CD. Coffret The Westminster Legacy, the Collector’s edition, 40 cd

westminster_the-westminster-legacy-40 cd-973911849_MLCD. Coffret The Westminster Legacy, the Collector’s edition, 40 cd. MalgrĂ© le visuel londonien de couverture et son titre rĂ©fĂ©rent, le label Westminster affichant clairement une british touch surtout manifeste dans la qualitĂ© de sa prise de son (en cela comparable au standard Decca) a Ă©tĂ© fondĂ© Ă  New York en 1949. Le lendemain de la guerre est l’indice d’un renouveau sans Ă©gal de l’initiative des enregistrements studio d’envergure : les premiĂšres gravures menĂ©es par l’anglais Ă©tabli Ă  New York, Jimmy Grayson, se rĂ©alisent surtout Ă  Vienne oĂč le nombre d’artistes et interprĂštes affĂ»tĂ©s ajoutent en arguments au faible coĂ»t des enregistrements, comparĂ© Ă  celui amĂ©ricain. Le Konzerthaus (de style Secession 1913), la Mozartsaal sont les noyaux d’une aventure discographique qui marque surtout les deux dĂ©cennies Ă  venir : 1950 et 1960. C’est l’essor du nouveau support microsillon et hifi de l’Ăšre industrielle, le 33 tours (aprĂšs les 78 et 45 tours). Voici les fleurons d’une sĂ©rie d’archives absolument saisissantes.

 

 

 

label légendaire

Westminster, mémoire des années 1950-1960

 

 

Les chefs : Scherchen, Leinsdorf, Rodzinski, Boult, Monteux, Knappertsbuch … D’emblĂ©e, une place importante est rĂ©servĂ©e au rĂ©pertoire symphonique : emblĂ©matique de ce souffle nouveau qui place les micros dans l’orchestre, comme en tĂ©moignent les Symphonies n°1 et n°2 de Mahler avec le Royal Philh. Orchestra en 1954 et l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Vienne en 1958, les deux sous la direction de Hermann Scherchen  : ciselure des timbres (cordes trĂšs en avant dont les pizzicati de la harpe dĂšs le mouvement 1, et toujours cette lisibilitĂ© et cette intensitĂ© qui creuse le sillon expressionniste du massif mahlĂ©rien), clartĂ© du geste, vision chambriste des Ă©tagements de pupitres… Prenez aussi le dĂ©but de RomĂ©o et Juliette de Berlioz par Monteux (prise de 1962) : la spatialisation nettement caractĂ©risĂ©e du son stĂ©rĂ©o qui rĂ©partit nettement les cordes avec les cuivres en fond sonore, reste une avancĂ©e explicite de l’enregistrement thĂ©ĂątralisĂ© propre aux annĂ©es 1950 : un “plus” technologique qui a influencĂ© depuis lors le marketing du disque. L’auditeur dans son salon avait vraiment l’impression de vivre l’orchestre de l’intĂ©rieur… voilĂ  le caractĂšre du son Westminster.
Hermann Scherchen sous sa figure de chef sage Ă  lunettes dĂ©voile pour Westminster un tempĂ©rament aventureux et intrinsĂ©quement original : ses Haydn (Symphonies) sont frappĂ©es sous le sceau de l’imprĂ©visible, de la surprise, avec une clartĂ© incisive : Les Adieux, La Militaire, avec l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Vienne, 1958) ont forgĂ© le jeune maestro Ă  l’aune de l’Ă©lĂ©gance facĂ©tieuse viennoise; du coeur et du cartĂ©sianisme, Scherchen oscille toujours entre les deux directions, façonnant souvent des gravures captivantes car il y coule souvent une Ă©nergie proche de la dĂ©charge ensuite canalisĂ©e avec passion et sensibilitĂ©. Ainsi ses Beethoven (2,4, 8 enregistrĂ©es avec le Royal Phil. Orchestra; les 3 et surtout 6 en 1958 avec les fidĂšles effectifs viennois).

Aux cĂŽtĂ©s de Scherchen, Westminster fait appel Ă  deux autres chefs tout autant convaincants et argumentĂ©s propres aux annĂ©es 1950 : l’autrichien Erich Leinsdorf, farouche mozartien ici Ă  Londres en 1955 dans les trois derniĂšres Symphonies (Ă©clatantes et enivrĂ©es) ; puis le polonais Artur Rodzinski, dĂ©fenseur en 1955 (Ă©galement Ă  Londres) de TchaĂŻkovski (ballet intĂ©gral de Casse-Noisette, surtout Concerto pour violon avec la soliste Erica Morini). N’oublions pas les PlanĂštes de Holst par Sir Adrian Boult (Vienne, 1959), qui dirige l’oeuvre qu’il avait crĂ©Ă©e

Autres chefs majeurs de la collection, Hans Knappertsbusch (8Ăšme de Bruckner et extraits wagnĂ©riens dans un programme Ă©blouissant et magnifiquement enregistrĂ© Ă  Munich en janvier 1963 : souffle et cohĂ©rence poĂ©tique, son ciselĂ©, vision architecturĂ©e et direction organique) ; bonus prĂ©cieux Ă©galement l’enregistrement de la Bataille de Wellington avec les sessions quasi complĂštes de rĂ©pĂ©titions en 1960 au Konzerthaus de Vienne ; Pierre Monteux paraĂźt aussi, Ă  l’Ă©locution parfois martiale mais toujours claire mĂȘme si monolithique et tendue, qui enregistre alors sa seule version de la 9Ăšme de Beethoven avec le London Symphony orchestra et un quatuor de solistes exceptionnels dont Jon Vickers, Regina Resnik, Elisabeth Söderström (Londres juin 1962) : mĂȘme expressivitĂ© et souffle vertueux pour RomĂ©o et Juliette de Berlioz, d’un romantisme passionnant enregistrĂ© dans la foulĂ©e de Beethoven, mais avec un autre tĂ©nor, AndrĂ© Turp.

MĂȘme enthousiasme pour une autre gravure des annĂ©es 1960, Rodelinda de Haendel, premier enregistrement de l’opĂ©ra au disque et donc lĂ©gendaire Ă  juste titre en juin 1964 dans la Mozartsaal de Vienne, sous la direction de l’honnĂȘte et souvent fin Brian Priestman : si la rĂ©alisation du continuo et de l’intrumentarium nous parait Ă©paisse (mais jamais inexpressive), l’apport cisĂšle pour chaque personnage, un portrait trĂšs approfondi grĂące Ă  la distribution des chanteurs dont la mozartienne, digne, blessĂ©e, au legato subtil de Teresa Stich-Randall, immense, solaire et crĂ©pusculaire Ă  la fois.

Vous l’aurez compris cette boĂźte recĂšle bien des pĂ©pites, reflĂ©tant l’Ă©clat d’un label florissant au lendemain de la guerre, par ses choix artistiques autant que par son exigence dans les conditions d’enregistrements. Westminster est aussi un label chambriste et vocal. La Soprano croate Sena Jurinac signe un superbe rĂ©cital Schumann (Frauenliebe und leben et Liederkreis, Vienne 1954), un Requiem de Mozart sous la conduite de Scherchen (1958) ; c’est aussi le rĂ©cital new yorkais du tĂ©nor Leopold Simoneau pour 14 chansons de Duparc (1956) : si le timbre est pincĂ© voire nasalisĂ©, l’Ă©loquence, le style sans affectation restent exemplaires. Point d’orgue du coffret dans le registre lyrique, le rĂ©cital de la diva coloratoure Beverley Sills belcantiste renommĂ©e Ă  juste titre combinant en 1968, 1969 airs italiens de Bellini et Donizetti et français de Massenet (le Cours la Reine de Manon, un morceau fĂ©tiche avec un maniĂ©risme coquet dans l’articulation trĂšs anglosaxonne du français) et l’air de Titania de Mignon de Thomas…
Le coffret est d’autant plus complĂ©mentaire dans les formes et effectifs abordĂ©s qu’il regroupe aussi un nombre importants de chambristes rĂ©putĂ©s alors Ă  leurs dĂ©buts : les pianistes Daniel Barenboim, Paul Badura Skoda et Jörg Demus, mais aussi Clara Haskil, roumaine Ă©tablie en Suisse alors Ă  peine connue… ) mais aussi plusieurs formations cĂ©lĂšbres Ă  l’Ă©poque : Quatuors Janacek et  Smetana, Quatuor du Konzerthaus de Vienne, European strings Quartet… Mentions spĂ©ciales Ă©galement pour le piano robuste, technique et flamboyant d’Egon Petri alors Ă  la fin de sa carriĂšre et presque totalement oubliĂ© (Sonates emblĂ©matiques de Beethoven : PathĂ©tique, appassionata, Hammerklavier, New York, juin 1956). Il faut bien reconnaĂźtre que la prise de son est souvent d’un relief mordant qui rend palpitante la plupart des archives Westminster : un apport et une esthĂ©tique de l’enregistrement Ă©cartĂ©s depuis. VoilĂ  qui fait aussi de ce coffret un Ă©vĂ©nement discographique de fĂ©vrier 2014.

The Westminster Legacy. The collector’s edition. 40 cd Westminster 00289 479 2343 GB 40. Parution : fĂ©vrier 2014.

 

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