mercredi 14 octobre 2026

COFFRET CD. BERLINER PHILHARMONIKER / Kirill Petrenko : « The beginning of a partnership », 2017 – 2018 – 2019 (4 cd)

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Le coffret édité par le Berliner Philharmoniker témoigne à travers 4 cd, des débuts du chef Kirill Petrenko à la tête de la prestigieuse phalange berlinoise. Outre une idée significative du répertoire choisi (les 2 dernières symphonies de Tchaikovsky figurent aux côtés de deux symphonie de Beethoven dont sa 9ème, avec un focus sur 2 partitions plus rares signées Stephan et Franz Schmidt), chef et instrumentistes affirment une entente aux multiples arguments : ici, l’éloquence le dispute à une énergie phénoménale ; l’attention pour détails et nuances à l’éclat de l’architecture ; la finesse des accents à la direction générale et au sens des partitions… Réussir la grande forge orchestrale ne se limite pas uniquement à une virtuosité collective ; il convient de transmettre aussi la profondeur voire la spiritualité des œuvres abordées ; dans le cas de Tchaïkovsky et de Beethoven, le défi est idéalement relevé…

 

 

CD1 – En 2012, témoignage le plus ancien, le travail entre le chef nouvellement et les instrumentistes berlinois expriment toute la substance dramatique de Rudi Stephan (« In on movement ») ; s’y affirme une énergie narrative fabuleuse au sens strict, l’écriture flamboyante et conquérante de Rudi Stephan, volontiers rutilante se vit comme un festival de couleurs et de rythmes claquants, dans l’esprit des poèmes symphoniques de Strauss, faisant sonner tous les pupitres de l’orchestre.

Tchaikovski (Symphonie n°6,1893), remarquablement articulé, porté par un sentiment souterrain, une impérieuse vivacité qui nourrit peu à peu l’expression mordante du fatum, ce dès le premier mouvement d’un mordant fatalisme (à 13’ : cors puissants puis bassons lugubres et amples) auquel répond la sensibilité ardente et noble du compositeur dont Petrenko capte et exprime l’ardent désir de dépassement (à 15’ : tendresse murmurée, nuancée de la clarinette). Le désir et l’éclat palpable, lumineux se déploie avec grâce et de belles respirations, dans le flux très fluide des violoncelles de l’Allegro con grazia qui suit, seul vrai épisode d’apaisement dans l’insouciance… Petrenko s’y révèle peintre soucieux du détail, allégeant la texture, sculptant le relief des cuivres et des cordes. L’acuité ciselée de l’Allegro molto vivace trépigne par ses rythmes remarquablement et finement fouettés ; s’en dégage un électricité en rangs serrés, d’une plénitude heureuse et victorieuse (final flamboyant, électricisé par le sentiment d’une irrépressible conquête).
Tout bascule alors dans l’affliction dépressive et un désespoir noble, remarquablement énoncé dans la ligne des bassons … et des bois éperdus, à la fois tendres et d’une rancœur âpre, que le ruban enamouré des cordes ne parvient guère à adoucir. Ce sentiment riche, trouble fait toute la richesse expressive d’une lecture superlative. Dans cette vision si nuancé, toute la séquence adagio centrale exprime un ample et puissant lamento… l’adieu de Piotr Illytch à une vie de souffrance et d’incompréhension (à 3’45 : chant des cors, puis prière des cordes). De loin voilà l’une des pages les plus réussies et investies, – un accomplissement qui témoigne de la complicité entre chef et instrumentistes (le glas sardonique des cors avant le gong dont la résonance manifeste le passage vers l’outre-tombe). On imagine parfaitement à l’écoute de ce dernier mouvement serpentant avec infiniment de pudeur juste, entre les ténèbres angoissantes et la lumière d’une foi intacte, la confiance des musiciens vis à vis de leur nouveau directeur musical, alors en poste depuis 2015, soit depuis 2 ans au moment de la réalisation de l’enregistrement.

 

CD 2 – En 2018, les musiciens abordent ici Franz Schmidt (avril) puis à l’été (août), Beethoven et sa trépidante Symphonie n°7 opus 92.
La symphonie n°4 de Schmidt (1932) est une autre superbe révélation du coffret ; et son sublime solo de trompette introductif déploie ses ailes crépusculaires dans un chant là aussi ample, aux respirations profondes dont la somptueuse orchestration n’écarte pas le sentiment d’inquiétude et d’intranquillité sourde, entre plénitude et questionnement profond (solo de hautbois, grave et prudent). Le passage sans discontinuité avec le solo de violoncelle qui permet d’amorcer l’Adagio, lui aussi très développé et d’une durée supérieure à 10mn, captive par sa pudeur enchantée, d’autant que Petrenko sait alors alléger cordes et bois, dans la transparence et la couleurs.

La 7è de Beethoven déploie le même sens des couleurs et des timbres dès les premières mesures (« Poco sostenuto ») avant le Vivace, qui ouvre véritablement un portique majestueux, au souffle ample, épique. Le chef trouve un équilibre entre tension, précision, tendresse. L’Allegretto captive dans ses nuances piano, instaurant ce climat de recueillement propre à une marche funèbre, énoncé d’abord dans l’affliction puis grandissant vers la déflagration tragique. Le Finale porte toute l’acuité expressive et le souci architectural du chef : l’ « Allegro con brio » danse et rugit à la fois dans une joie communicative qui tout en soufflant sur les braises d’une énergie impérieuse, rythmiquement trépidante et particulièrement nerveuse, sait aussi s’attendrir et bercer, n’ôtant rien à l’électricité de la transe finale. Bel équilibre.

 

Les deux derniers cd (« disc 3 et 4 ») témoignent en 2019, de la complicité impressionnante entre le chef et les instrumentistes berlinois, dans le sens d’une jubilation collective totalement maîtrisée… d’autant plus au service de 2 partitions parmi les plus difficiles et exigeantes du répertoire.

CD2 – la 5ème de Tchaikovsky : dès le premier Andante, puis dans dans cet appel des cors, incandescent, impérieux, – de l’Allegro con anima qui suit et se déploie, Petrenko exprime la vitalité viscérale, l’urgence fragile, intranquille, la fureur (incisivité des cuivres dans tous les tutti) ultime qui est en jeu ; beau contraste avec la noblesse recueillie, si pudique d l’Andante qui suit (et son sublime solo de cor introductif – évanescent mais présent, lointain et pourtant enivré, enveloppant)… de même la morsure amère des violoncelles charme avant que ne déferlent les déflagrations rageuses de la dernière partie… à 6’55 quand l’orchestre chauffé à blanc entonne le motif du destin, qui a raison de l’explosion éperdue finale, un temps libératrice. Au mérite du chef de comprendre les enjeux profonds d’une partition éblouissante et hautement lyrique dont sa baguette saisit la radicalité dans la souplesse et une suggestivité jubilatoire (résolution finale de l’Andante, réalisée par la clarinette).
Nerveuse, d’une superbe agilité affinée, légère (unisson fugace et aérien des cordes), la Valse passe comme une eau vive, facétieuse (solo du basson), elle aussi au nerf électrisé.
L’arche, plus colossale encore, se déploie dans le dernier mouvement où c’est bien la main du destin qui s’abat sur le flux orchestral ; Petrenko enchaîne les séquences dans un brio délirant, admirablement maîtrisé dans le sens d’une marche elle aussi impérieuse dont la motricité roborative poussée à son paroxysme, exprime une transe collective à l’énergie irrépressible, toujours dans le souci du détail autant que la direction architecturale générale. C’est une lutte infernale qui balance entre la fatalité et le désir de s’en extraire, avec réservée aux cordes, le jaillissement de l’ultime chant libératoire.

CD4 – Kirill Petrenko accomplit dans la 9è de Beethoven (août 2019) un sommet d’équilibre entre surexpressivité, lumineuse intelligibilité, surtension et articulation. Il inscrit d’emblée dès l’Allegro initial, toute la partition de 1824, dans le souffle originel, celui du destin et de la création du monde ; c’est une remise à zéro, – une aube primordiale qui neutralise les forces. A 8’ : dans les déflagrations des timbales, au cœur des tutti s’expriment les fureurs cosmiques de l’orchestre à l’échelle des convulsions de l’univers ; elles sont peu à peu tempérées par la force organisatrice et civilisationnelle de la musique, réalisée non sans justesse comme l’emblème le plus élevé du génie humain : ainsi Petrenko nous fait entendre l’œuvre transcendante du génie beethovénien dont la valeur est sa capacité à dompter les forces barbares et sauvages, à les canaliser pour organiser et envisager un nouvel ordre, celui de l’humanité apaisée, pacifiée. Ce que nous invite à comprendre Petrenko dans la forge bouillonnante des éléments orchestraux, à la fois tempétueux et d’une somptueuse éloquence.
Particulièrement développé, le Molto vivace qui suit, affirme le nerf et la danse presque chorégraphique d’un véritable scherzo brillant, sanguin, vif où les coups de timbales (à découvert, isolées, cinglantes et élégantes à la fois) deviennent jeu, – emblème rythmique d’une énergie vive, primitive, de fait « vivace », comme l’est la flamme dansante, d’un feu de joie, restituée dans sa fulgurance originelle et dans ce pastoralisme idéalement maîtrisée (le solo du hautbois auquel répond le chant onctueux, aérien des violoncelles puis du cor lointain). Le geste fièvreux, exalté de Kirill Petrenko est d’autant plus convaincant qu’il demeure toujours précis, souple, détaillé, d’une rare nuance.

L’apaisement suspendu se déploie dans l’extase de l’Adagio, lui aussi comme les 2 mouvements précédents, de plus de 10 mn : cordes, clarinettes, cors se répondent et fusionnent amoureusement, alliant tendresse et pudeur. Rien de douloureux ici, sinon l’expression d’une sérénité qui aurait neutraliser toute menace et toute tension;
Après les 3 épisodes qui en préparent l’accomplissement, l’ultime mouvement avec choeur et quatuor de solistes (Presto) récapitule les intentions du premier mouvement et construit cet hymne pour un monde nouveau ; à travers l’énoncé de l’Ode à la joie de Schiller (d’abord proféré par les violoncelles), Beethoven appelle à la fraternité universelle ; message idéalement compris et comme explicité par le chef tout à son métier, entre éloquence et tension ; depuis son début, cette lecture est traversée par une espérance, et le souffle prométhéen, le sentiment de plénitude qui insuffle peu à peu un sentiment de victoire de plus plus intense, innervant instruments et voix- au sein du quatuor de solistes, l’engagement du superbe choeur (Rundfunk Berlin), le chant primordial, proche du texte et ardent de la basse Kwangchul Youn réalisent le bouillonnement final comme une transe joyeuse irrépressible, après l’éclat de la marche qui accompagne le solo du ténor (Benjamin Bruns : « Froh, froh… »). Petrenko permet aux seuls instruments de préparer l’ultime chœur fraternel, sort de choral laïque qui oblige l’humanité au seul dessein honorable sur cette terre : l’accomplissement de l’amour et de la paix. Le relief millimétré du texte final énoncé (choeur idéal dans ce sens), l’énergie détaillée des instruments tissent un vaste portique de fin dont l’impétuosité et l’impérieuse motricité rappelle de fait le final de Fidelio et aussi tout l’esprit de la Missa Solemnis. Pour qui doutait des qualités des Berliner Philharmoniker, cette 9è de Beethoven réalisée à l’été 2019, offre un démenti définitif. Au regard des effectifs requis et du son global, d’une exceptionnelle cohérence, la réalisation est magistrale. Intitulé « Kirill Petrenko and the Berliner Philharmoniker: The beginning of a partnership « , le coffret de 4 cd qui témoigne des « premiers pas » entre Kirill Petrenko et les instrumentistes berlinois, se révèle captivant. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026

 

 

 

 

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LIRE aussi notre présentation du coffret de 4 cd : Coffret CD événement, annonce. Berliner Philharmoniker / Kirill Petrenko (direction). Stephan, Schmidt, Tchaikovsky, Beethoven (4 sacd, 2012 – 2019 / Berliner Philharmoniker records)

Coffret CD événement, annonce. Berliner Philharmoniker / Kirill Petrenko (direction). Stephan, Schmidt, Tchaikovsky, Beethoven (4 sacd, 2012 – 2019 / Berliner Philharmoniker records)

PLUS D’INFOS sur le site du Berliner Philharmoniker : https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/petrenko-edition-1.html
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