CD. Joyce DiDonato, mezzo : Stella di Napoli (2013, Erato)

didonato-joyce-stella-di-napoli-ERATO-cd-Pacini-MercadanteCD. Joyce DiDonato, mezzo : Stella di Napoli. Dans le prolongement de son rĂ©cital anterieur intitulĂ© ” Drama queens ” (hĂ©roĂŻnes baroques des 17 et 18 Ăšme  siĂšcles, 2012) … – tremplin et condensĂ© de caractĂ©risation lyrique-, la diva vedette de l’Ă©curie Erato, Joyce Di Donato (nĂ©e en 1969) poursuit ses explorations de rĂ©pertoires, confirmant un tempĂ©rament trĂšs engagĂ© au service des rĂŽles choisis. Chaque automne Ă©tant propice aux rĂ©citals dĂ©fricheurs – voyez ailleurs La Bartoli autre mezzo virtuosissime qui fait paraĂźtre simultanĂ©ment un nouvel album intitulĂ© ” Saint PĂ©tersbourg ” oĂč elle invite l’auditeur Ă  la recherche de l’opĂ©ra italien Ă  l’Ă©poque des tsarines-, La Donato dĂ©ploie ici toute sa fabuleuse richesse expressive et son chant poĂ©tique dans ce nouveau programme opĂ©ratique qui, en se dĂ©diant au goĂ»t romantique napolitain – diffusant son immense sĂ©duction depuis le San Carlo – qui est pour Naples ce que La Scala, est pour Milan et l’histoire du chantout tout court-, nous raconte la fabuleuse Ă©popĂ©e du bel canto napolitain romantique…. C’est une immersion dans la vocalitĂ  ardente et  souvent Ă©plorĂ©e voire tragique qui de Rossini Ă  Bellini, sans omettre Pacini, Mercadante, et aussi Donizetti, rĂ©capitule l’Ă©volution esthĂ©tique de ce premier romantisme lyrique prĂ©verdien…

D’emblĂ©e la diva amĂ©ricaine s’affirme particuliĂšrement dans le registre sombre et tragique des hĂ©roĂŻnes dignes et sacrifiĂ©es, souveraines ou princiĂšres… toujours irrĂ©sistiblement humaines. Ses Donizetti s’imposent indiscutablement (Elisabetta puis Maria Stuarda dont elle Ă©claire le rĂ©citatif ardent dramatique de la reine dĂ©capitĂ©e martyr) : les deux sommets donizettiens prĂ©parent Ă  la sortie spectaculaire de ce rĂ©cital, poĂ©tiquement trĂšs juste : la mort de Sapho dont la posture sublime et digne nous offre une rĂ©vĂ©lation signĂ©e Pacini : entre Ă©lĂ©gie tendre bellinienne et fort dramatisme prĂ©verdien…. Belle exhumation servie par une interprĂšte inspirĂ©e, d’une trĂšs fine caractĂ©risation qui rĂ©tablit la figure de la poĂ©tesse telle l’Ă©gale de ClĂ©opĂątre ou Didon : fĂ©minitĂ© dĂ©terminĂ©e et fervente jusque dans la mort.

D’ailleurs le programme met en lumiĂšre tout ce qui gravite et suit plus qu il ne l’Ă©gale le modĂšle Bellinien : la superbe et directe priĂšre de Nelly (Adelson et Salvini) montre tout le gĂ©nie du Sicilien dont la suavitĂ© suspendue enchante par son Ă©lĂ©gance tendre. MĂȘme irrĂ©sistible lamento funĂšbre de RomĂ©o avec le cor lointain en contrechant… qui apaise Ă  peine la rage incantatoire avec laquelle la diva sculpte chaque mot du rĂ©citatif prĂ©cĂ©dant la cantilĂšne.

 

 

Reine de Naples

 

La Quadra peut ĂȘtre fiĂšre d’accomplir ainsi un parcours marquĂ© par des choix judicieux dont les programmes mĂȘlent habilement tempĂ©rament dramatique et vocalitĂ  acrobatique. C’est en somme une Bartoli bis, et tout autant que sa consoeur, semblablement douĂ©e pour la curiositĂ© et l’innovation, capable d’un engagement spĂ©cifique. En affichant en couverture une posture de top modĂšle aux lignes sveltes et ondoyantes, la diva dĂ©montre toute l’ampleur de ses capacitĂ©s actuelles. La voix n’est pas puissante mais parfaitement placĂ©e, d’une intonation rarement dĂ©faillante, aux subtilitĂ©s flexibles et millimetrĂ©s qui mieux qu’au concert ou sur scĂšne, se rĂ©vĂšle particuliĂšrement riche en nuances au studio. La Donato est une diseuse, orfĂšvre inspirĂ©e qui sculpte le verbe avec une intensitĂ© canalisĂ©e et prĂ©cise, restituant pour chaque incarnation une remarquable interprĂ©tation. Rien Ă  dire donc de ses Bellini, suggestifs et sotto voce… gĂ©nĂ©reux en reliefs linguistiques. VoilĂ  qui rompt avec l’image doucereuse du Bellini trop effĂ©minĂ©, pas assez nerveux et viril. L’incarnation qu’en offre Joyce Di Donato est superbe de tempĂ©rament et d’intensitĂ© mesurĂ©e.

Las… Les instrumentistes lyonnais malgrĂ© le soin du chef trĂšs Ă  l’Ă©coute des moindres inflexions de la soliste, ne restituent pas la trĂšs fine expressivitĂ© de chaque partition qu’auraient autrement colorĂ© les instruments d’Ă©poque. Il faudrait que les directeurs d’opĂ©ras optent dĂ©finitivement pour les phalanges les mieux adaptĂ©es en particulier pour le rĂ©pertoire spĂ©cifique entre Bellini et Donizetti : plus Ă  mĂȘme de singulariser les maniĂšres encore mĂ©connues des Mercadante (songe onirique et dĂ©chirant de La Vestale : ligne vocale idĂ©alement tendue), Carafa (trĂšs fine caractĂ©risation lĂ  aussi de Lucia di Lammermoor, soeur de Bellini, Ă  laquelle Joyce Di Donato apporte la profondeur d’un sentiment d’extase douloureuse….), Valentini  (dĂ©lire languissant dĂ©ploratif  d’AdĂšle, coeur dĂ©chirĂ© inconsolable aprĂšs l’abandon de son amant Ă  jamais perdu).
Chacun des compositeurs magistralement servi par la mezzo trouve Ă©trangement un orchestre Ă  l’Ă©noncĂ© standard, flatteur pour les grandes salles mais en perte de vrai chambrisme (plusieurs aigus de la soliste sont platement couverts dont les deux notes longues crescendo de Saffo… qui doit maintenir son intonation malgrĂ© le choeur et l’orchestre conclusif)… On rĂȘve de ce qu’aurait pu apporter le format originel et le timbre plus raffinĂ© des instruments d’Ă©poque avec le chant diaprĂ©, serti d’accents justes de l’immense Di Donato. En dĂ©pit de l’orchestre trop formatĂ©, un rien standard et souvent surpuissant qui donc logiquement contredit tout ce travail sur la suggestion intime et pudique de la diva, ce rĂ©cital est superlatif. Il n’y a donc pas que Bartoli capable de nous surprendre voire nous saisir dans une collection de perles romantiques et lyriques mĂ©connues voire inĂ©dites (Stella Di Napoli de Pacini qui ouvre le rĂ©cital tout en le baptisant ; ou Il Sonnambulo de Carlo Valentini). RĂ©cital magistral.

 

Joyce DiDonato, mezzo. Stella di Napoli : airs d’opĂ©ras de Pacini, Bellini, Mercadante, Valentini, Donizetti… Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon. Riccardo Minasi, direction. 1 cd ERATO, Warner classics.

 

 

agenda
Au moment oĂč parait son disque napolitain, la mezzo Joyce Di Donato est en tournĂ©e en Europe dont une date passe par la France, le 27 septembre prochain, avec au programme, une bonne partie des arias enregistrĂ©s dans le cd Erato, ” Stella di Napoli ” :

STELLA DI NAPOLI
Airs d’opĂ©ras italiens romantiques

Pacini
Stella di Napoli, « Ove t’aggiri o barbaro »
Donizetti
Elisabetta al castello, « Par che mi dica ancor »
Rossini
Elisabetta Regina d’Inghilterra, Sinfonia
Carafa
Le Nozze di Lammermoor, « L’amica ancor non torna
 Oh di sorte crudel »
Rossini
Le siĂšge de Corinthe, Ballabile I et III
Zelmira, « Riedi al Soglio »
Bellini
Norma, Sinfonia
Mercadante
La Vestale, « Se fino al cielo ascende »
Verdi
Alzira, Sinfonia
Bellini
Adelson e Salvini, « Dopo l’oscuro nembo »
Pacini
Saffo, « Teco dall’are pronube »

Samedi 27 septembre 2014, 20h
Théùtre des Champs-Elysées
Joyce DiDonato, soprano
Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon
Riccardo Minasi, direction

 

 

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