Anna Netrebko: Live at The Met (2002-2010)

Anna Netrebko: Live at the Met
C’est son français qui surprend par sa précision et son sens des nuances dans l’émission: sa Juliette reste aux côtés dAlagna particulièrement remarquable, d’autant plus commme partenaire du ténorissimo dont on connaît la netteté articulée du verbe incarné. En plus de l’intelligibilité, la cantatrice nous gratifie d’aigus somptueusement ouvragés, tous à la fois intenses et timbrés, riches et colorés qui imposent la musicienne comme l’actrice; la tendresse du duo des amants éperdus à la faveur d’une nuit d’amour trop fugace, qui tardent encore et encore à se quitter quand l’hirondelle messagère du jour paraît; c’est ensuite l’ amoureuse radicale prête à mourir en buvant le poison convenu pour rejoindre Roméo… sens du texte, gradation dramatique intelligement mesurée, intensité et subtilité prosodique, la diva adulée à l’échelle de la planète n’usurpe pas sa réputation : ni affectation ni fadeur: la diva sait mesurer, colorer, incarner

Diva du Met

Même douceur pleinement compréhensible pour son Antonia des Contes d’Hoffmann; la couleur de la voix est idéalement complétée par un autre génie de la couleur, le ténor maltais Joseph Calleja… avec miroir éclatant d’une âme qui se consume à mesure qu’elle chante, cette blessure mielée dans la voix qui touche tant, évitant à la diva de forcer pour émouvoir. Les deux extraits d’opéras français réunis ici, confirment l’affinité de la chanteuse avec le romantisme français… qualité précédemment dévoilée dans un album précédent (Souvenirs, coffret DG 2008) où Anna Netrebko chantait plusieurs mélodies dont L’Enamourée de Reynaldo Hahn. (1892).. littéralement anthologique.

Le bel canto italien lui va aussi à ravir: sachant égrener cet alanguissement vocal de folle délirante, dépressive et suicidaire; son Elivra des Puritani est d’une rare suspension hypnotique; et sa Lucia (avec l’harmonica de verre), un rôle où brilla aussi sur la même scène newyorkaise, sa consoeur Natalie Dessay, éblouit par son diamant crépusculaire, ses accents de folie sincère, d’ange divaguant et perdu…

De 2002 à 2010, les rôles s’enchaînent avec une maestrià évidente: tous les choix dramatiques montrent à l’évidence l’adéquation du timbre de la soprano russo-autrichienne avec les héroïnes touchantes par leur fragilité intime: tout cela se prolonge parfaitement dans une Mimi délicate sans apprêts, fragile et naturelle. Pour ceux qui ont applaudi à la scène, la diva actrice, sa photogénie, sa plastique scénique frappe autant que la caractère de sa voix. Anna Netrebko n’est pas seulement belle, elle est aussi prodigieusement douée comme interprète. Voyez sa récente (avril 2011) Anna Bolena de Donizetti, sur les planches du Staatsoper de Vienne (1 dvd Deutsche Grammophon): sa plasticité rayonnante et son style royal saisissent immédiatement, soulignant la finesse d’une partition qui approche souvent la subtilité bellinienne quant au bel canto réservé à la prima donna…

Autre révélation, il est vrai portée par sa langue natale, le duo avec le Prince Andrei (Dmitri Hvorostosky lui aussi richement timbré) extrait de Guerre et Paix de Prokofiev. Un seul bémol cependant à cette généalogie de féminités palpitantes souvent incandescentes : sa Zerlina: l’italien de Mozart la contraint; l’articulation décroche; l’intensité du verbe glisse…

Bien petit défaut au sein d’un diamant vocal autrement riche en facettes éclatante. La compilation Netrebko au Met mérite évidemment cette publication discographique. Elle montre que la diva révélée par Gergiev à Saint-Petersbourg et qui faisait ses débuts à Salzbourg en 2002, n’a pas tardé à conquérir l’Amérique aux côtés des Viennois et des autrichiens. Familère de l’Opéra de Vienne comme du Festival de Salzbourg, dommage que Anna Netrebko se fasse trop rare en France… où elle a pourtant un vrai public.

Anna Netrebko, soprano. Live at the Metropolitan Opera de New York. 1 cd Deutsche Grammophon. 1 cd Deutsche Grammophon 0 28947 79903 0. 1h06mn

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