Compte-rendu, concert. Toulouse, le 12 oct 2018. Bernstein.Pisar. Orch, chœur et Maîtrise du Capitole. Wayne Marshall.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. Léonard Bernstein. J. et L. Pisar. Orchestre, chœur et maitrise du Capitole. Wayne Marshall. En cette année du centenaire de la naissance de Léonard Bernstein nous espérons entendre beaucoup d’œuvres de ce génial compositeur. Toulouse avait prévu de donner sa Messe mais a du y renoncer vu le nombre d’exécutants impossible à faire tenir sur la scène de la Halle-aux-Grains ; à défaut voici la (non moins passionnante) Symphonie n°3 avec une distribution d’un lustre très particulier.

 

BERNSTEIN-2-600x397Cette œuvre hybride associe un long texte, le « Kaddish » et trois grands moments musicaux et vocaux. Le texte primitif de Leonard Bernstein a été réécrit à sa demande par son ami Samuel Pisar. Ce rescapé des camps de la mort (il avait 16 ans) n’a pas cédé facilement à la prière de Bernstein qui n’a jamais eu la joie de l’entendre. Ce texte très puissant nous a été dit ce soir par la veuve et la fille de Samuel Pisar. Il est peu de dire combien l’émotion soulevée par ces deux voix a été absolument inoubliable. La mère, Judith d’une voix sépulcrale et la fille Leah, d’une voix noble et ferme ont porté admirablement les messages terriblement humains du père-époux décédé en 2015. Car ce texte d’interpellation du créateur va jusqu’au seuil du blasphème en demandant des comptes, mais se reprend en priant pour une nouvelle alliance des habitants de la terre avec le ciel. Car finalement n’est ce pas l’homme lui-même et sans aide qui crée avec ce malin « génie », l’enfer sur terre ?  Composée après l’assassinat de JF Kennedy qui lui est dédié, la symphonie est unique par l’ampleur donnée au texte.

 

Symphonie n°3 “Kaddish” de Bernstein:
Un grand moment d’humanisme partagé à Toulouse.

 

 

thumbnail_Marshall2_Credit-Darrin-Zammit-Lupi-800x600

 

L’association faite des souffrances du peuple juif depuis l’esclavage en Egypte sans oublier la Shoah, vers le Djihad qui ensanglante à présent tous les pays est puissante. Très universel, le message reste et restera  actuel. La partition de Bernstein est bouleversante d’intelligence : elle sait utiliser toutes les subtilités et toute la puissance d’un immense orchestre symphonique, d’un chœur mixte et d’un chœur d’enfants ainsi qu’une voix soliste. L’Orchestre du Capitole dans une concentration de chaque instant a su faire sonner cette œuvre dans sa plénitude. La beauté des soli, la puissance comme la délicatesse des nuances infimes, tout a été admirable. Le chœur de Capitole a été grandiose et la Maîtrise a apporté une émotion indicible (en évoquant les enfants sacrifiés par la barbarie).
La voix de la soliste, Kelley Nassief,  avec sa grande fragilité dans les aigus et une profondeur d’expression totale, a rajouté un pan d’émotions supplémentaires. Les deux récitantes, Judith et Leah Pisar sont incroyables de théâtralité maitrisée comme d‘émotions contenues. Tant d’intelligence dans l’interprétation est véritablement … historique.
Mais de tous ces magnifiques interprètes c’est probablement le chef Wayne Marshall qui a été le plus exceptionnel. Avec une direction habitée et très millimétrée, il a su offrir une version de grande tenue et de grande humanité de cette œuvre inclassable. La bonté qui émane de de sa présence magnifie une direction d’orchestre de grande musicalité jusque dans les moments de terreurs.

En première partie de concert, les qualités de l’orchestre en terme de virtuosité et de coloration ont été magnifiées par la direction surnaturelle d’énergie du chef anglais. L’ouverture de Candide dans un tempo d’enfer a été un vrombissement jouissif. La suite du film On the waterfront  a été orgie de climax les plus variés avec des nuances et des couleurs inouïes. Les phrasés aboutis et souples du chef ont magnifié la partition. Leonard Bernstein est un immense compositeur. Wayne Marshall a su mettre tout son art au service de ce compositeur trop peu joué.
La symphonie «  Kaddish » restera le sommet d’émotions de la soirée et un moment de culture humaniste inoubliable. New-York avec ses immenses qualités culturelles s’est donné rendez-vous à la Halle-Au-Grains. Dans de tels moments, Toulouse est absolument capitale culturelle, et ce soir capitale du génie symphonique.

——————————————————————————————————————————————————

Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. Leonard Bernstein (1918-1990) : Candide , ouverture ; On the waterfront, suite d’orchestre ; Symphonie n°3 « Kaddish » ; Judith et Leah Pisar, récitantes ; Kelley Nassief, mezzo-soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Chœur du Capitole et maitrise du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Direction musicale : Wayne Marshall. Illustration : © Darrin-Zammit

 

 

 

Comments are closed.