CD, critique. Géraldine Casey, soprano : ESPAÑA ! (1cd KLARTHE)

espana-geraldine-grisey-cd-klarthe-records-critique-cd-review-cd-classiquenews-annonce-critique-cdCD, critique. Géraldine Casey, soprano : ESPAÑA ! (1cd KLARTHE). Nous avions remarqué son cd Mozart : où son sens expressif et sa plasticité comme coloratoure savaient relire avec vivacité et investissement les airs redoutables écrits par Mozart… Klarthe édite un tout autre programme où la cantatrice française troque l’agilité et le legato mozartiens pour l’esprit de la couleur ibérique, le sens du rythme, l’intelligence et les intentions du verbe incarné… sans omettre, un épanchement nuancé dans la douleur, la pudeur blessée, ce tragique contenu et toujours digne, qui fait l’orgueil des héroïnes hispaniques… et aussi la profondeur souvent mal comprise de la majorité des pièces concernées.
Le choix de l’interprète se porte sur les mélodistes espagnols des XIXè et XXè, dont le travail ressuscite dans l’écriture « savante », la force et la sincérité des idiomes traditionnels et populaires. Comme le précise Géraldine Casey dans le texte de la notice, tous les compositeurs ainsi réunis sont pianistes (d’où le raffinement de l’accompagnement au clavier) ; ils sont tous marqués par l’impressionnisme des parisiens Debussy et Ravel, enrichissant encore la palette ibérique de nuances harmoniques à la française. Le jaillissement des sentiments se double ainsi d’une évocation très fine des situations et des climats qui portent les émotions du chant.

 

 

 

Géraldine Casey : coloratoure convaincant

COULEURS ET NUANCES DES MELODIES IBERIQUES

 

 

 

La soprano sait renouveler son approche stylistique en accordant un soin particulier dans la résolution de tout ce qui fait le caractère primitif, suave, populaire de ce folklore authentique ainsi collectionné et sublimé par chacun (effets spécifiques tels que triolets, portamenti, forte subito, cante jondo, … autant de réminiscences du flamenco). La coloratoure de Géraldine Casey s’inscrit avec justesse et légitimité dans le sillon de la cantatrice catalane, elle-même coloratoure : Maria Barrientos qui a créé nombre de mélodies de De Falla, Granados, Mompou. Truculence, malice, double voire triple lecture de textes équivoques… la diva française apporte un réel piquant à des chansons qui exigent une richesse d’intentions et d’intonations poétiques et expressives…. dignes de l’opéra.

Les mélodies contrastées, pleines de caractères et de vivacité (De Donde venis?) d’un Rodrigo cabotin (exigeant des aigus très hauts perchés), ou avant, la bonhommie très textuelle du sublime « Iban al pinar” (plage 10)… du barcelonais Granados (… de Barcelone, comme Mompou et Obradors). Justement de Mompou, soulignons la profondeur (chant d’une grande pleureuse – entre berceuse et prière ?) de  « Aurena do si… » dont la couleur est à la fois tragique et langoureuse – proche de Elle dans La voix Humaine de Poulenc. Une véritable scène d’opéra mais en miniature.

Avec Falla précisément, nous tenons la clé de cette musique abusivement cataloguée légère, secondaire car d’inspiration populaire. Falla permet et réalise l’anoblissement du folklorique justement grâce à l’intelligence et la sensibilité de son écriture vocale et pianistique ; pas d’illustratif ni de décoratif : mais l’expression juste du sentiment et de l’intime. C’est ce qui saisit immédiatement à l’écoute de ses mélodies de jeunesse / canciones de Juventud (Preludios et Dios mio, Que solos se quedan los muertos!).
Même richesse et ambivalence des registres chez Mompou encore. Ainsi, peu connus, les deux volets de « Combat del Somni » : d’un calme triste et tendre ; le premier presque le plus long du recueil (3mn25) et qui suppose une intensité doloriste sans appui forcé, proche du texte. Même subtilité de ton pour le second plus court (moins de 2mn : Jo et pressenta con la mar…), à l’allant plus liquide, léger qui convient idéalement au timbre du soprano léger.
Le programme se libère dans un lyrisme tout aussi émotionnel : « Les folles d’amour / Las locas por amor » de Turina allient ivresse, panache et couleurs, avec un dernier aigu, charnu, clair et brillant. Une écriture vive et presque délirante à laquelle répond l’agilité très évocatrice du piano (impeccable de Philippe Barbey-Lallia).

Plus rêveur, mais hypersensible,  l’élégie éternelle (« Elegía eterna ») de Granados gagne en intensité grâce à l’aigu hypercristallin et vibré de la diva, comme hallucinée par sa propre voix et ses aigus perçants. Conclusion pleine d’audace et de volonté diamantine, de tendresse éperdue, d’émotivité poétique pour un programme qui est un voyage, écrit comme un carnet de bord personnel, d’une diversité enivrante.

 

 

 

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CD, critique. Géraldine Casey, soprano : ESPAÑA ! Obradors, Nin, Rodrigo, De Falla, Turina, Mompou, Granados. Philippe Barbey-Lallia, piano (1cd KLARTHE enregistrement réalisé en avril 2018 – Parution : avril 2019).

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