CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : MAGNIFICAT de JS BACH / DIXIT DOMINUS de HANDEL (1 cd Alpha).

alpha BACH HANDEL dixit dominus  lionel meunier vox luminis cd alpha critique cd review cd critique par classiquenews cd alpha370CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : MAGNIFICAT de JS BACH / DIXIT DOMINUS de HANDEL (1 cd Alpha). Le dernier cd de Vox Luminis, choeur que l’on ne prĂ©sente plus, et qui s’agrandit ici de son propre orchestre sur instruments anciens, met en miroir assez lĂ©gitimement d’ailleurs, l’inspiration sacrĂ©e de JS Bach et de GF Handel ; le premier auteur du Magnificat dans les annĂ©es 1720, alors qu’il a quittĂ© ses fonctions de musicien de cour pour celui de Cantor Ă  Leipzig, – pour y perfectionner les chƓurs et fournir toute la musique chorale pour chaque dimanche ; le second, compositeur du Dixit Dominus, mais au dĂ©but des annĂ©es 1700, Ă  Rome, oĂč en sĂ©ducteur saxon frappĂ© et inspirĂ© par la virtuositĂ© italienne, il conquiert en mondain confirmĂ©, les plus hautes autoritĂ©s ecclĂ©siastiques et politiques. En plus de l’articulation du texte, ils partagent tout deux une mĂȘme origine, celle d’Allemagne centrale, et logiquement, une mĂȘme expertise : l’écriture du contrepoint. De l’un Ă  l’autre, c’est bien la complexitĂ© spectaculaire de l’architecture contrapuntique que nous fait entendre et que rend vivante le choeur belge Vox Luminis, voix des anges, voix des croyants, – peuple qui doute et espĂšre chez Bach ; armĂ©e dramatique voire opĂ©ratique chez Handel qui pourtant jeune, « ose » un style qui frappe par sa vĂ©hĂ©mence, exigeant l’impossible des chanteurs. Mais le dĂ©fi est totalement relevĂ© ; et la tenue des voix claires, individualisĂ©es et pourtant fĂ©dĂ©rĂ©es (avant dernier choeur du Dixit, plage 21) saisit par sa force et sa prĂ©cision expressive. C’est dire le niveau atteint par Vox Luminis, le meilleur choeur actuel dĂ©signĂ© pour les plus fines et vertigineuses cathĂ©drales chorales jamais Ă©crites au XVIIIĂš. Tout en exprimant les vertiges de la priĂšre, qu’elle soit douloureuse, introspective, dĂ©clamatoires et victorieuse, les interprĂštes savent aussi ciseler un discours oratoire dont la charge millimĂ©trĂ©e, fascine du dĂ©but Ă  la fin.

DĂšs les premiĂšres mesures du Magnificat de Bach, la sincĂ©ritĂ© collective, voix blanches directes, si proches de l’allant du texte, s’avĂšre d’une belle et tonique santĂ© vertueuse ; cela avance comme une irrĂ©pressible action de grĂące (Et Exsultavit), et aussi un temps prĂ©servĂ© de rĂ©flexion plus mĂ©ditative (hautbois obligĂ© : Quia respexit), – un temps d’accomplissement qui cultive aussi
 le mystĂšre. A travers une voix quasi enfantine, apportant en plus de l’ivresse spirituelle, une couleur de fragilitĂ© tendrement humaine.

Lionel Meunier ralentit le tempo (dans le choeur qui enchaĂźne aussitĂŽt, Omnes generationes, creusant, ciselant, l’incise du mystĂšre qui semble envelopper et inspirer tout le choeur, tel l’assemblĂ©e vivante des croyants.

Suspendu, interrogatif, l’admirable duetto « Et misericordia », le plus dĂ©chirant, se fait priĂšre pour le Sauveur en vu de l’obtention du salut
 fine ciselure, d’une sobriĂ©tĂ© dĂ©sarmante.

Puis la ligne des trompettes fait surgir l’immensitĂ© glorieuse de la voĂ»te cĂ©leste pour le choeur victorieux : Fecit potentiam (somptueuse conclusion Ăąpre et majestueuse).

TrĂšs dramatique, Deposuit potentes, dĂ©fendu par un tĂ©nor presque Ă©nervĂ© et linguistiquement excellent (Robert Bukcland) exprime la puissance divine qui s’abat.

Avec flĂ»tes obligĂ©es, d’une douceur planante, Esurientes implevit bonis pour alto rĂ©pand l’esprit sĂ»r, serein de pleine justice.

ContrastĂ©e et profonde, l’approche atteint les sphĂšres cĂ©lestes et la grĂące des anges dans le terzetto, Suscepit Israel. Les qualitĂ©s de Vox Luminis se confirment : finesse, clartĂ©, Ă©locution sobre, humaine, directe et sincĂšre du portail contrapuntique dĂ©fendu par le choeur Sicut Locutus (avec orgue seul) : le relief dĂ©taillĂ© de chaque voix dans ce choeur capital, subjugue.

Et pour exprimer la gloire éternelle de Dieu, le dernier choeur Gloria Patri (Gloire au pÚre
), la clarté agissante et magnifiquement articulé du choeur se déploie soulignant toutes les qualités superlatives de Vox Luminis : sa santé rayonnante, ses rebonds précis, affûtés, sa vivacité linguistique. Un modÚle actuel.

 

 

 

Magnificat de JS Bach, Dixit Dominus de Handel

La versatilitĂ© habitĂ©e de Vox Luminis emporte jusqu’au ciel


 

 

AprĂšs un Bach aussi prĂ©cis et ciselĂ©, la fluiditĂ© haendĂ©lienne du Dixit, trĂšs vivaldienne, paraĂźt presque trop mondaine, et d’une sensualitĂ© presque trop profane (l’entrĂ©e des voix solistes du 21), mais dĂšs les premiers mots, la vitalitĂ© serrĂ©e, active, affĂ»tĂ©e de Vox Luminis restitue Ă  l’allant de la partition du Saxon, sa tonicitĂ© plus expressive que sĂ©duisante. Les interprĂštes sauvent la virtuositĂ© parfois trop dĂ©monstrative de la partition par leur nerf, une fougue et une Ă©nergie qui s’économise et ne se dĂ©tend jamais si elle ne sert pas le texte. Haendel dĂ©veloppe davantage au risque de 
 la longueur ; il n’atteint pas la concision ni l’éllipse de Bach, si fulgurant, si essentiel. Et son style plus opĂ©ratique (Virgam virtutis tuae pour alto) perd de son impact Ă  cause de sa durĂ©e. DĂ©jĂ  dans ce Dixit des origines, se profile toute l’esthĂ©tique des futurs oratorios londoniens et anglais : plus dramatiques que spirituels.

MĂȘme ivresse suave, trĂšs lyrique, dans l’air pour soprano qui suit Tecum Principium
, Caroline Weynants que l’on connaĂźt bien, ayant chantĂ© Ă  Namur, et sous la baguette de Alarcon, sĂ©duit par la chair angĂ©lique de son magnifique timbre lyrique, toujours trĂšs proche du texte, et surtout sans aucun effet vibrĂ©, ni suraccentuĂ©. LĂ  encore un modĂšle de vertu vocale, d’intĂ©gritĂ© stylistique et musicale.

La prĂ©cision et l’articulation fascinent encore dans les 4 choeurs qui suivent oĂč l’équilibre des voix s’avĂšre d’une Ă©loquence Ă©blouissante, restituant au verbe musical choral, sa fonction premiĂšre qui est discours. Mais un acte qui fait sens et est incarnĂ© avec une Ă©nergie collective que peu de choeurs actuels peuvent offrir.

Le 3Ăš de la sĂ©rie Dominus a dextris tuis, gagne un relief trĂ©pidant, vĂ©ritable chevauchĂ©e fantastique qui Ă©videmment souligne la verve opĂ©ratique d’un Haendel rĂ©novateur de l’opĂ©ra sacrĂ© et de l’oratorio anglais. La nervositĂ© sanguine doublĂ©e d’une articulation exemplaire construisent ici un tableau collectif impressionnant par sa puissance doxologique, celle d’un Dieu de justice capable de foudroyer les puissants, fussent-ils rois. Le Conquassabit et ses notes pointĂ©es, saccadĂ©es d’une prĂ©cision dramatique spectaculaire Ă©claire encore la capacitĂ© expressive du choeur. Autant de dĂ©monstration thĂ©Ăątrale pour prĂ©parer au mystĂšre du duetto quasi final (pĂ©nultiĂšme) : De Torrente : accomplissement plus intĂ©rieur, aux accents suspendus.

Artisan du détail, le collectif veille aussi à la gradation progressive qui assure la cohérence globale.

CLIC_macaron_2014La vision de Vox Luminis observe une mise en forme de plus en plus serrĂ©e de la langue HaendĂ©lienne, naturellement promise Ă  l’éclat voire Ă  la pompe (toujours Ă©lĂ©gante), mais ici comme recentrĂ©e sur sa formidable Ă©locution discursive (en cela la boucle est bouclĂ©e, proche de Bach). Le dernier choeur, le plus dĂ©veloppĂ© du cycle et d’un contrepoint redoutable quant Ă  la mise en place, affirme une lisibilitĂ© idĂ©ale, une intensitĂ© aiguĂ«, un sens linguistique sans effet : « un parler-chanter » Ă  l’échelle du choeur. Gageure incroyable Ă  Ă©couter et pourtant bien accompli par Vox Luminis. La force et la violence dĂ©terminĂ©e qui s’en dĂ©gage sont jubilatoires.

La vĂ©ritĂ© victorieuse se dĂ©gage du choeur, formidable armĂ©e d’archanges et de prophĂštes inspirĂ©s. Tout ici relĂšve d’une cohĂ©rence en partage, d’un seul souffle et aussi d’un sens rare de la caractĂ©risation individuelle. L’abattage du texte, la clartĂ© du contrepoint, le caractĂšre intense et exaltĂ©, serviteur des sentiments que vĂ©hicule et nuance le texte : tout indique une maĂźtrise remarquable. Victoire de plus en plus lumineuse du Magnificat ; Ă©lan et progression de plus en plus prĂ©cise et dramatique du Dixit. Un nouveau cd Ă  ranger parmi les meilleures rĂ©alisations du choeur Vox Luminis (avec leur avant dernier ACTUS TRAGICUS, qui avait obtenu lui aussi la distinction suprĂȘme, le CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2016.

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CD, compte-rendu critique. VOX LUMINIS : DIXIT DOMINUS. JS BACH / HANDEL (1 cd Alpha).

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