CD, compte rendu. Puccini : Turandot (Bocelli, Wilson, Mehta, 2014)

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TURANDOT-puccini-zubin-mehta-500-cd-decca-andrea-bocelli-Dans Turandot pour une fois, le titre de l’opĂ©ra indique clairement la prĂ©Ă©minence du personnage fĂ©minin : si le premier acte la rend absente car il est conduit par le rappel des princes dĂ©capitĂ©s et l’apparition sur scène du nouveau candidat aux Ă©preuves :  Calaf (cet Ă©tranger dont l’identitĂ© vĂ©ritable sera au III le prĂ©texte d’une chasse rĂ©pressive des plus terrifiante), la jeune femme concentre toute l’action aux actes II et III : de gardienne du temple refusant toute sexualitĂ©, la fille de l’empereur s’ouvre peu Ă  peu Ă  l’amour. .. de pĂ©trifiĂ©e inhumaine, elle devient aimante et humaine : une mĂ©tamorphose que seule peuvent dĂ©voiler  la psychanalyse et bien sĂ»r, l’opĂ©ra. Dans cette production discographique qui fait suite aux reprĂ©sentations ibĂ©riques (Valencia, printemps 2014), la maĂ®trise du conteur Mehta s’impose immĂ©diatement, nimbant toutes les scènes d’un souffle souvent prenant. Car le maestro n’en est pas Ă  sa première Turandot, loin s’en faut…

Zubin Mehta renouvelle avec panache et finesse sa vision de Turandot

Flamboyante Turandot flanquée de ses 3 ministres impétueux, nerveux, palpitants

CLIC_macaron_2014Jennifer Wilson, soprano amĂ©ricaine nĂ©e en 1966 en Virginie  (Fairfax) affirme une langueur incandescente marquĂ©e par une blessure ancestrale, celle de la princesse qui la prĂ©cĂ©dĂ©e, humiliĂ©e assassinĂ©e par un prince Ă©tranger, icĂ´ne douloureuse Ă  laquelle Turandot s’est dĂ©diĂ©e en une dĂ©votion exclusive. La cantatrice affirme un tempĂ©rament vocal affirmĂ© et sauvage, entre puissance et tempĂ©rament de feu dotĂ©e d’aigus perçants et soutenus que Zubin Mehta connaĂ®t bien pour l’avoir dirigĂ©e en BrĂĽnnhilde dans son Ring de 2010. Aux 3 Ă©nigmes posĂ©es la soprano apporte une constance enflammĂ©e habitĂ©e par l’ombre de son aĂ®nĂ©e martyrisĂ©e.

D’autant que malgrĂ© le dĂ©sĂ©quilibre de la partition, – laissĂ©e inachevĂ©e apres la mort de Puccini (après la scène de torture de Liu au III), Zubin Mehta impose une baguette gĂ©nĂ©reuse, souvent somptueusement narrative ciselant l’une des partitions les plus spectaculaires et modernes (harmonies et instrumentarium) de Puccini.  Le chef sait exprimer avec un rĂ©el souffle les miroitements de ce conte oriental pour lequel le compositeur a  façonnĂ© un imaginaire sonore captivant oĂą les percussions sont souveraines (atmosphère lĂ©tale du dĂ©but du III comme un rĂŞve qui s’Ă©tire et trouve sa rĂ©solution avec le fameux Nessun dorma du prince Calaf. …).

German Olvera baryton Pong PUCCINI TURANDOT zubin mehtaTemps  fort antĂ©rieur avec la scène des 3 Ă©nigmes, l’apparition des trois ministres, leur asujetissement au rituel Ă©puisant de la cour impĂ©riale, aux prĂ©paratifs de la cĂ©rĂ©monie des Ă©nigmes, leurs Ă©tats d’âme portĂ©s par trois chanteurs très en verve et en finesse  (ce qui est rare) de surcroĂ®t excellemment enregistrĂ©s  (avec le Pong tout en finesse grave de German Olvera, un baryton mexicain timbrĂ© au phrasĂ© passionnant et qui fait l’honneur du centre de perfectionnement Placido Domingo au Palau de les Arts Reina Sofia de Valencia : retenez ce nom, c’est l’une des rĂ©vĂ©lations de la nouvelle Turandot). D’une constance juvĂ©nile Ă  toute Ă©preuve, le chant soutenu parfois dur du tĂ©nor vedette Andrea  Bocelli soutient tous les dĂ©fis de sa partie. Mais Ă  force d’ĂŞtre seulement vaillant en toute circonstance, le tĂ©nor manque de nuances et l’on se demande quand mĂŞme comment Ă  son contact,  la princesse frigide s’inflĂ©chit au dĂ©sir suscitĂ© par cet Ă©tranger un rien raide.

L’argument principal de cette nouvelle version demeure les chatoiements sonores, le raffinement instrumental que parvient Ă  obtenir Mehta et l’exceptionnelle incarnation des trois ministres impĂ©riaux Ping, Pang, Pong (German Olvera, Valentino Buzza, Pablo Garcia Lopez) qui ici gagnent une rĂ©elle vĂ©ritĂ© dramatique, intensifiĂ©e par la prise de son très Ă©quilibrĂ©e) : Ă  chacune de leur intervention, en accord avec un orchestre nerveux et sensuel, la rĂ©alisation rend honneur Ă  l’une des partitions les plus enchanteresses du grand Giacomo. Que du bonheur.

Les nouvelles productions sont rares et cette Turandot fait honneur au prestige de la marque jaune. Orchestrale ment intĂ©ressante car Mehta exploite très judicieusement l’orchestre espagnol, vocalement honorable voire prenante la version est une belle surprise de cet Ă©tĂ© 2015. (Parution : 31 juillet 2015).

 

CD. Giacomo Puccini : Turandot. Andrea Bocelli, Jennifer Wilson, German Olvera, Valentino Buzza, Pablo Garcia Lopez… Coro de la Generalitat Valenciana, Orquestra de la Comunitat Valenciana. Zubin Mehta, direction. 2 CDs 0289 478 82930.

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