse dĂ©jĂ  en 2008. Ce soir pourtant il semble particuliĂšrement maitriser la complexitĂ© de l’oeuvre avec joie et aisance. La maturité  est magnifique et l’entente si belle avec l’orchestre du Capitole porte ses plus beaux fruits, comme une corbeille en forme de corne d ‘abondance. Ce concert a uni des musiciens de grand talent et des compositeurs au gĂ©nie souverain. Le jeune Azagra n’a pas dĂ©mĂ©ritĂ© ce qui laisse augurer de bien belles compositions Ă  venir.

Toulouse ; La Halle-aux-grains, le 4 mars 2016 ; David Azagra (nĂ© en 1974) : PrĂ©lude, crĂ©ation mondiale ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concert pour violon et orchestre en rĂ© majeur, op.61 ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le prince de bois, suite d ‘orchestre op.13 sz .60 ; Vadim Gluzman , violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse; Direction : Tugan Sokhiev.

Compte rendu, concert. Concert du Nouvel An Ă  Toulouse. Le 1er janvier 2016. Tchaikovski, Bellini, Chostakovitch… Tugan Sokhiev…

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekSalle comble ce 1er janvier 2016 pour le deuxiĂšme concert du nouvel an. La veille au soir les musiciens avaient offert le mĂȘme programme aux toulousains. Un public rajeuni, et expressif a ovationnĂ© les artistes aprĂšs chaque piĂšce. Cette relation de plaisir et de confiance entre musiciens, solistes, chef et public a Ă©tĂ© le moteur d’une alchimie sophistiquĂ©e. Car ce programme qui en apparence comprend des piĂšces « faciles » est en fait exactement construit pour mettre en valeur toutes les facettes de la musique et la subtilitĂ© des instrumentistes. ThĂšme gĂ©nĂ©ral russe certes, avec un joyau belcantiste en son sein du plus sensibles des compositeurs de bel canto italien : Vincenzo Bellini (Concerto pour hautbois). Cela fonctionne Ă  merveille et la dĂ©licatesse, la longueur de souffle, l’élĂ©gance et la beautĂ© sonore du hautboĂŻste ont apportĂ© une instant de magie fraiche et nuageuse au milieu de couleurs flamboyantes et de rythmes irrĂ©sistibles. Car si le hautbois d’AlexeĂŻ Ogrintchouk est fĂȘtĂ© dans le monde entier, le soliste et chambriste inestimable a semblĂ© pendre un plaisir immense lors de l’interprĂ©tation des arabesques, volutes et phrases planantes du concerto de Bellini sous la direction lyrique de Tugan Sokhiev. L’entente a Ă©tĂ© admirable entre les musiciens. L’humour et la malice du final prestissimo ont renforcĂ© encore une complicitĂ© exquise.

 

 

 

Concert du Nouvel An : Sokhiev, Maestro Crescendo !

Les extraits des principaux ballets de TchaĂŻkovski ont Ă©tĂ© un enchantement sous la direction si idiomatique de Tugan Sokhiev. Nous avons toujours louĂ© ses interprĂ©tations de TchaĂŻkovski dont il a rĂ©galĂ© Toulouse Ă  l’opĂ©ra comme au concert.   MĂȘme en extraits si prĂ©cis, le charme de la thĂ©ĂątralitĂ© opĂšre, chaque extrait est situĂ© dans l’histoire du ballet. En Ă©tat de grĂące le chef a dirigĂ© tout le concert sans baguette dans un don complet de sa personne. Gestes expressifs de danseur, d‘escrimeur, de cavalier, de torero, sourire aux lĂšvres, yeux noirs ou malicieux, le spectacle de cette gestuelle Ă  l’esthĂ©tisme rare a Ă©tĂ© un enchantement Ă  lui seul. Musicalement les instrumentistes ont tous brillĂ©, explosant de virtuositĂ© et de beautĂ© sonore. La direction si souple de Tugan Sokhiev obtient pourtant une prĂ©cision rythmique incroyable. Les phrasĂ©s sont larges et toujours chantants, les couleurs variĂ©es tour Ă  tour Ă©blouissantes ou mordorĂ©es, les nuances portĂ©es par les mains si expressives du chef atteignent des sommets. Au point que Tugan Sokhiev peut ĂȘtre proclamĂ© « Maestro Crescendo ».

La deuxiĂšme partie du concert quitte TchaĂŻkovski pour Katchaturian et sa Danse du sabre si prompte Ă  mettre en valeur les percussions. Mais ce sont peut ĂȘtre les danses de Chostakovitch qui seront les plus irrĂ©sistibles en raison d’un humour incroyable de l’orchestration. Le trombone Ă  coulisse de « Tea for two » ayant la palme,  indiscutablement. Le final par la (trop) courte suite de 1909 de l’Oiseau de Feu de Stravinski Ă©largit l’espace sonore avec un crescendo final Ă©blouissant de force maitrisĂ©e. Maestro Crescendo oui vraiment, merci Tugan Sokhiev pour ce programme si stimulant permettant de commencer l’annĂ©e en pleine Ă©nergie !

Pris au piĂšge de son succĂšs, alors qu’un premier  bis a Ă©tĂ© donnĂ© (la vocalise de Rachmaninov ayant permis le retour du hautboĂŻste sublime), puis la marche de Radetzky (Johann Strauss pĂšre) mettant le public sous la direction du chef avec un charisme incroyable, une partie du public a houspillĂ© Tugan en  lui faisant comprendre qu’il n’était pas d ‘accord avec la fin du concert, lorsque celui ci voulait partir. Avec un « on ne m’a jamais fait cela », bousculĂ©, mais heureux, Tugan Sokhiev est revenu diriger, musiciens et public pour la reprise de la fameuse marche de Radetzky : un Grand moment de complicitĂ© et de partage. Avec un tel chef, un si bel orchestre  et un pareil public, l’annĂ©e musicale s’annonce …. fabuleuse Ă  Toulouse.

Compte Rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 9 décembre 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Symphonie concertante pour vents en mi bémol majeur KV.297b ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op.93 ; David Minetti, clarinette ; Olivier Stankiewicz, hautbois ; Jacques Deleplanque, cor ; Estelle Richard, basson ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Ce concert a Ă©tĂ© ouvert dans la bonne humeur, l’élĂ©gance et la musicalitĂ© la plus subtile. La Symphonie concertante pour instruments Ă  vents de Mozart est une Ɠuvre trĂšs belle, aux proportions parfaites et Ă  l’équilibre idĂ©al entre solistes et orchestre. L’originalitĂ© de l’association de la clarinette, du hautbois, du cor et du basson dans un orchestre classique bien Ă©toffĂ© en fait une Ɠuvre symphonique enrichie et non un orchestre accompagnant des solistes. Les quatre compĂšres sont tous solistes de l’Orchestre du Capitole (ou l’ont Ă©tĂ©). Cela se voit par une complicitĂ© et une Ă©coute, rares et émouvantes, et cela s‘entend par un mĂȘme phrasĂ©, une mĂȘme vision de la musique. Les trois mouvements passent comme un rĂȘve avec des moments d’émotions, de joie, d’humour.

Au sein de l’Orchestre du Capitole, se distinguent plusieurs tempĂ©raments solistes

Quels Artistes !

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekLa trĂšs belle introduction orchestrale dirigĂ©e avec amour par Tugan Sokhiev permet aux solistes de se sentir accueilli pour dĂ©velopper leurs extraordinaires qualitĂ©s de son, de phrasĂ© et de nuances. Quand la beautĂ© prend ainsi le devant tout paraĂźt Ă©vident. La sonoritĂ© mozartienne de la clarinette de David Minetti nous est connue, lui qui est un interprĂšte si inspirĂ© du Concerto de Mozart, qui sous la baguette de Tugan Sokhiev nous avait dĂ©jĂ  enchantĂ©. BeautĂ© du son, longueur de souffle, nuances piano irrĂ©elles, cet artiste a tout d’un musicien d‘exception, le compter dans l’orchestre du Capitole est une chance, nous le savons. Le hautbois d’Olivier Stankiewicz est plus rare dans l’orchestre ces temps ci,  il joue outre-Manche dit-on. Ce soir sa complicitĂ© avec l’orchestre, le chef et ses collĂšgues est source de bonheur partagĂ©. Et quelle sonoritĂ© !  Ce hautbois rond au son plein et fin Ă  la fois, qui sait nuancer et phraser Ă  la perfection est une vraie bĂ©nĂ©diction. Cette musicalitĂ© succulente avec cette rondeur de son Ă©voque quelque dessert Ă  la pĂȘche. Quand nombres d‘orchestre et mĂȘme de haut rang ont des hautbois trop citronnĂ©s.

De son cĂŽtĂ©, Jacques Deleplanque, fait les beaux soirs de l’orchestre dans des soli de cor toujours admirables. Ce soir, mĂȘme si il a un peu bataillĂ© avec «  sa tuyauterie » entre ses interventions, non sans humour. Il a su prouver que le cor est aussi fin et prĂ©cis que les bois, rivalisant de rondeur avec le hautbois, de chaleur avec la clarinette, de profondeur avec le basson. Cet artiste qui a Ă©tĂ© remarquĂ© trĂšs jeune par Boulez, est soliste internationalement connu, il est Ă©galement  professeur Ă  Paris. Estelle Richard, petite benjamine de l’orchestre est basson solo depuis 2011. Son aplomb, la dĂ©licatesse de son jeu, sa sonoritĂ© toujours chaude et rayonnante ont su assurer un tapis de velours Ă©pais dans les dialogues quand la lĂ©gĂšretĂ© de sa virtuositĂ© et sa grĂące dans les soli ont Ă©tĂ© remarquables. Et toujours ces phrasĂ©s complices entre tous. Dans le final, le jeu de duel Ă  fleuret mouchetĂ© entre les quatre solistes a Ă©tĂ© un moment d’humour et de joie partagĂ©e inoubliable. AprĂšs un final enthousiasmant, le public ravi fait un triomphe Ă  ces musiciens si complices. Le bis qui a toute la saveur mozartienne est en fait la cassation d’un contemporain :  Johann Georg Lickl,  autre ravissant joyau de complicitĂ©. Que du bonheur !

Parcours de la terreur

La deuxiĂšme partie du concert a complĂštement changĂ© d‘atmosphĂšre avec un orchestre grandement enrichi. AprĂšs la lumiĂšre et le joie, le malheur et l’enfer. La dixiĂšme symphonie de Chostakovitch est un cri, une dĂ©claration de guerre Ă  la barbarie. Staline est mort et Chostakovitch si tourmentĂ© par la censure stalinienne, se sent enfin libre d‘exprimer ce qu’il ressent depuis tant d‘annĂ©es noires. La douleur est ce soir prĂ©sentĂ©e avec rigueur et puissance par Tugan Sokhiev. La lugubre plainte des contrebasses et cordes dans le grave qui ouvre la Symphonie et Ă©volue longuement, gagne en force et en puissance d’horreur. L’ampleur du son jusqu’au fortissimo glace le sang. Ce long premier mouvement agit comme le parcours d’un champ de ruine et de mort, celui dont les hommes sont capables hier comme aujourd’hui. Une telle dĂ©solation est difficilement supportable quand la beautĂ© du son de chaque pupitre, chaque solo (clarinette, flĂ»te, basson et contre-basson, cuivres) exalte la douleur et la maitrise de la construction par le chef est si exacte, avec des silences si habitĂ©s. Tugan Sokhiev est dans son Ă©lĂ©ment et ce n’est pas la premiĂšre fois que le public ressent combien son interprĂ©tation est idiomatique. Le mouvement Vivace qui suit, ajoute par sa frĂ©nĂ©sie Ă  l’horreur comme si la mĂ©canique bien huilĂ©e de la persĂ©cution s’emballait. Les instrumentistes rivalisent de virtuositĂ© dans le tempo d‘enfer choisi par le chef. Dans la troisiĂšme partie Tugan Sokhiev met en valeur la construction du morceau autours du thĂšme (signature musicale DSCH – (NDLR : pour Dmitri SCHostakovitch- : rĂ©, mi bĂ©mol, ut, si), comme des ricanements sarcastiques. La danse est Ă  la fois grotesque et enthousiasmante dans sa force de persuasion. Danser au bord du gouffre mais danser avec folie
 Les deux derniers mouvements enchainĂ©s sont comme une revisitation en accĂ©lĂ©rĂ© de ce parcours de la terreur. On ne peut Ă  l’écoute de cette musique Ă©viter de penser Ă  notre Ă©poque en sa violence sourde. Non, nous ne sommes pas Ă  l’abri 
 freinera t-on cette course Ă  l’abĂźme ?

Les instrumentistes atteignent un degrĂ© de concentration extrĂȘme, poussĂ©s Ă  bout par un chef galvanisĂ©. Comme chaque fois, Sokhiev sait construire le crescendo jusqu’à la fin dans un effet thĂ©Ăątral saisissant.

Le public comme choquĂ© est intarissable d ‘applaudissements. Un tel voyage de la joie au dĂ©sespoir n’est pas banal. Quelle force Ă©mane de la musique lorsqu’elle est dĂ©fendue ainsi ! Bravo et merci  Ă  tous. Artistes comme politiques qui investissent avec justesse dans la culture. La salle Ă©tait Ă  nouveau pleine ce soir et le public jeune confirme son amour des concerts. SoirĂ©e pleine d’espoir, d’accomplissement, trĂšs encourageante.

Compte-rendu concert. Paris,Philharmonie 1.Le 24 nov 2015; Beethoven, Rimski-Korsakov,D.Fray,piano.Tugan Sokhiev

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekLa Philharmonie de Paris a fait grand bruit avant son inauguration en 2014 et depuis a une programmation exemplaire en termes de diversitĂ© autant que d’excellence et une frĂ©quentation qui en impose. La beautĂ© du bĂątiment de Jean Nouvel dont les abords ne sont pas tout Ă  fait terminĂ©s sĂ©duits par une prĂ©sence originale. Monter les escalators et pousser la porte de la salle rĂ©serve une surprise de taille. Ce n’est pas la seule largeur de la salle qui impressionne mais sa beautĂ©, son originalitĂ©, sa gourmandise. Rien de symĂ©trique mais des courbes, des rubans, des corbeilles. Des couleurs de dessert Ă  base des trois chocolats, noir, lait et blanc ; des caramels, de la crĂšme de lait ou fouettĂ©e ; du croquant, du miel. Cette douce beautĂ©, dans des Ă©clairages chauds, crĂ©Ă©e une sorte d’intimitĂ© familiĂšre et offre une visibilitĂ© parfaite. L’oreille est Ă  la fĂȘte avec une prĂ©cision incroyable permettant d’entendre le son le  plus infime et une Ă©lĂ©gante rĂ©verbĂ©ration qui permet mĂȘme aprĂšs le forte le plus sonore un trĂšs court Ă©cho qui donne espace et vie. Probablement la plus belle acoustique de l‘Hexagone pour les grandes formations et l’une des meilleures de la planĂšte.

C’est dans ce vaste vaisseau plein d’un public nombreux que l’Orchestre du Capitole a offert une concert trĂšs applaudi. Le pianiste David Fray originaire du Sud-Ouest Ă©tait le concertiste. Tugan Sokhiev, l’orchestre et lui se connaissent bien. Pourtant le jeune pianiste est entrĂ© sur scĂšne tendu et n’a pu se dĂ©tendre que lors du deuxiĂšme mouvement. Sa sensibilitĂ© et la dĂ©licatesse de son jeu trouvent dans la direction de Tugan Sokhiev un partenaire idĂ©al. La salle permettant de doser trĂšs finement les nuances l’exposition de l’orchestre a mis la barre trĂšs haute en une vĂ©ritable symphonie de couleurs et nuances et un phrasĂ© d’une noble Ă©lĂ©gance. L’entrĂ©e du piano a Ă©tĂ© tout en dĂ©licatesse et musicalitĂ©. Le dialogue a Ă©tĂ© osmotique avec un orchestre d’une beautĂ© de chaque instant. Le mouvement lent a Ă©tĂ© le moment de grĂące attendu, dialogue de pure poĂ©sie. L’énergie du final, les jeux de  rĂ©ponses entre l’orchestre et le soliste, la joie partagĂ©e ont Ă©tĂ© une apothĂ©ose vivifiante. Le jeune pianiste a offert en bis une piĂšce de Schubert en forme de mĂ©lodie hongroise d’une grande dĂ©licatesse.

En deuxiĂšme partie, Tugan Sokhiev nous fait voyager dans les contes de mille et une nuits. Son interprĂ©tation du poĂšme symphonique ShĂ©hĂ©razade de Rimski-Korsakov est thĂ©Ăątrale et poĂ©tique. Le souffle de l’Orient le plus idĂ©alisĂ© a soufflĂ©. Le violon solo de GeneviĂšve Laurenceau a Ă©tĂ© parfait de sensualitĂ© et de virtuositĂ© avec des sonoritĂ©s pures et aĂ©riennes. Chaque famille de l’orchestre a brillĂ© par une prĂ©sence ardente et une dĂ©licatesse de timbres et de nuances que la salle a magnifiĂ©es. La direction souple de Tugan Sokhiev, son plaisir partagĂ© avec son orchestre rĂ©vĂšlent une qualitĂ© dâ€˜Ă©change rare. Le public y a Ă©tĂ© sensible qui a ovationnĂ© la phalange toulousaine et son chef. Quand on sait la valeur des orchestres rĂ©cemment invitĂ©s dans cette salle (dont le Philharmonique de Berlin)  on mesure le succĂšs artistique de cette Ă©quipe Toulousaine.

Une remarque sur la qualitĂ© de la salle qui permet Ă  l’orchestre de dĂ©velopper des nuances que leur habituelle Halle-aux-Grains mange ou sature. Il me semble que les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole ne se rĂ©vĂšlent qu’à 75% dans la Halle-aux-Grains. EspĂ©rons que le projet de la nouvelle salle verra le jour rapidement Ă  Toulouse afin que le public mesure encore mieux la qualitĂ© de son Orchestre qui a ce soir enthousiasmĂ© les Parisiens. Il y va de l’avenir d’un projet artistique de grande valeur.  Ce serait dommage que le public toulousain ne bĂ©nĂ©ficie pas des meilleurs concerts de Son Orchestre !

Compte-rendu concert. Paris. Grande salle Philharmonie 1.Le 24 novembre 2015;  Ludvig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°3 ; Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade, suite symphonique ; David Fray, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 juin 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1751-1791) : Don Giovanni, K.527 , ouverture; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en do mineur, OP.37 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 « Italienne », OP.90 ; Inon Barnatan, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

Public, politique, culture : tous unis autour de Tugan Sokhiev, un chef dont la qualitĂ© de la baguette s’affirme fĂ©dĂ©ratrice
 

Merveilleuse alacrité !

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekDans une Ă©poque oĂč la plainte sans fin et l’esprit maussade en boucle sont la rĂšgle, ce n’est pas sans surprise que le public de la Halle-aux Grains a vu le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, le sourire aux lĂšvres, monter sur scĂšne. La MunicipalitĂ© veux fĂȘter avec Ă©clat les dix ans du chef Tugan Sokhiev Ă  la tĂȘte de l’Orchestre du Capitole. Cette mĂ©daille d’or de la Ville, que le maire lui a remis, vient donc officialiser les choses. Avec modestie et bonhommie Tugan Sokheiv a simplement remerciĂ© et dit que cette mĂ©daille appartenait autant aux musiciens de l’orchestre que lui, et mĂȘme Ă  l’équipe municipale pour son indĂ©fectible soutien dans des temps incertains
Il est si bon et rare de vivre un accord si Ă©vident entre politiques, public, artistes. Sans plus tarder Tugan Sokhiev a saisi sa baguette pour diriger l’ouverture de Don Giovanni. Le souffle du drame a aussitĂŽt Ă©mu, avant que la gaitĂ© de la fugue ne dissipe ces brumes de l‘ñme. En quelques minutes, Tugan Sokhiev et son orchestre prĂ©cis et virtuose ont permis de vivre tout le drame et la farce de cette somptueuse partition. Passant du romantisme le plus sombre Ă  la vivacitĂ© la plus enjouĂ©e, tout en maintenant une tension constante, nous n’avons pu que regretter que le Capitole n’offre pas d’avantage de productions lyrique Ă  un chef si douĂ© pour le thĂ©Ăątre.

Inon Barnatan est un jeune pianiste prodige que les Toulousain ont dĂ©jĂ  pu entendre au festival de septembre, Piano aux Jacobins. Remarquable musicien, ce jeune talent a su offrir une version de toute beautĂ© dans le TroisiĂšme Concerto de Beethoven. Avec une palette de nuances riches, des sonoritĂ©s variĂ©es, un toucher d’une grande dĂ©licatesse, la musique diffuse Ă  tout moment. TrĂšs Ă  l’écoute de l’orchestre il a constamment cherchĂ© Ă  harmoniser sa sonoritĂ© Ă  celles de l’orchestre. Cette science de l’écoute est ravissante et permet des moments de grande musicalitĂ© quand un chef comme Tugan Sokhiev, attentif et vigilant aux Ă©quilibres, dispose d’un orchestre si prĂ©cis. L’entente a Ă©tĂ© parfaite et l’oeuvre si Ă©galitaire entre le soliste et l’orchestre, a sonnĂ© magnifiquement, avec force et finesse. L’évidence qui s’est dĂ©gagĂ©e de cette interprĂ©tation a tenu de la magie. L’idĂ©e m’est venue qu’Inon Barnatan a dans son jeu quelque chose de la poĂ©sie et de la dĂ©licatesse des Elfes avec une sorte de sagesse sereine.

Le bis qu’il a donnĂ© en a Ă©tĂ© une belle illustration avec des nuances d’une infinie dĂ©licatesse et un toucher sensible permettant un legato de rĂȘve dans un extrait de la cantate BWV 208 de Bach dans une transcription signĂ©e Egon Petri.

En deuxiĂšme partie de concert, la belle affinitĂ© entre Tugan Sokhiev et la musique de Mendelssohn a de nouveau semblĂ© une Ă©vidence. La Symphonie Italienne est si solaire, si enthousiasmante et si entrainante que les sourires du chef et des musiciens ont Ă©tĂ© bienvenus. L’alacritĂ© domine cette interprĂ©tation qui met en lumiĂšre toute les finesses de cette partition. Les nuages et une mĂ©lancolie fugace ont Ă©tĂ© rendus mais sans lourdeur. C’est la vivacitĂ© des tempi, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la finesse des nuances  qui ont soutenu une narrativitĂ© entrainante. Un trĂšs beau concert de fin de saison Toulousaine pour Tugan Sokhiev, devant une Halle aux Grains pleine Ă  craquer et en liesse. C’est un programme idĂ©al pour cĂ©lĂ©brer les 10 ans d’un accord parfait et heureux.

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 février 2015 ; Hector Berlioz (1801-1869): Grande Messe des Morts (Requiem), OP.5 ; Bryan Hymel, ténor ; Orfeon Nodostiarra, chef de choeur : José Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

BerliozOeuvre immense et fondamentale, le Requiem de Berlioz provoque toujours une grande attente chez le public tant l’Ɠuvre est ambitieuse. HĂ©ritage de la longue danse, pleine de mĂ©fiance, entre l’état et la religion catholique, cette Grande Messe des Morts a Ă©tĂ© une commande officielle. Certes au plus grand compositeur français du moment, mais athĂ©e affichĂ©. Toutefois en homme plein de spiritualitĂ©, Hector Berlioz Ă©tait sensible Ă  l’histoire de
la musique religieuse dont il a souvent utilisĂ© des thĂšmes comme le Dies Irae dans la Symphonie Fantastique, ou la marche des pĂšlerins dans Harold en Italie. L’ambiguĂŻtĂ© baigne donc cette commande, comme notre histoire de France elle mĂȘme avec, des liens entre le pouvoir et la religion qui ont pourtant toujours trouvĂ© un parfait accord pour envoyer la chair Ă  canon du champ de bataille au paradis sans Ă©tat d‘ñmes. Commande pour cĂ©lĂ©brer la rĂ©volution de 1830, la Grande Messe des Morts,  a ensuite Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e pour les soldats morts. La crĂ©ation a eu lieu en dĂ©cembre 1837 aux Invalides. Hector Berlioz lui mĂȘme a entretenu des lĂ©gendes autours de la crĂ©ation dĂ©plaçant vers le spectaculaire tout ce que cette oeuvre contient en fait d’intime et de personnel. Jusque dans le choix du texte latin, sans Libera me, ni Pie Jesu, Hector Berlioz a choisi le sombre et le manque d‘espoir que la mort lui Ă©voque. L’oeuvre, est parfois prise dans cet Ă©clairage spectaculaire quand une partie du public et de la critique veulent avant tout du bruit et de la fureur dans l’interprĂ©tation en comptant le nombre de timbales ou mesurant les dĂ©cibels du Dies Irae.

L’interprĂ©tation de ce soir a Ă©tĂ© avant tout d’intelligence, de finesse et de musicalitĂ©. Le thĂ©Ăątre de la mort y est plein de silence et de nuances pianissimo comme Berlioz l’exigea. La beautĂ© de la partition, ses audaces d’orchestration, sa magie des nuances dĂ©veloppĂ©es de l’infime au terrible, la rutilance et le mordorĂ© des couleurs instrumentales, la sublime capacitĂ© du choeur Ă  offrir toutes sortes de nuances et de couleurs ont fait de ce concert un trĂšs bel instant de musique. Les intentions de Berlioz sont respectĂ©es par Tugan Sokhiev qui semble avoir compris le compositeur sans se laisser sĂ©duire par le bruit et la fureur. Loin de ce chef intĂšgre la recherche d‘effets pour l’effet ! Mais au contraire une mise au service de la partition de tout son talent.

Il semble Ă  ce stade de sa carriĂšre que Tugan Sokhiev n’a plus Ă  dĂ©montrer sa science de la direction. Il a posĂ© sa baguette au bout de quelques minutes, semblant totalement confiant dans les forces dirigĂ©es. MalgrĂ© une spatialisation complexe des orchestres de cuivres comme souhaitĂ©e par Berlioz aux quatre points cardinaux de la salle, aucun dĂ©calage n’est venu gĂącher l‘harmonie obtenue par cette direction souple et prĂ©cise Ă  la fois. Un regard dans le dos, un petit geste de la main ont permis aux cuivres de s’insĂ©rer dans le tutti avec la nuance exacte quand le dĂ©but Ă©tait trop fort. L‘hommage Ă  rendre a ces musiciens des cuivres est Ă©mu tant leur concentration et leur engagement ont permis des moments de grĂące infinie. L’association des flutes et des trombones a Ă©tĂ© magique. Direction subtile, permettant Ă  la musique si riche et savante de Berlioz de libĂ©rer une charge Ă©motionnelle faite d’introspection et de retenue, autant que de fureur et de colĂšre, de peur et de terrassement.

Tout l’orchestre a Ă©tĂ© d’une concentration totale et d’une perfection instrumentale qui laisse sans voix. L’Orfeon Nodostiarra, chƓur transpyrĂ©nĂ©en fidĂšle aux Toulousains depuis l‘ùre Michel Plasson, a Ă©tĂ© merveilleusement prĂ©parĂ© par JosĂ© Antonio Sainz Alfaro. Les beaux gestes de Tugan Sokhiev Ă  mains nues, ont sculptĂ© un son d’une beautĂ© confondante. Le pupitre des tĂ©nors souvent mis a lâ€˜Ă©preuve a Ă©tĂ© bouleversant de lumiĂšre et de fines nuances piano comme de force et de brillance dans des fortissimi jamais brutaux. Les soprani ont su garder chaire et Ăąme dans des pianissimi de rĂȘve. Le dialogue avec le tĂ©nor solo a Ă©tĂ© un moment de grĂące. Ce choeur riche a Ă©tĂ© Ă  la hauteur de cette partition si exigeante avec un moment a capella de pur enchantement. Le tĂ©nor solo a une intervention Ă  froid tardive et d’une difficultĂ© de tessiture non nĂ©gligeable.   Bryan Hymel est non seulement une voix vaillante Ă  la beautĂ© de timbre rare mais c’est surtout un musicien dĂ©licat aux phrasĂ©s de rĂȘve. Il a su nuancer sa partie sans la moindre duretĂ©, gardant une aisance souriante jusque dans les aigus meurtriers. Un  grand moment de chant mais surtout de musique pure.

La Halle-aux Grains a Ă©tĂ© un Ă©crin parfait pour cette version si musicale de la vaste Messe des Morts d‘Hector Berlioz. Tugan Sokhiev particuliĂšrement inspirĂ© et heureux a obtenu des forces rassemblĂ©es toute la musicalitĂ© dont ils sont capables, orchestre, soliste et chƓurs. La subtilitĂ© de la partition a Ă©tĂ© magnifiĂ©e par des geste sculptants et orants. Biens des mouvements ont Ă©tĂ© enchainĂ©s sans relĂącher la tension.
Tugan Sokhiev a permis de rendre limpide la construction parfaite de cette oeuvre immense. Et c’est dans cette construction d‘ensemble  parfaitement comprise que les moments de fureur ont pris leur place sans exagĂ©ration mais sans faiblesse.
Un grand art musical a planĂ© trĂšs haut ce soir Ă  Toulouse. Le lendemain les forces Toulousaines se sont confrontĂ©es Ă  l’acoustique encore inconnue de la Philharmonie de Paris. C’est trĂšs audacieux mais le succĂšs sur place Ă  Toulouse est de bon augure. Le public a chavirĂ© pour cette oeuvre comme rarement tant toutes ses beautĂ©s ont Ă©tĂ© offertes ce soir.

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 18 septembre 2014. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en si bémol majeur, op. 23 ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur « du Nouveau Monde » op.95 ; Behzod Abduraimov, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse . Tugan Sokhiev, direction.

Behzod Abduraimov piano concertComme jamais, cette rentrĂ©e de l’Orchestre Ă©tait trĂšs attendue. Salle comble et demandes de place non satisfaites sur petits papiers Ă  l’entrĂ©e de la Halle aux Grains le prouvent. Ce n‘est pas seulement le programme comprenant deux Ɠuvres phares du rĂ©pertoire mais surtout une vĂ©ritable impatience Ă  retrouver notre orchestre et son chef qui a motivĂ© cette fiĂšvre. Comment ne pas le deviner, la liaison entre la ville, l’orchestre et son chef est Ă  son zĂ©nith. Tugan Sokhiev dirige Ă  Berlin et Moscou en plus de Toulouse ! Chacun mesure et la chance qui est la nĂŽtre, et un prochain dĂ©part qui devient une Ă©vidence. Donc c’est la fĂȘte de la rentrĂ©e de l’orchestre et Catherine D’Argoubet a comme de bien entendu artistement choisi le pianiste complice de Piano aux Jacobins pour ce concert double. Signalons d’ailleurs que le jeune prodige Ouzbeke, Behzod Abduraimov, (notre photo) se produira aussi au CloĂźtre des Jacobins mercredi 25 septembre en solo. Le premier Concerto de TchaĂŻkovski crĂ©Ă© Ă  Boston a toujours eu un succĂšs publique considĂ©rable. Son dĂ©but si puissant est inoubliable. Dans un tempo trĂšs retenu, Tugan Sokhiev, qui a le geste rare, donne une tension aux premiers accords qui relayĂ©s par le pianiste construit une interprĂ©tation Ă  la thĂ©ĂątralitĂ© assumĂ©e. Suivant Ă  la lettre les indications du compositeur, Tugan Sokhiev offre un vrai « Allegro non troppo et molto maestoso » ce qui permet au pianiste de nuancer considĂ©rablement son jeux. Le temps donnĂ© Ă  la partition pour se dĂ©ployer lui donne toute la puissance requise ; la tendresse n’en devient que plus Ă©mouvante. Les attitudes de Behzod Abduraimov sont celles d’un jeune homme passionnĂ© ne faisant qu’un avec son instrument, tour Ă  tour le dominant, le caressant ou lui chantant la beautĂ© de la vie. La dĂ©licatesse de certains touchers est trĂšs inhabituelle dans ce concerto virtuose qui permet des effets lisztiens extravertis. Lâ€˜Ă©cho dĂ©licat dont il est capable dans la cadence, les subtiles nuances et les sonoritĂ©s variĂ©es promettent beaucoup et le concert de mercredi nous permettra d’approfondir la connaissance d’un interprĂšte que je devine sensible et poĂ©tique plus que puissant et tonitruant. Savoir rĂ©sister au cotĂ© dĂ©monstratif du Concerto n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde. Dans le deuxiĂšme mouvement, – Andantino simplice-, Tugan Sokhiev suit l‘indication Ă  la lettre laissant flĂ»te, bois et cors dialoguer en toute libertĂ© avec le soliste qui se rĂ©vĂšle trĂšs Ă  lâ€˜Ă©coute des musiciens de l‘orchestre. La flĂ»te de Sandrine Tilly fait merveille dans cette mĂ©lodie nocturne relayĂ©e par le violoncelle ambrĂ© de Sarah Iancu dans un beau dialogue avec le piano dĂ©licat de Behzod Abduraimov. La partie centrale plus rhapsodique et fantastique est dĂ©licatement nuancĂ©e et le retour du tendre thĂšme au hautbois, cors et clarinette, est pure beautĂ© des songes.

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekLa battue modeste de Tugan Sokhiev laisse beaucoup de libertĂ© aux musiciens. Le final caracole et la prĂ©cision de l’orchestre fait merveille. Dans un gant de velours mais avec une tenue ferme du tempo, les gestes prĂ©cis de Tugan Sokhiev dynamisent le mouvement, relançant l’intĂ©rĂȘt. La vĂ©locitĂ© des doigts de Behzod Abduraimov fait merveille mais sans jamais renoncer Ă  de fines nuances. Le final enthousiasmant termine avec brio et le public aprĂšs de nombreux rappels obtient un bis qui permet de deviner les qualitĂ©s lyriques pleines de dĂ©licatesse du pianiste. Le nocturne de TchaĂŻkovski habilement choisi promet beaucoup en tous cas. La Symphonie du Nouveau Monde poursuit ce voyage d’Europe centrale aux AmĂ©riques. Grande Ɠuvre, magnifiĂ©e par un grand chef et un grand orchestre : le public a Ă©tĂ© gĂątĂ©. Sur Medici Tv, il est possible de rĂ©Ă©couter cette superbe interprĂ©tation qui permet Ă  tout l’Orchestre du Capitole de briller. Nuances bien creusĂ©es, puissance maitrisĂ©e, phrasĂ©s dĂ©licats et construction rigoureuse de tous les plans caractĂ©risent cette interprĂ©tation. Tugan Sokhiev dirige avec bonheur une partition qui grĂące Ă  lui ne manque ni d’espace ni de couleurs. Le thĂ©Ăątre est prĂ©sent et le public est transportĂ© dans un beau voyage au final enthousiasmant. Le mouvement lent avec cette cantilĂšne extatique du cor anglais ouvre un instant de pure poĂ©sie. La soliste, Grabielle Zaneboni, a un legato magique. Dvorak donne de beaux instants Ă  chaque famille de l’orchestre et de magnifiques soli. Chaque musicien est engagĂ© totalement et semble heureux. L‘orchestre est somptueux Ă  chaque instant, capable de rendre Ă  cette Ɠuvre si cĂ©lĂšbre des moments de surprise.
Le final a lui seul comble le plus exigeant par la dĂ©licatesse de sa construction. Un grand et beau concert d‘ouverture qui promet une saison magnifique. Le public qui l‘avait devinĂ©, a Ă©tĂ© prĂ©sent !

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 18 septembre 2014. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en si bémol majeur, op. 23 ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur « du Nouveau Monde » op.95 ; Behzod Abduraimov, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse . Tugan Sokhiev, direction.

Compte rendu, concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 4 juin 2014 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975): Katerina Ismaïlova,suite,op.114a; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Variations sur un thÚme rococo pour violoncelle et orchestre, op.33; Symphonie n°6 en si bémol mineur, op.74 « Pathétique »; Narek Hakhnazaryan, violoncelle; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Direction:Tugan Sokhiev.

TchaikovskiAvant dernier concert de la saison toulousaine 2014 pour Tugan Sokhiev ; il a Ă©galement Ă©tĂ© programmĂ© Ă  la Salle Pleyel Ă  Paris, le lendemain. Belle audace parisienne car c‘est peut ĂȘtre le plus beau concert de la saison Toulousaine, pourtant riche en moments forts. DĂšs les premiĂšres mesures sombres au basson, l ‘auditeur est saisi par la puissance d’évocation des interludes du Chostakovitch magnifique orchestrateur. Ces trĂšs courts interludes de l ‘opĂ©ra lady Macbeth de Mzensk rebaptisĂ© Katerina IsmaĂŻlova sous les coups de la censure, mis en suite par le compositeur lui-mĂȘme dans deux versions, font un effet particuliĂšrement puissant. Le sens du grotesque, l’ Ă©coeurement et le dĂ©gout de l’hĂ©roĂŻne deviennent troublants. HumiliĂ©e et obligĂ©e de se venger pour survivre, l ‘hĂ©roĂŻne qui a tant dĂ©plu Ă  Staline a une existence qui ressemble Ă  tant de vies communes


Le troisiĂšme interlude le plus long et le plus sombre rend palpable cette montĂ©e du dĂ©gout et de la haine nourrie dans la conscience aiguĂ« du grotesque de l ‘existence. L ‘Orchestre du Capitole est Ă  prĂ©sent rompu au style de Chostakovitch et les trĂšs courts moments solos permettent a chacun de briller. La prĂ©cision rythmique, les nuances terriblement dĂ©veloppĂ©es et la richesse de l ‘orchestration exigent beaucoup de l ‘orchestre qui est impeccable. La direction de Tugan Sokhiev privilĂ©gie l â€˜Ă©nergie forcĂ©e et la puissance d’un grotesque faussement festif. Riches couleurs, nuances extrĂȘmes et rythme prĂ©cis claquent au visage et saisissent chacun.

Entre musiciens au sommet

Quel contraste ensuite lorsque l ‘orchestre s’allĂšge dans une formation classique et accueille le violoncelliste soliste. Son nom, mĂȘme s’il est quasi imprononçable mĂ©rite d’ ĂȘtre retenu. De tous le jeunes talents qui gagent avec des doigts d’ or les plus prestigieux prix, Narek Hakhnazaryan n ‘a rien Ă  envier avec sa victoire au XIV° concours international TchaĂŻkovski. Il a une technique inouĂŻe mais surtout une musicalitĂ© rare. Les variations rococo sont un chef d ‘oeuvre de TchaĂŻkovski qui rend hommage Ă  Mozart, comme dans la pastorale de la Dame de Pique, avec beaucoup d ‘esprit.
L‘orchestration est lĂ©gĂšre et variĂ©e. L â€˜Ă©quilibre entre le soliste et l ‘orchestre a Ă©tĂ© parfaitement mis en place par le chef. Dans cet Ă©crin de toute sĂ©curitĂ©, la voix du violoncelliste Narek Hakhnazaryan peut donc s’épanouir sereinement en se jouant des difficultĂ©s techniques totalement maĂźtrisĂ©es. En Ă©veil constant et dĂ©gustant les dialogues avec l ‘orchestre, le jeune violoncelliste devient parfait chambriste. Les dialogues avec la subtile flĂ»te de Sandrine Tilly sont dĂ©lectables tout particuliĂšrement. La communion entre le soliste, le chef et les musiciens est parfaite. Le public se rĂ©gale de ces variations qui se succĂšdent avec art dans l‘arrangement maintenant habituel du crĂ©ateur Fitzenhagen.

Narek-Hakhnazaryan-cello2-Armenia tchaikovski competition prix  2011-1Le charme du jeune Narek Hakhnazaryan est irradiant. Il joue avec son instrument semblant en faire ce qu‘il veut. Les couleurs, les nuances, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s sont admirables. L ‘instrument dont il joue, un Techler de 1698, lui permet de garder sur tous les registres la mĂȘme qualitĂ© de son. Le grave est aussi plein que l ‘aigu ; il n’y a pas de diffĂ©rence de registre. Une belle solution de continuitĂ© dans les harmoniques sur toute la tessiture offre un son toujours magnifiquement timbrĂ©, soyeux et doux. Cela fait merveille dans les dialogue sur-aigus aĂ©riens avec la flĂ»te. Les doubles et triples cordes sonnent faciles et belles. Une telle gĂ©nĂ©rositĂ© en musicalitĂ© est remarquable chez un si jeune artiste. La connivence avec Tugan Sokhiev est totale, les Ă©changes de regards complices sont incessants. Le succĂšs est tonitruant et le violoncelliste ArmĂ©nien offre deux bis a son public conquis. Le premier dĂ©concerte autant qu’il charme et Ă©meut. La voix chantĂ©e du soliste se mĂȘle Ă  des doubles cordes semblant venir de l‘ancĂȘtre de l ‘instrument, la viole de gambe, comme des origines orientales de la musique classique. Lâ€˜Ă©motion qui nait plonge donc dans les racines de l’humanitĂ©, puis le style se modernise, devient plus violent et va mĂȘme jusqu’à Ă©voquer le tango. Il s’agit non d‘une vraie improvisation mais d’une composition d’un Italien nĂ© en 1962 Giovanni Sollima,intitulĂ©e Lamentatio. Narek Hakhnazaryan en fait un moment de pur plaisir du coeur dansant. Pour terminer sur une ambiance plus apaisĂ©e, le choix d’une sarabande pour violoncelle seul de Bach avec des ineffables doubles cordes, un son de rĂȘve et une souplesse envoĂ»tante
 Tout ceci promet un jour une intĂ©grale Ă©mouvante des suites de Bach et une carriĂšre Ă©blouissante Ă  suivre sans faute.

2Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski
Destin certes, mais pas de soumission sans danser ni vivre

En deuxiĂšme partie de concert la trĂšs cĂ©lĂšbre sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski confirme la comprĂ©hension quasi mystique qu’a Tugan Sokhiev de son compatriote. Quand si souvent cette symphonie est Ă©crasĂ©e sous un Fatum monolithique, Tugan Sokhiev va trĂšs loin dans la douleur mais garde des moments de tendresse et de danse se souvenant du bonheur. DĂšs les premiĂšres mesures, pianissimo dans les abysses du basson (extraordinaire Estelle Richard) et des cordes graves lâ€˜Ă©motion est poignante.L’ Adagio est tout habitĂ© de silences tristes et l’angoisse se dĂ©roule Ă©voluant lentement vers l’Allegro non troppo. Le tempo mesurĂ© du chef permet une lisibilitĂ© de tous les dĂ©tails mais c’est la vision d‘ensemble qui est remarquable. Chaque mouvement avance et s’inscrit dans un tout . La rigueur du tempo permet Ă  cette partition d â€˜Ă©viter tout laissĂ© aller et l’entrĂ©e du thĂšme sentimental des violons a beaucoup d’allure. Les reprises et dĂ©veloppements permettent aux couleurs magnifiques de l ‘orchestre de chatoyer. Les fortissimi sont spectaculaires et les nuances pianissimo de la Clarinette de David Minetti sont trĂšs belles et porteuses d â€˜Ă©motion. AprĂšs ce dĂ©but marquĂ© par une angoisse envahissante le mouvement se termine par une terrible course Ă  l ‘ abĂźme toute pleine de prĂ©cision instrumentale. Les cuivres graves particuliĂšrement prĂ©sents, sont magnifiques.Les deux mouvements suivants, dans les choix de Tugan Sokhiev, vont convoquer la danse et d ‘avantage de bonheur. AllĂ©geant le Fatum, il suggĂšre que chaque destin n’est pas uniquement soumission. L’allegretto con grazia est une valse qui permet de rĂȘver au bonheur enfui prĂšs avoir Ă©tĂ© tenu. Certes sous cette lĂ©gĂšretĂ© le rythme incessant de la timbale dans la partie centrale signe l â€˜Ă©loignement du bonheur mais son retour comme une rĂ©miniscence est pleine de douceur. L’ Allegro molto vivace est plein d’ esprit comme dans les ballets de TchaĂŻkovski et l ‘avancĂ©e inexorable de ce scherzo vers une sorte de marche a aussi quelque chose de plaisant dans son enthousiasme. La lĂ©gĂšretĂ© de structure des cordes, l â€˜Ă©lasticitĂ© des pizzicati apportent de l ‘air aux moments plus denses. Ce mouvement animĂ© se termine sur un fortissimo qui autorise certains spectateurs Ă  applaudir ruinant l ‘effet voulu par le compositeur qui termine sa symphonie sur un adagio lamentoso. Car si le centre de la symphonie a permis aux mouvements de danse de s’inviter et au bonheur d’exister le final semble encore plus dĂ©chirant. Tugan Sokhiev Ă©tire le tempo et remplit les silences de sombres pensĂ©es. TchaĂŻkovski qui trouvait dans sa symphonie des allures de Requiem refusant d’en composer un, a en effet construit ce long mouvement final comme un adieu dĂ©chirant. Le pianissimo dans le grave des cordes et le basson refermant la symphonie comme elle avait Ă©tĂ© ouverte. Les contrebasses ont Ă©tĂ© tout du long admirables et mĂ©ritent une mention spĂ©ciale (chef de pupitre Bernard Cazauran).
Cette interprĂ©tation trĂšs personnelle est trĂšs bien construite et la lisibilitĂ© de la structure gĂ©nĂ©rale s’appuie sur des phrasĂ©s pensĂ©s et comme insĂ©rĂ©s dans un tout. En Ă©vitant le monolithe dramatique, le destin devient plus humain et la vie des deux mouvements centraux rend le final encore plus Ă©crasant. Tugan Sokhiev et ses musiciens admirables toute la soirĂ©e, ont offert une vibrante interprĂ©tation de la sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski en en rĂ©vĂ©lant toutes les richesses.

Ce concert a Ă©tĂ© diffusĂ© en direct sur le net et peut ĂȘtre encore visionnĂ©. N’hĂ©sitez pas Ă  vous faire votre idĂ©e car il a Ă©tĂ© en plus magnifiquement filmĂ© sur Arte concert.

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: mise en scÚne. Tugan Sokhiev, direction

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Si l’association de Cavalleria et Paillasse ne brille certes pas par l’originalitĂ©, il faut reconnaitre que l’efficacitĂ© du dispositif toulousain est totale. Impossible de rĂ©sister Ă  Toulouse Ă  cette version magnifique des deux opĂ©ras en un acte. Il est certain que le concision et la concentration obtenue par cette contrainte ont mobilisĂ© le meilleur gĂ©nie de chacun des compositeurs dont aucun des autres opĂ©ras n’a obtenu le succĂšs de ce duo Ă©trange. Et lorsque tous les moyens sont utilisĂ©s le rĂ©sultat est lĂ . Cavalleria Rusticana ouvre la soirĂ©e avec, dĂšs les premiĂšres mesures de son magnifique prĂ©lude, la certitude de vivre un grand moment de musique. L’orchestre a des sonoritĂ©s d’une plĂ©nitude symphonique inhabituelle au fond d’une fosse. Les cordes en particulier sont brillantes autant qu’émouvantes dans les longues phrases de Mascagni.

 
 

Mascagni : Bravo, bravissimo ! 


 

Tugan Sokhiev est un orfĂšvre qui tout au long de la soirĂ©e a Ă  coeur de rendre le drame autant que la beautĂ© plastique des partitions. C’est dans Cavalleria que sa direction prĂ©cise et souple fait merveille offrant toutes les beautĂ©s de la partition, ciselĂ©es et irrĂ©sistibles jusque dans la maniĂšre d’assumer une forme de grandiloquence. PortĂ©s par une telle beautĂ©, les artistes chantent avec une grande Ă©lĂ©gance et une tenue inhabituelle dans ce rĂ©pertoire. Le Turrido de Nikolai Shukoff est Ă©poustouflant de prĂ©sence et l’acteur sait rendre le tourment qui habite ce rĂŽle plus complexe qu’il n’y parait. Vocalement le tĂ©nor a des moyens considĂ©rables (ceux d’un vĂ©ritable heldentĂ©nor) qu’il adapte parfaitement Ă  l’opĂ©ra italien. Face Ă  lui la Santuzza d’Elena Bocharova a un jeu plus conventionnel mais surtout un engagement vocal si considĂ©rable qu’elle Ă©voque un peu la projection droite et volcanique dont Ă©tait capable Fiorenza Cossoto. Leur duo est marquĂ© par une thĂ©ĂątralitĂ© associant un jeu trĂšs physique et un engagement vocal sans limites. Aucun des deux chanteurs, ne mĂ©nageant pourtant jamais sa voix, n’est pris en dĂ©faut. La Mamma Lucia d’ Elena Zilio est Ă  la fois prĂ©sente vocalement dans les ensembles, ce qui face aux hĂ©ros aux voix de stentor n’est pas rien, et trĂšs Ă©mouvante dans ces trĂšs courtes interventions face Ă  Santuzza et Turridu. AndrĂ© Heyboer en Alfio est capable de rendre perceptible toute l’humanitĂ© de son personnage un peu sacrifiĂ©. Vocalement il sait tenir face Ă  toute les exigences du rĂŽle avec une voix pleine et sĂ»re. La Lola de Sarah Jouffroy est aguicheuse Ă  souhait.
L’orchestre durant tout l’opĂ©ra a une place trĂšs importante offrant un miroir Ă  l’ñme si tourmentĂ©e de Santuzza. La beautĂ© sonore est totalement captivante ainsi que le drame dont Tugan Sokhiev met en valeur chaque instant. L’Intermezzo restera longtemps dans les mĂ©moires. La production de Yannis Kokkos qui assure mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes, est trĂšs cohĂ©rente respectant les didascalies. La Sicile archaĂŻque et religieuse est prĂ©sente avec une Ă©glise trĂšs Ă©crasante et des escaliers habiles pour les mouvements de foule. Un travail trĂšs respectueux qui mobilise le drame a chaque moment.

Les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de dĂ©cors sont utilisĂ©s pour Paillasse, la place de l’église servant de scĂšne pour les saltimbanques. LĂ  c’est l’engagement dramatique et thĂ©Ăątral de Tugan Sokhiev qui porte la partition Ă  l’incandescence du drame le plus implacable. La folie meurtriĂšre qui s’empare de Canio, obligĂ© de jouer son tourment privĂ© sur scĂšne arrache des larmes dans son implacabilitĂ©. Le tĂ©nor gĂ©orgien Badri Maisuradze, habituĂ© du BolchoĂŻ, a tout Ă  la fois une voix puissante et parfaitement maitrisĂ©e et un engagement scĂ©nique quasi viscĂ©ral qui convient parfaitement Ă  ce personnage si malheureux, incapable de rĂ©sister Ă  sa violence. La performance vocale est Ă  la hauteur de son jeux. La Nedda de Tamar Iveri est un papillon pris au filet qui n’arrivera pas Ă  s’ Ă©chapper malgrĂ© son courage et sa dĂ©termination. La composition de la cantatrice, habituĂ©e aux rĂŽles nobles et tristes, la rend mĂ©connaissable de lĂ©gĂšretĂ©. Son art vocal lui permet avec dĂ©licatesse de vocaliser comme d’exprimer puissamment ses sentiments et sa rĂ©volte. En Tonio, Sergey Murzaev est trĂšs troublant capable de la plus grande vilĂ©nie comme d’un Ă©motion noble dans le prologue.
C’est vraiment le thĂ©Ăątre qui domine Paillasse dans cette interprĂ©tation qui avance inexorablement vers le drame final. Avec cette Ă©ternelle question du jeu social si difficile Ă  tenir dans les moments de tourments personnels, le thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre pirandellien dans Paillasse fait toujours son effet fulgurant. Les trĂšs belles lumiĂšres nocturnes de Patrice Trottier s’ajoutent Ă  la cohĂ©rence du travail de Yannis Kokkos. Les choeurs dont la maĂźtrise sont trĂšs efficaces dans leurs courtes interventions et d’une belle prĂ©sence scĂ©nique.

 

Drame et passions se sont développés avec puissance pour un public pris par les beautés de ces partitions envoûtantes. Chacune a retrouvé une noblesse irrésistible sous la baguette de Tugan Sokhiev dans une production belle et respectueuses des éléments consubstantiels aux mélodrames. Un grand succÚs pour cette production capitoline !

Toulouse.ThĂ©Ăątre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: Mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes; Patrice Trottier : LumiĂšres; Anne Blancard : Dramaturgie. Avec : Elena Bocharova, Santuzza; Sarah Jouffroy, Lola; Nikolai Schukoff, Turiddu ; AndrĂ© Heyboer, Alfio; Elena Zilio, Mamma Lucia; Badri Maisuradze, Canio ; Tamar Iveri, Nedda; Sergey Murzaev, Tonio; Mikeldi Atxalandabaso, Beppe ; Mario Cassi, Silvio. ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction; Orchestre national du Capitole. Tugan Sokhiev, Direction musicale.

 

Illustration : © P. Nin 2014

 
 

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse.Halle-aux-Grains, le 3 fĂ©vrier 2014. Modest Moussorgski (1839-1891) : Boris Godounov (version 1869). Ferrucio Furlanetto, Boris… Tugan Sokhiev, direction.

Le sacre lumineux de Tugan Sokhiev. Il est incontestable que les astres protĂšgent Tugan Sokhiev et confirment ses choix. Pouvait-il imaginer en choisissant de diriger en fĂ©vrier 2014 Boris Ă  Toulouse, Paris et en Espagne qu’il viendrait d’ĂȘtre nommĂ© directeur musical du Bolchoï ? Tugan Sokhiev porte dans ses veines une absolue passion pour l’ñme slave. Il a Ă©duquĂ© le public toulousain depuis ses dĂ©buts en lui proposant des interprĂ©tations vibrantes des symphonies, opĂ©ras et ballets russes. Ce soir, soir de fiĂšvre sur scĂšne et dans le public, tout se jouait de la lĂ©gitimitĂ© de Tugan Sokhiev qui n’a pas encore 40 ans car nombreux sont ceux qui le considĂšre comme l’un des plus grands chefs actuels, avec un potentiel encore mĂ©connu mais perceptible.  Le chƓur basque, l’Orfeon Donostiarra,  mi professionnel mi amateur est bien connu des toulousains. Le voir s’installer sur scĂšne rappelle tant de bons souvenirs, Requiem de Verdi et de Brahms en particulier, et promet beaucoup. Le rituel de l’entrĂ©e des musiciens de l’orchestre permet de dĂ©couvrir la formation du soir car Ă  prĂ©sent l’orchestre est assez nombreux pour permettre deux concerts le mĂȘme soir et de varier les musiciens. Tout le monde s’installe et tous attendent l’entrĂ©e du chef.

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Simple, concentrĂ© et souriant Tugan Sokhiev adresse un regard circulaire Ă  ses musiciens, choristes et chanteurs. Il ne prend pas sa baguette et dirige Ă  main nue cette vaste partition. On ressent immĂ©diatement son amour pour une musique Ăąpre, sauvage, abrupte dans ses nuances et riches d’accords surprenants de modernitĂ©. La direction de Tugan Sokhiev est de tout son corps, son engagement est total mais ce sont ces mains qui crĂ©ent le son, le sculptent, le malaxent. La beautĂ© de cette direction est faite danse, Ă©nergie, Ă©motion canalisĂ©e. Il a des yeux partout et donne chaque entrĂ©e, murmurant souvent le texte russe (surtout celui du chƓur). Il semble connaĂźtre la partition par cƓur et prĂ©parer chaque moment Ă©tonnant pour surprendre le public. Ainsi la disposition habile des cloches saisi de stupeur plus d’un dans la salle. Chaque chanteur, choriste ou soliste est accompagnĂ© dans ses lignes, chaque instrumentiste concernĂ© par cette direction enveloppante. Chacun donne donc le meilleur de lui-mĂȘme et le rĂ©sultat est ahurissant. La rigueur alliĂ©e Ă  la souplesse caractĂ©risant la direction de Tugan Sokhiev apporte une Ă©tonnante clartĂ© dans cette partition si sombre dont la structure nous apparaĂźt dans toute sa beautĂ©.

La version des origines, interprĂ©tĂ©e sans entractes ( deux heures qui semblent lĂ©gĂšres) rend justice Ă  la cohĂ©rence artistique intĂšgre de Moussorgski et il est perceptible qu’il a dĂ» lui couter d’ajouter l’acte polonais pour le « grand rĂŽle fĂ©minin » et les ballets qui en affadissant le propos. Cet opĂ©ra est en fait un monument d’histoire et d’intelligence. Le pouvoir, ici en Russie (chez un homme qui veut devenir Tsar par tous les moyens) dĂ©truit l’ñme. Mais de tous temps et partout dans le monde l’homme ne peut s’empĂȘcher de courir Ă  sa perte morale en cherchant toujours plus de pouvoir. Boris va juste un peu trop loin et sa chute concerne en fait tous les puissants. Ses remords sont celles d’un homme qui retrouve une introspection qui l’humanise Ă  nouveau.
Pour ce Boris, ce vrai Boris de Moussorgski, Tugan Sokhiev a rĂ©uni une distribution sans faiblesse. C’est toutefois Ferruccio Furlanetto qui, sans entracte rappelons le, incarne scĂ©niquement et vocalement toute la richesse de ce rĂŽle. La voix est grande, la projection parfaite, la matiĂšre vocale est noble. Le vibrato est parfaitement contrĂŽlĂ© et le legato digne du bel canto. La rondeur de la voix, les couleurs et la gestion de la dynamique des nuances donnent une leçon de chant permanente. La diction est limpide et l’engagement de l’artiste qui chante par cƓur est total. Il n’est pas surprenant avec de si grandes qualitĂ©s, que la basse italienne ait conquis le public si exigeant du Mariinski comme du BolchoĂŻ dans ce rĂŽle Ă©crasant.  L’intelligence de cette interprĂ©tation permet une vĂ©ritable Ă©volution psychologique toute en finesse du personnage dĂ©lirant qui est au final si humain . Si humain en confondant la recherche de pouvoir et d’amour.
Il n’est pas possible sans lourdeurs de parler de chaque chanteur. Tous ont Ă©tĂ© engagĂ©s de toutes leurs forces dans cette soirĂ©e. Avec ou sans partitions
 Distinguons la basse Ain Anger, PimĂšne de la plus belle autoritĂ© morale. Comme Fulanetto, il est un grand Philippe II. A cotĂ© des ces sommets qui permet d’entendre deux des plus grandes basses du moment il faut distinguer les tĂ©nors qui avec la lumiĂšre de leurs timbres apportent un contraste bienvenu. L’innocent de Stanislav Mostovoi est saisissant d’émotion. Marian Talaba est un jeune tĂ©nor prometteur et son engagement dans le rĂŽle de Grigori est notable. Anastasia Kalagina est une XĂ©nia touchante  avec un beau mĂ©tal dans le timbre. Sarah Jouffroy et HĂ©lĂšne Delalande ajoutent leur fĂ©minitĂ© dans cet univers si noir avec efficacitĂ©. Alexander Teliga en Varlaam est Ă©galement inoubliable de prĂ©sence.
Le ChƓur Orfeon Donostiarra est imposant en nombre et peut donc impressionner dans les scĂšnes grandioses. Mais c’est dans les moments plus divisĂ©s que la beautĂ© des pupitres s’exprime le mieux, tant dans les choeurs d’hommes que de femmes.
Le public a Ă©tĂ© embarquĂ© dans un voyage dans l’espace et le temps. GĂ©ographiquement, en Russie. Dans les temps d’avant les lumiĂšres humanistes. C’est peut ĂȘtre le voyage intime de l’homme de pouvoir qui se rĂ©veille Ă  l’humanitĂ© de sa condition qui est le voyage le plus Ă©difiant. La version noire, Ăąpre et sauvage des origines a retrouvĂ© sa splendeur ce soir. En version de concert sans entracte, rien ne distrait le public de son thĂ©Ăątre intĂ©rieur.
Tugan Sokhiev, maĂźtre d’oeuvre de ce projet offre une vraie rĂ©habilitation du chef d’ouvre de Moussorgski. Un enregistrement serait bienvenu pour se souvenir de cette merveilleuse interprĂ©tation et en analyser les dĂ©tails. Paris et l’Espagne vont bĂ©nĂ©ficier de cette Ă©motion musicale inouĂŻe, made in Toulouse.

Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 3 fĂ©vrier 2014. Modest Moussorgski (1839-1891) : Boris Godounov, version originale de 1869. Version de concert. Ferruccio Furlanetto : Boris ; Anastasia Kalagina : XĂ©nia ; Ain Anger : PimĂšne ; Vasily Efimov : Missail ; Stanislav Mostovoi : L’Innocent ;  John Graham-Hall : Prince Shuisky ;  Garry Magee : Andrei Tchelkalov ;  Pavel Chervinskiy : Nikitch, Mityukha ;  Alexander Teliga : Varlaam ; Marian Talaba : Grigori ; Svetlana Lifar : Fiodor ; Sarah Jouffroy : La Nourrice de Xeni ;   HĂ©lĂšne Delalande : L’Aubergiste ;  Vladimir Kapshuk : Un Boyard ; ChƓur Orfeon Donostiarra : chef de chƓur, JosĂ© Antonio SĂĄinz Alfaro. Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev : direction.

Illustration : © P. Nin

Tugan Sokhiev nommé directeur musical du Bolchoï à Moscou

Chefs

Tugan Sokhiev nommé directeur musical du Bolchoï à Moscou

 

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekLe chef d’orchestre d’origine OssĂšte Tugan Sokhiev (36 ans) qui continue de faire les beaux soirs du Capitole de Toulouse (en tant que directeur musical depuis 2008) vient d’ĂȘtre nommĂ© directeur musical du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ Ă  Moscou. Sa prise de fonction est immĂ©diate mettant fin Ă  une sĂ©rie de scandales et d’incidents malheureux survenus au BolchoĂŻ dont les derniers rebondissements restent le renvoi du danseur Ă©toile NikolaĂŻ TsiskaridzĂ© (accusĂ© d’avoir organisĂ© l’attaque Ă  l’acide du directeur artistique), puis le dĂ©part prĂ©cipitĂ© de son ancien directeur musical Vassili SinaĂŻski (66 ans) en dĂ©cembre 2013. Le contrat de Tugan Sokhiev au BolchoĂŻ est d’une durĂ©e de quatre ans, soit jusqu’en 2018.