CD. Grigory Sokolov, piano : récital Salzburg 2008 (2cd Deutsche Grammophon)

sokolov grigory recital salzburg piano 2008 deutsche grammophon clic de classiquenews fevrier mars 2015CD. Grigory Sokolov, piano : récital Salzburg 2008 (2cd Deutsche Grammophon). La puissance d’un ours et la finesse d’une araignée tisseuse : la digitalité arachnénenne du pianiste russe Grigory Sokolov sert aussi une pensée musicale qui semble à chaque concert redéfinir la notion même de tempo grâce à un rubato personnel et recréatif indiscutable. Sa liberté agace, sa liberté fascine. Et ce n’est pas ce récital enfin autorisé par le concerné qui démentira cette impression ambivalente.  De sorte qu’au moment du concert et ici d’un enregistrement live (réalisé sur le vif au festival de Salzbourg 2008 devant le public massé en nombre dans la Maison Mozart , Haus für Mozart), les spectateurs auditeurs ont l’impression d’assister à la (re)création des partitions choisies. Sokolov sait aussi composer ses propres programmes selon son humeur, suscitant des références et des filiations entre les tonalités, les atmosphères : à chacun de composer sa propre généalogie musicale à partir de ce que lui offre l’interprète passeur. Deutsche Grammophon depuis toujours associé à l’archivage des grands moments musicaux ou lyriques du premier festival autrichien, enregistre le parcours ou plutôt l’expérience de l’été 2008 (concert du 31 juillet) comprenant les Préludes de Chopin, deux Sonates de Mozart (la sombre K280 ; la fluide et tendre  K332) et quelques perles ainsi enchaînées selon la sensibilité faussement vagabonde du pianiste dont particulièrement l’assise monumentale du choral de Bach où il est capable d’insuffler à la polyphonie l’échelle de vastes perspectives.

 

 

 

Sokolov : le prophète funambule du clavier

 

Parmi les bis / encores de ce récital généreux, saluons Scriabine et ses deux poèmes (deux allegrettos, étincelants, fantasques) opus 69 n°1 et n°2, vraies miniatures traversées par l’esprit malicieux et enchanté du Scriabine prophétique auquel le jeu du pianiste russe apporte l’ivresse funambule adéquate.
Rameau et l’éloquente Suite du Premier livre des Pièces pour le clavecin de 1728 (les Sauvages), intégré ensuite dans son Ballet Les Indes Galantes, sujet de son dernier acte (vigueur, nervosité caractérisées, mais une retenue et une précision égale, pas toujours préservées).

CLIC_macaron_2014Largeur de la vision, souffle épique de son engagement, Sokolov nous fait vivre l’espace d’un concert, la formidable épopée du piano orchestre, capable de suggestion murmurée comme fracassante.  L’interprète né en 1950, formé au Conservatoire de Saint-Petersbourg, remporte à 16 ans en 1966, le prestigieux Concours Tchaikovsky de Moscou présidé par Emil Gilels. Depuis toujours soucieux du fini et de la profondeur de chaque approche, il a délaissé les œuvres concertantes avec orchestre pour l’art du récital en soliste : car le temps des répétitions n’est pas assez important dans le premier cas, insuffisant même pour atteindre le résultat escompté. Seul maître à bord, Sokolov travaillle ainsi jusqu’à l’ultime geste, les partitions de ses récitals. L’artiste préféère panacher plutôt que de se dédier à telle ou telle intégrale : la mixité colore pour chaque session, une expérience particulière. Les 24 Préludes de Chopin ici abordés sont comme relus sous le filtre d’un interprète qui ose tout, faisant du récital publique, une arène expérimentale qui frappe par la puissance du jeu, l’ampleur de l’imagination, la vitalité parfois grandiloquente du jeu démonstratif. Le style manque parfois de retenue, de simplicité. Mais le dernier encore” (bis), ce choral de JS Bach extrait de l’Orgelbüchlein rétablit la place de la simplicité en gage d’ultime offrande.

 

 

 

Grigory Sokolov, piano. Récital Salzburg 2008, récital du festival de Salzbourg, du 30 juillet 2008. Concert live. Chopin, Mozart, Scriabine, Rameau, JS Bach. 2 cd Deutsche Grammophon.

 

 

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