CD, compte rendu critique. BELLINI, ROSSINI, DONIZETTI, VERDI, GIORDANO, CATALANI, PUCCINI… overtures, preludes & intermizzi (Filarmonica della Scala, Ricardo Chailly, juin 2016, 1 cd Decca)

decca chailly riccardo ouvertures overtures preludes intermezi operas della scala cd review critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. BELLINI, ROSSINI, DONIZETTI, VERDI, GIORDANO, CATALANI, PUCCINI… overtures, preludes & intermizzi (Filarmonica della Scala, Ricardo Chailly, juin 2016, 1 cd Decca). Le Verdi d’ouverture (Il finto Stanislao / le Faux Stanislas, 1840) frappe et claque par sa verve tranchante, d’une motricité toute rossinienne ; tandis que dans Il Lombardi alla prima crociata (qui deviendra comme l’on sait Jérusalem pour l’Opéra de Paris), dans le Prélude au III, met en avant les qualités concertantes du premier violon de la Filarmonica scaligène, son efficacité expressive.
La suite réclame davantage d’écoute et rélève l’intérêt car les compositeurs plus tardifs, au tempérament symphoniques, brossent de somptueux paysages, climats intérieurs en liaison avec les situations dramatiques ; ainsi les 4 « véristes » convoqués par Chailly : Catalani, Giordano, Ponchielli, et le dernier du programme : Leoncavallo. Le premier déploie une grâce intérieure miroir pour son héroïne La Wally (1892) ; ainsi l’intro au III séduit par sa vibration aux cordes, ampleur et souffle d’une âme contemplative et désirante… Puis, le Prélude au II de la très rare Siberia (1903) de Giordano (parsifalien), résonne plus gravement (bassons, et tremolos aux contrebasses…), paysage noir, presque d’apocalypse qui ouvre ensuite vers un monde de vibrations naturalistes, volontairement slave et russophones (par les 4 notes répétées qui citent l’incipit du chant des bateliers de la Volga).
Dansant et léger, – facétieux même, le ballet des heures de La Gioconda de Ponchielli (1876) est le morceau le plus développé; agissant comme un volet ample, indépendant (presque 10 mn) : il redouble de frémissements suggestifs, en une écriture alerte, aux mélodies enivrantes digne des meilleurs ballets parisiens (et Straussien : Johann évidemment pas Richard) ; l’épisode est une pause d’insouciance dans un succession de tableaux tragiques où bientôt l’héroïne a promis de se donner à celui qu’elle haït le plus : Barnaba. Le ballet trouve une belle fluidité aérienne sous la baguette de Chailly très convaincant dans ce volet qui se situe à l’acte III (à la Ca d’oro à Venise précisément).

RICCARDO CHAILLY A LA SCALA : symphonies d’opéras

L’intermezzo de Paggliacci de Leoncavallo renouvelle la grâce intensément dramatique et ivre du meilleur Mascagni (Cavalleria Rusticana et ses sublimes paysages sonores qui marquent également un point d’épanouissement dans la conscience des héros). Le pompeux d’I Medici (1893) qui suit peinent à s’alléger : trop wagnérien, grosse caisse et fanfare à l’appui. Heureusement la lyre plus lyrique et sinueuse de 2è Prélude à l’acte III, très parsifalienne elle aussi, rétablit un pur sentiment de symphonisme pastoral.
Inscrit dans le fantastique, avec ses fanfares malhériennes propre au début du siècle, Mefistofele de Boito (Prélude au Prologue, dans sa version visionnaire donc de 1876) fait surgir la grande marmite goethéenne : l’opéra de Boito, vaste fresque déroutante par sa démesure même fait résonner l’orchestre à l’échelle du cosmos. Chailly en souligne sans lourdeur la densité des modulations harmoniques d’une authentique modernité alors.
Dans cette traversée orchestrale des grands drames lyriques du XIXè et XXè, se distingue évidemment le kitsh cinématographique de Puccini : ses talents de coloriste, et ses harmonies, comme ses trouvailles mélodiques d’une irrésistible séduction : en cela les deux sections qui illustrent son savoir faire, se détachent nettement ; sens du timbre, construction très précise et juste qui fouille la psyché de ses héros en un symphonisme désormais « psychologique » saisissant. Ivresse, attente, sacrifice de Cio Cio San, la jeune geisha sacrifiée de Madama Butterfly de 1904 (intermezzo), puis la subtilité juvénile, printanière d’Edgar, opéra de jeunesse, encore trop mésestimé : Chailly déploie une sensibilité scintillante et réellement chambriste pour Butterfly dans un épisode de plus de 8 mn ; tandis que le Prélude au IV d’Edgard (1889) laisse transparaître une préfiguration fugace et manifeste de l’Adagietto de la 5è de Mahler (postérieure, créée en 1904). La finesse de la direction captive.

Même s’ils paraissent dans le désordre, Catalani avant Rossini et Bellini…, chacun des compositeurs forment une unité liée au lieu; chaque ouvrage a été créé à la Scala, soulignant le rôle de créateur actif d’un temple lyrique dont l’histoire musicale laisse pantois. Ainsi Chailly récapitule comme une sorte de fresque stylistique où l’auditeur peut des premiers Verdi et Rossini, jusqu’à Leoncavallo, Boito et Puccini, mesurer l’évolution des écritures, du romantisme au vérisme, et aussi l’impact des styles lyriques français, surtout germaniques, en particulier Wagner, sur la conception sonore de l’opéra italien moderne. Programme intéressant, servi par un maître conteur. La réalisation entend en juin 2016 marquer la prise de fonction de Riccardo Chailly comme nouveau directeur musical de la scène scaligène. Voilà qui rend ses prochaines directions lyriques in loco, … prometteuses. A suivre.

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CD, compte rendu critique. BELLINI, ROSSINI, DONIZETTI, VERDI, GIORDANO, CATALANI, PUCCINI… ouvertures, intermèdes (Filarmonica della Scala, Ricardo Chailly, juin 2016, 1 cd Decca)

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