Compte-rendu, concert. Dijon, Auditorium, le 14 nov 2017. Concert russe. Sinfonia Varsovia / Thomas Rösner / David Grimal.

sinfonia varsoviaCompte-rendu, concert. Dijon, Auditorium, le 14 nov 2017. Concert russe. Sinfonia Varsovia / Thomas Rösner / David Grimal. Trentenaire depuis peu, Sinfonia Varsovia s’est hissé dans le cercle restreint des grandes formations. Y ont contribué Menuhin, Penderecki – qui en fut le directeur artistique de 1997 à 2003 -,  et Minkowski, entre autres. Le public ne s’y est pas trompé qui emplissait le vaste Auditorium de Dijon pour l’accueillir avec David Grimal, le talentueux violoniste et animateur des Dissonances. Un programme russe associait Tchaïkovsky à Prokofiev et Stravinsky.

Excellente idée d’ouvrir le concert par cette allègre centenaire qu’est la première symphonie « Classique » de Prokofiev, si plaisante, à la bonne humeur communicative. La démonstration orchestrale, sous la baguette de Thomas Rösner, est aboutie : les tempi sont justes, avec la légèreté, la fluidité, la vigueur et clarté pour caractéristiques. Au premier mouvement, jubilatoire, succède le délicieux larghetto – menuet de fait – élégant, tendre à souhait. La gavotte prend les accents d’une valse un peu forcée, qui sent davantage son Chostakovitch que Prokofiev. Le final est enfiévré, volubile, aérien avec ses ponctuations énergiques. La perception est renouvelée par cette lecture inspirée, mais aussi par le choix de confier à la grande formation une œuvre écrite pour l’orchestre classique de Haydn : si les contrastes dynamiques en sont accusés, les équilibres entre les vents et les cordes en souffrent quelque peu.
Tout autre est le second concerto pour violon du même compositeur : oeuvre rauque, inquiète, rugueuse et soyeuse à la fois, virtuose tant pour le soliste que pour l’orchestre. Les constants changements de métrique, de mouvements, de tempi en rendent l’exécution particulièrement exigeante. L’aisance de David Grimal est manifeste, qui se joue des difficultés techniques pour nous en faire partager le lyrisme. Dès son exposé, seul, du thème principal et obsédant du premier mouvement, on est sous son emprise. L’ample andante, avec les clarinettes et le basson, ses jeux de timbres plus éthérés que jamais, la délicieuse pastorale centrale emportent l’adhésion. Le finale, un rondo, nous fait retrouver le Prokofiev nerveux, incisif, rude, puissant tel que le public le reconnaît.

De Tchaïkovski, la deuxième des trois Suites de Roméo et Juliette nous est offerte avec un orchestre et un chef superlatifs. C’est rond,  plein, coloré, lyrique au point qu’on oublie le ballet pour le drame. Les attentes et les progressions sont conduites de main de maître : autant de régals. Les textures, diaphanes ou paroxystiques, toujours claires, témoignent d’une perfection orchestrale rare. Thomas Rösner est admirable dans la conduite inspirée et terriblement efficace de l’orchestre. Rien n’est laissé au hasard, et la réussite est évidente. Ignorerait-on le drame que l’émotion nous étreint.

La suite (1919) de l’Oiseau de feu, de Stravinsky, confirme l’excellence de l’orchestre et de sa direction. La fidélité au texte et à son esprit est absolue : la magie nous captive. De la grâce aérienne, de la légèreté à l’énergie tellurique, comme à la délicatesse fragile du début de la berceuse, tout est là. De quel plus beau finale pourrait-on rêver ?

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Compte rendu, concert. Dijon, Auditorium, le 14 novembre 2017. Concert russe avec le Sinfonia Varsovia, dirigé par Thomas Rösner, et David Grimal en soliste. Prokofiev : Symphonie n°1 « Classique », puis 2e concerto pour violon ; Tchaïkovsky : Suite de Roméo et Juliette ; Stravinski : Suite de l’Oiseau de feu.  Crédit photo © Miroslaw Pietruszynsk

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