COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 19 nov 2019. MOZART, BRAHMS. G. SOKOLOV, piano.

sokolov grigory recital salzburg piano 2008 deutsche grammophon clic de classiquenews fevrier mars 2015COMPTE-RENDU. Concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 19 Novembre 2019. W.A. MOZART. J.BRAHMS. G. SOKOLOV. Chaque concert de Gregory Sokolov est à la fois inouï et … prévisible. Allure d’automate lorsqu’il marche, jeu pénétrant et d’une subtilité rare lorsqu’il se met au clavier, troisième partie offerte en bis aussi longue que les deux précédentes. Et avant tout cette véritable originalité de jeu dans un monde du piano classique… aux goûts souvent trop implicites. Sokolov va là où sa sensibilité le porte et cela ne peut laisser indifférent. Il m’est arrivé de ne pas aimer : une fois pour son concert Bach. Ce soir la majorité du public a été comblée surtout par la deuxième partie réservée à Brahms.

 

 

 

RĂ©cital Mozart et Brahms

Sokolov : tout simplement magnifique

 

 

 

Il faut reconnaître qu’un Brahms aussi lumineux est précieux. Sokolov dans ces deux pièces Op. 118 et 119, souvent décrites comme crépusculaires, y déploie une précision rare et une énergie intemporelle. Les plans sont tous clairement joués, les nuances sont poussées au bout, la palette de couleur et la variété des phrasés lui permettent de brosser un tableau d’une grande richesse. Les harmonies si particulières du « vieux Brahms » sont portées à leur grande modernité avec simplicité et évidence. Le voyage proposé par Gregory Sokolov semble éternel et nous aimerions l’écouter en boucle afin de se régaler de cette richesse d’interprétation habillée en forme d’évidence mais qui recèle un art du piano absolument souverain.
Son Mozart est lui aussi en tous points remarquable et encore plus personnel. Il a choisi des oeuvres très variées qu’il aborde avec des doigts souples et vifs, comme caressants le clavier. Le prélude et la Fugue en ut majeur semblent à la fois d’une grande modernité et un véritable hommage à Bach. Le clavier devient un moyen de convaincre avec une éloquence noble et ayant la simplicité de l’évidence. Quand à la sonate n° 11, elle coule librement, dans un gué bien entretenu. Même la conclusion « alla turca » a de la tenue. Sous les doigts de Sokolov Mozart est un grand musicien, un grand claviériste ; le pianiste russe nous convainc qu’avec ce jeu précis et simple, sans afféteries, sans charme aimable, la musique se déploie avec un naturel d’une grande liberté. C’est cela, oui : le piano de Sokolov est totalement libre.

La troisième partie contiendra six pièces que le pianiste joue chaque fois après un salut rituel sans émotion sur son visage. Une telle générosité aussi simplement concédée au public est la marque du génie de Sokolov. Ainsi Schubert, Chopin et Rachmaninov ont apporté leurs saveurs belcantistes à la nuit. Un concert qu’une partie du public aurait pu écouter sans fin. Tant de musique avec cette liberté du don reste inoubliable. Merci aux Grands Interprètes qui avec fidélité ont invité l’un des plus grands musiciens du clavier.

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Compte-rendu ,concert.Toulouse. Halle-aux-grains, le 19 novembre 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Prélude (Fantaisie) et Fugue en ut majeur, K.394 ; Sonate n°11 en la majeur, K.331 op.6 n°2 ; Rondo n°3 en la mineur K. 511 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Klavierstücke Op.118 et Op.119. Grigory Sokolov, piano.

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Précédent compte rendu critique d’un concert récital de Grigory Sokolov :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-recital-de-piano-toulouse-halle-aux-grains-le-26-mai-2014-recital-frederic-chopin-grigory-sokolov-piano/

CD. Grigory Sokolov, piano : récital Salzburg 2008 (2cd Deutsche Grammophon)

sokolov grigory recital salzburg piano 2008 deutsche grammophon clic de classiquenews fevrier mars 2015CD. Grigory Sokolov, piano : rĂ©cital Salzburg 2008 (2cd Deutsche Grammophon). La puissance d’un ours et la finesse d’une araignĂ©e tisseuse : la digitalitĂ© arachnĂ©nenne du pianiste russe Grigory Sokolov sert aussi une pensĂ©e musicale qui semble Ă  chaque concert redĂ©finir la notion mĂŞme de tempo grâce Ă  un rubato personnel et recrĂ©atif indiscutable. Sa libertĂ© agace, sa libertĂ© fascine. Et ce n’est pas ce rĂ©cital enfin autorisĂ© par le concernĂ© qui dĂ©mentira cette impression ambivalente.  De sorte qu’au moment du concert et ici d’un enregistrement live (rĂ©alisĂ© sur le vif au festival de Salzbourg 2008 devant le public massĂ© en nombre dans la Maison Mozart , Haus fĂĽr Mozart), les spectateurs auditeurs ont l’impression d’assister Ă  la (re)crĂ©ation des partitions choisies. Sokolov sait aussi composer ses propres programmes selon son humeur, suscitant des rĂ©fĂ©rences et des filiations entre les tonalitĂ©s, les atmosphères : Ă  chacun de composer sa propre gĂ©nĂ©alogie musicale Ă  partir de ce que lui offre l’interprète passeur. Deutsche Grammophon depuis toujours associĂ© Ă  l’archivage des grands moments musicaux ou lyriques du premier festival autrichien, enregistre le parcours ou plutĂ´t l’expĂ©rience de l’Ă©tĂ© 2008 (concert du 31 juillet) comprenant les PrĂ©ludes de Chopin, deux Sonates de Mozart (la sombre K280 ; la fluide et tendre  K332) et quelques perles ainsi enchaĂ®nĂ©es selon la sensibilitĂ© faussement vagabonde du pianiste dont particulièrement l’assise monumentale du choral de Bach oĂą il est capable d’insuffler Ă  la polyphonie l’Ă©chelle de vastes perspectives.

 

 

 

Sokolov : le prophète funambule du clavier

 

Parmi les bis / encores de ce rĂ©cital gĂ©nĂ©reux, saluons Scriabine et ses deux poèmes (deux allegrettos, Ă©tincelants, fantasques) opus 69 n°1 et n°2, vraies miniatures traversĂ©es par l’esprit malicieux et enchantĂ© du Scriabine prophĂ©tique auquel le jeu du pianiste russe apporte l’ivresse funambule adĂ©quate.
Rameau et l’Ă©loquente Suite du Premier livre des Pièces pour le clavecin de 1728 (les Sauvages), intĂ©grĂ© ensuite dans son Ballet Les Indes Galantes, sujet de son dernier acte (vigueur, nervositĂ© caractĂ©risĂ©es, mais une retenue et une prĂ©cision Ă©gale, pas toujours prĂ©servĂ©es).

CLIC_macaron_2014Largeur de la vision, souffle Ă©pique de son engagement, Sokolov nous fait vivre l’espace d’un concert, la formidable Ă©popĂ©e du piano orchestre, capable de suggestion murmurĂ©e comme fracassante.  L’interprète nĂ© en 1950, formĂ© au Conservatoire de Saint-Petersbourg, remporte Ă  16 ans en 1966, le prestigieux Concours Tchaikovsky de Moscou prĂ©sidĂ© par Emil Gilels. Depuis toujours soucieux du fini et de la profondeur de chaque approche, il a dĂ©laissĂ© les Ĺ“uvres concertantes avec orchestre pour l’art du rĂ©cital en soliste : car le temps des rĂ©pĂ©titions n’est pas assez important dans le premier cas, insuffisant mĂŞme pour atteindre le rĂ©sultat escomptĂ©. Seul maĂ®tre Ă  bord, Sokolov travaillle ainsi jusqu’Ă  l’ultime geste, les partitions de ses rĂ©citals. L’artiste prĂ©féère panacher plutĂ´t que de se dĂ©dier Ă  telle ou telle intĂ©grale : la mixitĂ© colore pour chaque session, une expĂ©rience particulière. Les 24 PrĂ©ludes de Chopin ici abordĂ©s sont comme relus sous le filtre d’un interprète qui ose tout, faisant du rĂ©cital publique, une arène expĂ©rimentale qui frappe par la puissance du jeu, l’ampleur de l’imagination, la vitalitĂ© parfois grandiloquente du jeu dĂ©monstratif. Le style manque parfois de retenue, de simplicitĂ©. Mais le dernier encore” (bis), ce choral de JS Bach extrait de l’OrgelbĂĽchlein rĂ©tablit la place de la simplicitĂ© en gage d’ultime offrande.

 

 

 

Grigory Sokolov, piano. Récital Salzburg 2008, récital du festival de Salzbourg, du 30 juillet 2008. Concert live. Chopin, Mozart, Scriabine, Rameau, JS Bach. 2 cd Deutsche Grammophon.

 

 

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Récital Frédéric Chopin. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Grigory Sokolov est bien connu des Toulousains et chaque invitation rassemble un public nombreux. Schubert et Schumann puis Bach et Ă  prĂ©sent Chopin. Chaque fois le pianiste russe fait sienne les partitions et en rend la quintessence comme personne. Si son Bach nous avait paru discutable en 2011, nous avons retrouvĂ© avec son Chopin le sublime de son concert Schubert et Schumann de 2009.  Le programme est magnifique. Chopin est en pleine maturitĂ© avec la Sonate n°3 de 1844. De construction très claire, cette partition offre tout ce que Chopin a apportĂ© techniquement au piano tout en se refusant aux excès. L’Ă©motion peut ĂŞtre funèbre mais le tendre et l’élĂ©gant ne sont pas oubliĂ©s. La beautĂ© des phrases mĂ©lodiques est belcantiste ; les rythmes complexes s’allient Ă  des harmoniques rares allant jusqu’Ă   l’abandon des tonalitĂ©s. Sokolov aborde l’allegro maestoso dans un large tempo qui permet d’assoir un discours tout fait de profondeur. Cette manière si particulière de prendre possession du temps et de l’espace permet Ă  l’immense artiste de captiver l’attention de son public. Les phrasĂ©s sont d’une infinie variĂ©tĂ© permettant de passer par des moments de rĂ©citatif, de bel canto ou de rhĂ©torique. Les nuances sont subtilement dĂ©finies et les couleurs fusent comme dans le plus riche des arc en ciel. Mais avant tout, c’est la clartĂ© et l’Ă©vidence qui dominent cette interprĂ©tation. Peu de pĂ©dale probablement explique cette haute dĂ©finition du son, jamais flou ou brumeux. MĂŞme dans les tĂ©nèbres la lumière est prĂ©sente. Les derniers accords du premier mouvement sont posĂ©s avec art et la mĂ©prise commence.

Le sublime face au public

Une partie du public ressentant avec exactitude le gĂ©nie de l’interprète se permet d’ applaudir ignorant l’usage qui aujourd’hui demande d’attendre la fin de la sonate pour s’oublier. Ce ne serait pas si grave si les dernières vibrations de l’accord n ‘Ă©taient noyĂ©es sous ces manifestations rustiques. La concentration de l’artiste n ‘a pas semblĂ© en souffrir et c’est tant pis pour la partie du public trop sensible que ce bruit entre les mouvements, terrasse… Le Scherzo est abordĂ© en un tempo Ă©galement retenu ; c’est la prĂ©cision de chaque note insĂ©rĂ©e dans le flux dansant enchanteur qui surprend. Tant de prĂ©cision des doigts dans une construction si franche du mouvement permet une Ă©coute d’une grande intelligence, les imbrications subtiles de Chopin sont toutes mises en valeur sans excès de vitesse. C’est le troisième mouvement, largo, qui atteint un sommet d’Ă©motion. La grandeur de l’interprète est face au gĂ©nie du compositeur qui offre son âme au piano. Gregory Sokolov  d’une voix tonitruante dĂ©bute puis Ă  mi voix, avec une infinie dĂ©licatesse, chante comme une diva romantique avec une nostalgie dĂ©chirante. Les jeux de question-rĂ©ponses sont habitĂ©s et l’Ă©vanouissement est au bout des doigts. Toute la sensibilitĂ© artiste de Sokolov peut s’exprimer laissant le spectateur suspendu  aux reprises si merveilleuses et embellies du thème principal. Le final est plein de force et d’ Ă©nergie retrouvĂ©e dans une mise en lumière  proche de l’aveuglement. Toute la technique est mise au service de cette Ă©nergie crĂ©atrice qui avance avec impĂ©tuositĂ©. Les applaudissements irrĂ©pressibles fusent avec puissance mais toujours sans respecter la finitude du dernier accord…   La deuxième partie consacrĂ©e aux plus dĂ©licates Mazurkas, elle sont toutes choisies avec art en fonction des tonalitĂ©s et des ambiances. Le public saura se faire plus discret en ce qui concerne les applaudissements, car ces pièces sont moins spectaculaires, mais des tĂ©lĂ©phones portables rallumĂ©s Ă  l’entracte et “oubliĂ©s” apportent leur note de vulgaritĂ© qui attaque plus ou moins les oreilles sensibles. Quel merveilleux voyage nous a proposĂ© Gregory Sokolov en ces Mazurkas sublimes !  Les dĂ©crire chacune serait indĂ©licat. Nous avons pu gouter des moments de  beautĂ©s nostalgiques et mĂŞme sombres comme fugacement heureuses. Ces pièces parmi les plus personnelles de Chopin trouvent en Sokolov, un interprète inoubliable capable d’une dĂ©licatesse inouĂŻe. Choisies dans les opus tardifs, l’Ă©criture si maitrisĂ©e de Chopin se concentre sur l’essentiel d’un rapport Ă  la beautĂ© par et pour le piano dans une fidĂ©litĂ© absolue Ă  la terre de ses origines. Sokolov nous fait percevoir cet accord si rare et prĂ©cieux. Le monde musical dans lequel le grand musicien russe nous a entraĂ®nĂ© ne pouvait s’arrĂŞter ainsi et dans une sĂ©rie de bis qui suspendent le temps, le mĂŞme monde de dĂ©licatesse et de beautĂ© nous est offert. Schubert, en âme soeur avec trois Impromptus dont le si dĂ©licieux  n°3.  Ni le KlavierstĂĽck D 946 ni une autre Mazurka ne permettront au public de se sentir rassasiĂ© et d’attendre le fin du son pour applaudir frĂ©nĂ©tiquement.  C’est au sixième bis, de composition  moins sublime, que le public saura faire silence jusqu’au silence qui termine le musique. Enfin ! Le moindre gĂ©nie de Sokolov aura Ă©tĂ© sa patience et sa pĂ©dagogie. La musique s’Ă©coute jusqu’au silence qui la referme. Nul ne croise sur son chemin un gĂ©nie sans en apprendre quelque chose…

Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Frédéric  Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur, opus 58 ; 10 Mazurkas  (La mineur, opus 68 n°2, Fa majeur opus 68 n°3, Do mineur opus 30 n°1, Si mineur opus 30 n°2, Ré bémol majeur opus 30 n°3, Ut dièse mineur opus 30 n°4, Sol majeur opus 50 n°1, La bémol majeur opus 50 n°2, Ut dièse mineur opus 50 n°3, Fa mineur opus 68 n°4). Grigory Sokolov, piano.