mercredi 17 avril 2024

CD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

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abbado claudio rca sony recordings sony classical cdCD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)  … Récemment décédé (le 20 janvier 2014) suite à un long cancer qui l’aura détruit peu à peu (depuis sa première hospitalisation en 2000), sans affecter sa puissante concentration musicale toujours si palpable en concert, Claudio Abbado – né en 1933-, méritait évidemment ce coffret édité par Sony qui réédite avec quelle pertinence plusieurs lectures maîtresses avec les orchestres que le chef italien aura marqué, façonné, «  rencontré » au sens le plus profondément humain du terme… Son dernier né, l’orchestre du Festival de Lucerne fondé en 2003, reste composé par les plus grands instrumentistes des orchestres déjà professionnels : chacun souhaite partager ce sens musical intègre, philosophe, généreux que Abbado a su instaurer dans chacune de ses sessions de travail. A la diversité des enregistrements qui nous parviennent, s’ajoute indication mémorielle qui en rappelle le poids à l’époque de leur publication, la réédition des pochettes originelles ; elles réinscrivent ainsi Abbado dans son jus, dans son époque. Les 39 cd réédités par Sony (qui puise donc abondamment dans son catalogue RCA) sont absolument incontournables tant l’art du maestro se révèle dans toute son évidente élégance sertie de profondeur et de dramatise aigu, puissant, raffiné. A cela s’ajoute un charisme plutôt modeste et si humble, qui fait de Claudio Abbado, un chef courtois et peu demandeur, plutôt soucieux de la qualité de l’échange et du partage, vers ses musiciens, vers les publics.

Ouvrier humaniste de la musique

 

abaddo claudio cd rca sony album colelction 38 cdLes lectures réunies dans le coffret RCA et SONY regroupent surtout les meilleures bandes de l’ère berlinoise quand de 1989 à 2002, Abbado succède à Karajan à la tête du Philharmonique de Berlin. Le geste recherche l’écoute, favorise la réponse souple et fluide du collectif traité comme un ensemble chambriste d’instrumentistes égaux, des pairs réunis par le premier d’entre eux en une cohésion fraternelle. Avec Abbado, fini le carcan despotique du Karajan de la fin, tyrannique, obsessionnel, exclusif. Avare en paroles, y compris en répétition, Abbado favorise l’immersion collective, le contact et l’épreuve avec la musique, le dépassement de l’ensemble fondé sur l’interaction multiple. Moins hédoniste et marmoréenne que celle sculptée par Karajan, la sonorité du Berliner version Abbado gagne en rondeur, en chaleur, en moelleux : plus habitée, plus incarnée, intérieure sans démonstration ni grandeur artificielle : Abbado aura réhumanisé en quelque sorte toute l’esthétique du Berliner. Rajeunissant l’orchestre grâce à une série d’engagements nouveaux, Abbado dès 1991, réoriente la politique artistique de l’Orchestre ; inventant des cycles thématiques qui organise autour du noyau musical et du choix des partitions, des événements complémentaires transdisciplinaires avec d’autres institutions berlinoises : expositions, conférences… Ainsi naissent des programmations thématiques autour de Prométhée, Hölderlin. En plus de cette curiosité à 360° qui rétablit la musique à sa place première, – motrice, fédératrice -, Abbado marque aussi l’interprétation en intégrant les dernières recherches nées de la pratique historiquement informée sur instruments anciens, sans pourtant adopter l’instrumentarium concerné selon les œuvres choisies. De fait, ses lectures avec les Berliner gagnent aussi une nouvelle finesse, une articulation renforcée qui cisèle l’expressivité du geste et de la sonorité globale, qui allège le son, fluidifie la richesse de nouvelles dynamiques. Emblématique de sa curiosité d’esprit, le cycle Schumann en 1994 qui produit ici d’inoubliables Scènes de Faust, absolu incontournable servies par une distribution irrésistible (dont Karita Mattila) …

Claudio AbbadoContenu du coffret. Les oeuvres enregistrées témoignent majoritairement de la politique artistique développée par Abbado à Berlin dans les années 1990 quand il dirigeait le Berliner Philharmoniker. Ses choix de répertoire: les fondamentaux classiques tels Mozart et Beethoven ; les romantiques méconnus ou peu joués (ou leurs œuvres oubliées) : Schumann, Mendelsohn, Dvorak,  surtout Tchaikovski dont il défend le génie symphonique, réhabilitant désormais nettement le statut du faiseur de ballets à l’égal des grands symphonistes du romantisme tardif.

Des années berlinoises, voici donc Abbado défricheur et classique alliant ancien et moderne : symphonies (Linz, Haffner, Paris…) et oeuvres concertantes de Mozart, avec l’accomplissement dans la lumière et la finesse grave de la Messe en ut (1990) dont la maîtrise du collectif (vocal et choral) associée au dramatisme orchestral lance un pont vers l’autre massif incontestable qui demeure la 9 ème de Beethoven (Salzbourg,  avril 1996) ; ici et là,  le plateau des chanteurs s’avère extrêmement convaincant.

Le coffret Sony classical n’oublie ce qui reste comme deux grands accomplissements lyriques des années 1990 avec le Berliner : le très méconnu et pourtant délirant Viaggio a Reims de Rossini de 1992,  suivi en 1993 par Boris Godounov somptueuse et somptuaire production particulièrement complète – c’est à dire en 4 actes, comprenant l’acte III polonais.

CLIC_macaron_2014Mais le coffret apporte aussi un éclairage plus ancien sur la direction pré berlinoise d’Abbado lorsqu’il dirigeait à la fin des années 1970 le London symphony orchestra : Concerto n°3 de Rachmaninov avec le pianiste Lazar Bermann (1977), sans omettre de trépidantes et nerveuses Ouvertures des opéras de Rossini et de Verdi  (1978) … Autre immense apport ce dès les années 1985-1988, les symphonies de Tchaikovsky avec le Symphonique de Chicago, d’un approfondissement là encore visionnaire qui apporte à l’écriture du compositeur russe, son écoulement organique, sa prodigieuse couleur humaine : mises en regard avec les mêmes symphonies réalisées près de 10 ans plus tard avec les Berliner Philharmoniker (Symphonies 1 et 5 précisément), les premières réalisations avec Chicago gagnent d’autant plus de profondeur.

Une même comparaison peut être d’ailleurs réalisée chez Moussorgski (avec les mêmes commentaires positifs) dont Abbado  extrait des fragments passionnants de l’opéra méconnu mais éblouissant La Khovantchina : réalisés à Londres dès 1980, puis repris lors d’un cyclique thématique à Berlin en 1995/1996.

 

abbado claudioLa boîte miraculeuse recèle bien d’autres joyaux encore comme le live de l’Opéra de Vienne de mars 1984 pour un Simon Boccanegra de Verdi où perce et captive la gravité sombre et tragique du drame (avec un plateau somptueux : Bruson,  Ricciarelli,  Raimondi …) ; le concert de la Saint-Sylvestre 1992 où sous la conduite du maestro, les oeuvres concertantes de Richard Strauss dont Burlesque pour piano (avec la complicité de sa fidèle partenaire Martha Argerich) agrémentées du final du Chevalier à la rose valent bien alors le rituel plus médiatisé du Konzerthaus de Vienne ; enfin l’on ne saurait mettre à l’écart non plus le très beau programme Luigi Nono et Gustave Mahler qui associe Il Canto sospeso du premier aux Kindertotenlieder du second, en un geste déchirant d’intense et humble vérité (cycle thématique enregistré à Berlin en 1992)… superbe coffret composant un très bel hommage au regretté Claude Abbado.

Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

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