CD. Verdi: the complete works (Decca)

cd. Verdi:the complete works (75 cd Decca)

Coffret Verdi 2013

Verdi l’intĂ©grale 2013

Verdi

the complete works

75 cd Decca

C’est une barre qui vaut son pesant d’or. Un lingot discographique de première valeur. Nous l’attendions avec impatience: le coffret du centenaire Verdi 2013 Ă©ditĂ© par Universal (en partenariat avec EMI classics pour les deux lĂ©gendaires Vespri Siciliani et Giovanna d’Arco) dĂ©passe nos espĂ©rances. Tout Verdi en 75 cd, 2 livrets aux textes dĂ©veloppĂ©s avec pour certains opĂ©ras (Don Carlo et Don Carlos, La Forza del destino, …) deux versions diffĂ©rentes qui s’Ă©clairent l’une l’autre. Soit 30 opĂ©ras intĂ©graux, d’Oberto (1839) Ă  Falstaff (1893).

decca_verdi_complete_worksEn plus des ouvrages lyriques, le coffret comprend aussi le Quatuor (Quartetto Italiano, 1951), les Quatre Pièces SacrĂ©es (Solti, 1979), le Requiem (Solti, 1968 ) et quelques perles oubliĂ©es, pĂ©pites complĂ©mentaires (mĂ©lodies, arias, musiques de ballets, oeuvres sacrĂ©es dont la Messe Solennelle… avec Juan Diego Florez en 2000) qui contenteront les amateurs et les curieux.

Les 30 opĂ©ras prĂ©sentĂ©s sont numĂ©rotĂ©s en respectant la chronologie de crĂ©ation: en un clin d’Ĺ“il, l’heureux mĂ©lomane comprend l’enchaĂ®nement des ouvrages, la succession des cycles de composition, les reprises, les modifications opĂ©rĂ©es de sujet en sujet: dans le premier groupe, d’Oberto de 1840 Ă  Stiffelio de 1850, se dĂ©tache le corpus des premiers essais lyriques (Oberto donc, Un giorno di regno, Nabucco et I Lombardi (1843) ; puis les opĂ©ras romantiques et historiques (Ernani, I due Foscari de 1844, Giovanna d’Arco et Alzira de 1845, Attila de 1846 ; viennent les accomplissements tardifs des annĂ©es 1840: Macbeth, I Masnadieri, JĂ©rusalem de 1847, Il corsaro de 1848, Legnano et Luisa Miller d’après Schiller de 1849, enfin Stiffelio de 1850.
Le second groupe concerne les rĂ©alisations de la pleine maturitĂ© du compositeur, quand il ne s’agit plus de dĂ©montrer sa valeur mais confirmer son gĂ©nie lyrique Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne et mĂŞme mondial (Aida au Caire, La Forza del destino Ă  Saint-PĂ©tersbourg…), en particulier vis Ă  vis de la dĂ©ferlante wagnĂ©rienne: voici les 12 ouvrages suivants par ordre de prĂ©sentation du coffret et selon la chronologie des crĂ©ations: la trilogie exemplaires composĂ©e de Rigoletto (1851), Il trovatore et La Traviata de 1853 ; I Vespri Sicilianni (1855), Simon Boccanegra (version tardive de 1881 par Boito, après la crĂ©ation de 1857) ; Un ballo in maschera (1859) ; les deux ouvrages clĂ©s, chacun prĂ©sentĂ© dans leurs deux versions : La Forza del destino (Saint-PĂ©tersbourg, 1862 et Milan, 1869) ; Don Carlo en 5 actes selon la version complète de Modène (1886), version parisienne en français, et version italienne ; Aida (1871) ; Otello (1887) enfin le dernier chef d’Ĺ“uvre, sommet et testament lyrique de la carrière, Falstaff de 1893, attestant de la dernière vitalitĂ© (solaire) d’un Verdi contemporain du vĂ©risme.

La conception des deux livrets qui suivent l’ensemble du corpus discographiques est exemplaire et depuis les dĂ©buts des Ă©ditions lyriques de Decca et Deutsche Grammophon, fidèles Ă  une rĂ©putation non usurpĂ©e: chaque ouvrage est prĂ©sentĂ© dans son contexte avec surtout le rĂ©sumĂ© de l’action oĂą chaque situation d’importance comporte la plage du cd correspondante: un plus très efficace et mĂŞme d’un lumineux apport pour qui souhaite immĂ©diatement identifier une scène clĂ© de l’ouvrage concernĂ©.

Evidemment l’essor de la discograhie verdienne n’a pu se rĂ©aliser que grâce au tempĂ©rament des orchestres et des chefs engagĂ©s, surtout grâce Ă  l’intelligence interprĂ©tative de quelques chanteurs de premier plan. De ce point de vue, le coffret Decca (marque apparaissant seule sur le boĂ®tier extĂ©rieur et sur tous les Ă©crins cd, sert comme une sorte de bilan pour le siècle passĂ©, de l’après guerre au dĂ©but du XXIè (de l’AĂŻda de Renata Tebaldi en 1959 sous la direction de Karajan et de Nabucco de 1965 avec l’Abigaelle de Elena Souliotis… au deux enregistrements les plus rĂ©cents: Otello avec Domingo Ă  l’OpĂ©ra Bastille en 1993 et La Forza del destino version Saint-PĂ©tersbourg 1862 par Gergiev et ses troupes russes (bel hommage Ă  la crĂ©ation de l’ouvrage du vivant de Verdi), en 1995 (avec Nikolai Putilin, Galina Gorchakova, Olga Borodina).

Verdi : l’intĂ©grale 2013

the complete works

L’argument du coffret vient de la sĂ©lection intelligente des versions choisies, entre opĂ©ras de jeunesse peu connus et sommets du catalogue : les lectures de Marriner (Oberto), Gardelli (Un Giorno di regno, I Due Foscari, Attila, Il Corsaro, Stiffelio…) et Luisi (Alzira, JĂ©rusalem, Aroldo), dĂ©fendant les mĂ©connus, aux cĂ´tĂ©s des grands verdiens dont surtout ici Solti (Don Carlo), Karajan (AĂŻda), Abbado (Don Carlos, Macbeth, Simon Boccanegra…), Kleiber (La Traviata), Giulini (Rigoletto, Il Trovatore, Falstaff…) permettent l’exhaustivitĂ© convaincante de la proposition dans sa globalitĂ©. Aux cĂ´tĂ©s des chefs de renom, saluons l’ère des grands verdiens rĂ©unis: Bergonzi, Tebaldi, Nucci, Piero Capuccilli (le doge des Due Foscari, Rigoletto, Boccanegra…), Bruson (Macbeth), Pavarotti (Ernani, Un Ballo in maschera), Sutherland, Domingo (Carlos, Otello), Carreras, Ricciarelli,…

Parmi les versions majeures, retenons en particulier: Un Giorno di regno avec Jessye Norman, Fiorenza Cossoto, JosĂ© Carreras sous la direction de Lamberto Gardelli en 1973 ; Nabucco avec le mĂŞme chef et l’Abigaelle de Elena Souliotis, et dans le rĂ´le titre Tito Gobi (prise viennoise de 1965) ; I Lombardi sous la direction des troupes du Met et James Levine avec Patricia Racette, Luciano Pavarotti, Samuel Ramey (1996) ; Ernani (Pavarotti, Sutherland, Bonynge, 1987) ; l’extraordinaire Doge de Piero Cappucilli poir I due Foscari (trop rare encore sur les scènes) : Carreras, Ricciarelli (Gardelli, Vienne, 1976) ; l’unique et Ă©blouissante Giovanna d’Arco de Montserrat CaballĂ© (avec Placido Domingo, en une prise londonienne de 1972) ; oui sans rĂ©serve pour le Macbeth de Piero Capuccilli (avec Shirley Verrett, Nicolai Ghiaurov, Placido Domingo, sous la baguette racĂ©e et shakespearienne de Claudio Abbado, 1976) ; saluons aussi Il Corsaro de JosĂ© Carreras (avec Jessye Norman en Medora. Gardelli, 1975) ; la subtile Luisa Miller de Montserrat CaballĂ© (Pavarotti, Milnes… Peter Maag, 1975)…

Concernant le second groupe, nos prĂ©fĂ©rences vont Ă  Rigoletto (Capucilli dĂ©cidĂ©ment impeccable dans le rĂ´le titre, Domingo en duc, Ileana Cotrubas en Gilda, prise viennoise Giulini de 1979) : Giulini encore pour son Trovatore de 1983 avec Domingo en Manrico et Rosalind Plowright en Leonora (Giorgio Zancanaro et Brigitte Fassbaender en Luna et Azucena) ; La Traviata d’Erich Kleiber (1976) avec le trio Cotrubas, Domingo, Milnes ; I Vespri Siciliani avec Zancanaro, Chris Merritt, Cheryl Studer (Muti, 1990) ; grand gagnant de ce coffret, au firmament des verdiens hors normes, Pierro Capucilli Ă  nouveau dans SImon Boccanegra d’Abbado (Milan, 1977: avec Carreras, Freni, Van Dam, Ghiaurov !) ; Un Ballo in maschera de Solti (Londres 1983) avec Pavarotti, Renato Bruson, Margaret Price, Christa Ludwig… et le page de la jeune et irrĂ©sistible Kathleen Battle. Concernant La Forza del destino, dix ans sĂ©parent la version milanaise 1869 (Tomlinson, Plowright, Bruson, Carreras et l’immense Agnès Baltsa (Sinopoli, 1985) et celle saint-pĂ©tersbourgeoise de 1862 par Gergiev et ses troupes du Mariinsky (Nikolai Putilin, Galina Gorchakova, Olga Borodina… 1995) ; plus distantes encore, les deux versions du Don Carlos : la française, magnifique avec le duo Domingo, Ricciarelli (Carlos/Elisabeth), Leo Nucci en Posa, Ruggero Raimondi en Philippe II, sous la baguette Ă©lĂ©gantissime et ciselĂ©e de Claudio Abbado (1984) ; celle en italien et en 5 actes aussi (donc incluant l’acte prĂ©liminaire bellifontain) sous la baguette fauve Ă©lectrique de Solti en 1965 avec Carlo Bergonzi (Carlo), Renata Tebaldi (Elisabeth un rien fatiguĂ©e et terne, seul facette voilĂ©e du cast), Grace Bumbry (Eboli), surtout Dietrich Fischer Dieskau (Posa anthologique), Ghiaurov (Philippe II), Martti Talvela (l’Inquisiteur)… voici certainement la version majeure du coffret, vraie pĂ©pite de l’ensemble… avec l’Aida de Karajan (Vienne, 1959 avec Tebaldi, Corena, Simionato, Bergonzi) ; et pour conclure, deux ouvrages de la fin Otello lecture parisienne rĂ©alisĂ©e Ă  la Bastille neuve sous la direction de Chung en 1993 avec Domingo, Studer, Leiferkus pour un trio sentimental et Ă©touffant assez racĂ© : Otello, DesdĂ©mona, Iago. Enfin saluons, le choix du Falstaff de Giulini (prise live amĂ©ricaine, Los Angeles mai 1982) avec Bruson (Falstaff), Nucci (Ford), Ricciarelli (Alice Ford), Barbara Hendricks (Nanetta)…

Verdi: the complete works. 75 cd Decca 478 4916