Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 20 décembre 2015. Concert de Noël. Rossini, Donizetti, Saint-Saëns, Chabrier, Bernstein, Lopez, Delibes, Offenbach, Verdi. Isabelle Philippe, soprano, Blaise Rantoanina, ténor, François Marie Drieux, violon, Jean Marie Trotereau, violoncelle. Orchestre Poitou Charentes. Adrien Perruchon, direction.

Pour clôturer cette semaine de l’avent, au cour de laquelle nous avons rencontré le chef d’orchestre Adrien Perruchon et la soprano Isabelle Philippe, nous avons assisté en ce 20 décembre au dernier des quatre concerts de Noël prévus entre jeudi dernier et dimanche. Après le bref raccord d’usage, le public venu nombreux, prend place, en famille ; il y a beaucoup d’enfants dont certains très jeunes, affichent des yeux déjà impatients.

Un très beau succès pour le concert de Noël du Théâtre Auditorium

rantoanina-blaise-tenor-chant-opera-bellini-concert-classiquenewsUne fois l’orchestre installé et le chef monté sur son podium, les musiciens entament avec entrain l’ouverture de La scala di seta, l’un des opéras en un acte de Gioacchino Rossini (1792-1868). Adrien Perruchon, dont c’est la première saison en tant que chef d’orchestre, déploie une maîtrise exemplaire et dirigeant son orchestre avec brio et souplesse. Digne élève d’Esa Pekka Salonen et de François-Xavier Roth, qu’il assiste à Cologne, le jeune maestro Perruchon n’imite jamais ses maîtres. Il met en place un style, rigoureux mais souple ; une gestuelle précise, claire, nette qui lui sont propres. Dans le Rossini qui suit, Isabelle Philippe, très en forme, chante «Una voce poco fa» du Il barbiere di Siviglia) dans sa version pour soprano ; Isabelle Philippe maîtrise parfaitement les redoutables vocalises rossiniennes et couvre aisément la large tessiture de Rosina, nous gratifiant, au passage, d’aigus superbes et bien projetés. Seul bémol : Adrien Perruchon a parfois du mal à contrôler ses musiciens ; l’orchestre couvre la chanteuse à une ou deux reprises. En ce qui concerne «Glitter and be gay», délire proche de l’hystérie extrait de Candide de Léonard Bernstein (1918-1990), la diva Philippe nous montre aussi ses talents de comédienne. Et si dans Lakmé de Delibes, elle ensorcelle son public, l’aigu final est quelque peu tendu et à peine tenu. Malgré ces imperfections, la diction est excellente quelque soit la langue dans laquelle elle chante.

La surprise vient du tout jeune ténor malgache Blaise Rantoanina. Encore étudiant au Conservatoire de Paris, il chante «Una furtiva lagrima» de l’Elisir d’amore de Gaetano Donizetti (1797-1848) avec une sensibilité et une maîtrise dignes des plus grands Nemorino passés et présents. Avec «Rossignol de mes amours», extrait du Chanteur de Mexico, le jeune chanteur montre une réelle capacité à changer de répertoire et à jouer la comédie. Dans le duo «Happy we» (Candide), Isabelle Philippe et Blaise Rantoanina ne peuvent qu’esquisser un début de comédie tant il est court (tout juste deux minutes de musique). C’est avec le «Duo de la mouche» extrait d’Orphée aux enfer de Jacques Offenbach (1819-1880) qu’ils se libèrent enfin, affirmant l’un comme l’autre, leur vis comica.

Si Adrien Perruchon accorde la priorité à la musique vocale (opéra, opérette, oratorio essentiellement), il n’oublie pas pour autant la musique instrumentale. Ainsi a-t-il programmé deux œuvres qui ont le mérite de montrer deux compositeurs plus connus, l’un et l’autre, comme compositeurs d’opéra. Pour la première pièce, il y a une courte interruption, pour préparer le plateau et, permettre aux solistes de s’installer à leur aise. Après ce bref interlude, le violoniste François-Marie Drieux, violon solo de l’Orchestre Poitou Charentes, et Jean-Marie Trotereau, son premier violoncelle, jouent brillamment «La muse et le poète» de Camille Saint Saëns (1835-1921). Adrien Perruchon accompagne ses deux solistes avec maestria, les laissant exprimer leur virtuosité et leur talent avec sensibilité et sobriété. Complices, les deux hommes dialoguent en toute simplicité. Avec «La fête polonaise» -Le Roi malgré lui d’Emmanuel Chabrier (1841-1894)-, l’orchestre se lance dans une fête endiablée, parfaitement maîtrisée par Perruchon, qui dirige avec une jubilation communicative.

Enchanté par ce qu’il vient d’entendre, le public réserve un accueil enthousiaste aux deux chanteurs, qui reviennent pour donner, en bis, le Brindisi de La traviata de Giuseppe Verdi (1813-1901). Ils sont accompagnés par le public et un orchestre très en forme parfaitement dirigé par Adrien Perruchon. Concert de Noël éclectique et intensément défendu, qui révèle aussi le talent prometteur du jeune ténor Blaise Rantoanina aux côtés des plus expérimentés, et convaincants, Isabelle Philippe, François Marie Drieux et Jean Marie Trotereau.

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 20 décembre 2015. Concert de Noël. Gioacchino Rossini (1792-1868) : La scala di seta (ouverture), Il barbiere di Siviglia (Una voce poco fa), Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore (Una furtiva lagrima), Camille Saint Saëns ( 1835-1921) : La muse et le poète pour violon et violoncelle, Emmanuel Chabrier (1841-1894) : Le roi malgré lui (fête polonaise), Léonard Bernstein (1918-1990) : Candide (Glitter and be gay, Happy we), Francis Lopez (1916-1995) : Le chanteur de Mexico (Rossignol de mes amours), Léo Delibes : Lakmé (air des clochettes), Jacques Offenbach (1819-1880) : Orphée aux enfers (Duo de la mouche), Giuseppe Verdi (1813-1901) : La traviata (Brindisi, bis). Isabelle Philippe, soprano, Blaise Rantoanina, ténor, François Marie Drieux, violon, Jean Marie Trotereau, violoncelle. Orchestre Poitou Charentes. Adrien Perruchon, direction.

Comments are closed.