CD, critique. MIROIR(S). ELSA DREISIG, soprano (1 cd ERATO).

500x500-ELSA-DREISIG-miroirs-cd-critique-clic-de-classiquenews-la-nouvelle-diva-francaise-par-classiquenewsCD, critique. MIROIR(S). ELSA DREISIG, soprano (1 cd ERATO). DĂ©jĂ  la prise de son est un modĂšle du genre rĂ©cital lyrique : la voix de la soliste se dĂ©tache idĂ©alement sur le tapis orchestral, dĂ©taillĂ© et enveloppant. Le programme de la soprano Pretty Yende enregistrĂ© chez SONY ne bĂ©nĂ©ficiait pas d’un tel geste orchestral ni d’une telle prise de son. Dans cet espace restituĂ© avec finesse, la voix somptueuse de la jeune mezzo française affirme un beau tempĂ©rament, sensuel, Ă©panoui, naturel, et aussi espiĂšgle (sa Rosina qui l’avait rĂ©vĂ©lĂ© au Concours de Clermont Ferrand : voir notre entretien avec la jeune diva, alors non encore distinguĂ© par son prix Operalia 2016) : du chien, une finesse enjouĂ©e, et donc un talent belcantiste naturel. Sa comtesse, quoiqu’on en dise trouble malgrĂ© une couleur qui manque de profondeur, mais la justesse de l’intonation, le souci de la ligne, indique lĂ  aussi, aux cĂŽtĂ©s de la rossinienne, l’excellente mozartienne (plus Ă©vidente pour elle et son Ăąge, Ă©videmment Pamina). Pas encore trentenaire, la mezzo Ă©blouit littĂ©ralement dans les hĂ©roĂŻnes de l’opĂ©ra romantique français : ThaĂŻs de Massenet, Marguerite du Faust de Gounod avec cette dĂ©licatesse articulĂ©e du verbe : la grande classe. IntĂ©ressant jeu de miroirs pour reprendre le titre du cd, ses Manons chez Massenet (dĂ©chirant et sobre « Adieu notre petite table ») et chez Puccini (couleur idĂ©ale du timbre). Nouvel effet d’échos pour sa Juliette : celle acadĂ©mique et ennuyeuse de Daniel Steibelt (mort en 1823), que l’on oubliera vite, quand celle de Gounod (scĂšne du poison) transpire d’émotion tragique, de suavitĂ© mortifĂšre, d’une Ă©vanescence poĂ©tique admirable.

CLIC D'OR macaron 200La piĂšce de choix ou l’apothĂ©ose de ce rĂ©cital quand mĂȘme un brin ambitieux, reste la SalomĂ© en français (validĂ©e par Strauss) lui-mĂȘme : la candeur perverse, l’innocente obscĂšne se dĂ©lecte ici en une danse vocale autour de la tĂȘte coupĂ©e du ProphĂšte Jokanaan (hallucinĂ©e, entre le thĂ©Ăątre et le monologue Ă©perdu : « je la mordrai avec les dents  ») : pour une fois que nous avons lĂ  une interprĂšte qui a et l’ñge et la couleur et la technique du rĂŽle, on dit : « brava ». Le rĂ©sultat est sidĂ©rant car la juvĂ©nilitĂ© primitive, irradiante de cette adolescente malade Ă©blouit littĂ©ralement dans la monstruositĂ© de sa folie barbare. L’intelligence de la diction, la subtilitĂ© de l’émission, tout en sobriĂ©tĂ© sensuelle suscitent notre admiration. A suivre. LIRE aussi notre prĂ©sentation du cd MIROIR(S) de la mezzo soprano ELSA DREISIG

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