Andreas Scholl, portrait (2013)

TĂ©lĂ©, ARTE. Andreas Scholl, contre tĂ©nor, le 19 janvier 2014, 0h10 … Le quadra hautre-contre allemand Andreas Scholl (nĂ© en 1967) a marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂ©pertoire baroque (Purcell, Bach, Haendel…) dans les annĂ©es 1985-2010 grâce Ă  une voix d’une remarquable onctuositĂ© flexible qui l’a distinguĂ© d’entre ses pairs.
Incarnant alors l’idĂ©al vĂ©nĂ©rĂ© des Farinelli ou Senesino et Cafarelli, le timbre aigu du chanteur n’a cessĂ© de fasciner et de troubler. Quoi de plus dĂ©concertant qu’un homme chantant avec des aigus fĂ©minins, jouant sur scène de plusieurs identitĂ©s … ?

 

 

 

portrait du contre ténor Andreas Scholl

l’aventure des castrats
Une voix pour CĂ©sar
Arte, Dimanche 19 janvier 2014, 0h10

 

Andreas SchollRiche d’une expĂ©rience de vingt ans comme chanteur professionnel, Andreas Scholl se livre ici : il explique comment il a conservĂ© sa voix d’enfant malgrĂ© la mue… Mais une technique solide ne suffit pas pour interprĂ©ter : l’art du chanteur doit aussi maĂ®triser les qualitĂ©s d’un acteur. Comme professeur Ă  l’Ă©cole de musique de Mayence, le haute contre qui prend sa retraite peu Ă  peu, commente et explique ce qui fait aujourd’hui les qualitĂ©s d’un bon haute contre…

Documentaire de Manfred Schyko (Allemagne, 2013, 51 mn).

 

 

 

Son dernier album chez Decca remonte à mars 2012 (Cantates de Bach). En voici la critique que rédigeait alors notre collaborateur Camille de Joyeuse :

Scholl Andreas Cantates Bach DeccaLa voix a perdu de son Ă©lasticitĂ©, cette suavitĂ© première, naturellement lumineuse et Ă©clatante… En revanche, elle a gagnĂ© en intelligence d’Ă©locution, en justesse et intensitĂ© stylistique : le Bach d’Andreas Scholl est un acte profondĂ©ment investi, aux aspĂ©ritĂ©s nouvelles plus proche du cĹ“ur que d’un hĂ©donisme vocal ailleurs… si lisse et ennuyeux chez bon nombre de ses confrères dont la surprise du timbre passĂ©e, fait place souvent Ă  … un vide sidĂ©ral quant au phrasĂ© et Ă  l’expressivitĂ© ; souvent s’agissant des altos (et sopranos) masculins, l’ennui perce vite, laissant criante une indiffĂ©rence totale Ă  un chant souple et surtout vivant; ici, rien de tel; au contraire, Andreas Scholl incarne une Ă©volution très intĂ©ressante de sa voix et de sa tessiture, preuve qu’on peut chanter longtemps et bien… parce que les choix de rĂ©pertoire, intelligents et opportuns, ont mĂ©nagĂ© le cĹ“ur du timbre… Prudence et sagesse de l’interprète, plutĂ´t rares chez les chanteurs.

D’emblĂ©e, la cohĂ©rence du programme rĂ©vèle un regard rĂ©flĂ©chi et très personnel: se dessine ainsi un chemin en spiritualitĂ© qui pourrait synthĂ©tiser toute l’expĂ©rience fervente dont Bach laisse un tĂ©moignage parmi les originaux et les plus poignants du baroque sacrĂ©; Il ne s’agit pas seulement de sĂ©lectionner les cantates correspondant au timbre du contre-tĂ©nor; il est aussi question d’ un parcours poĂ©tique et spirituel dont le sens se rĂ©alise grâce Ă  la très fine continuitĂ© et correspondance des thèmes abordĂ©s dans les textes des cantates ainsi abordĂ©es et combinĂ©es.

 

 

Elévation, spiritualité, ferveur

La blessure de la voix illumine la prière dialoguĂ©e avec le hautbois soliste de l’air du dĂ©but de la BWV 82: Ich Habe genug… (1727: cantate originellement pour basse pour la fĂŞte de la Purification, que le contre-tĂ©nor allemand chante dans la version alternative pour mezzo, cordes et hautbois: climat serein et apaisĂ© qui pourtant grâce Ă  cette attention aux mots se fait monologue palpitant, subtilement incarnĂ©; caractère intimiste d’une brulante vĂ©ritĂ© dans l’articulation ciselĂ©e du verbe. C’est la certitude du croyant touchĂ© par la grâce angĂ©lique de l’Enfant ( air central qui est le plus dĂ©veloppĂ©: Schlummert ein, ihr matten Augen…).

Contrepointant le chemin introspectif touchĂ© par le Mystère de la 82, la 169 frappe par son climat d’emblĂ©e plus jubilatoire, d’une gaietĂ© d’abord dĂ©licieusement portĂ©e par l’orgue introductif; Andreas Scholl convainc dĂ©s son premier air parfaitement prĂ©parĂ© par l’arioso prĂ©cĂ©dant: certitude Ă  nouveau du croyant dont le cĹ“ur sans jamais dĂ©vier de sa route, se rĂ©serve Ă  Dieu; contre les illusions du monde terrestre dont l’air d’une très subtile et douce gravitĂ© dĂ©signe la vanitĂ©, la voix ouvre tout un horizon cĂ©leste ; Le parcours de l’âme implorante qui aspire a la fin de dĂ©livrance est enfin accompli dans la sĂ©lection des deux airs finaux: rĂ©citativo accompagnato de la BWV 161, auquel l’air aux cloches de la BWV 53 apporte l’ultime rĂ©ponse en forme de rĂ©solution pour tout le programme.

Si les instruments manquent de subtilitĂ©, le chant expressif, prĂ©cis, naturel et très juste d’Andreas Scholl prĂ©serve l’approfondissement spirituel dĂ©posĂ© dans le texte: vision de la dernière heure Ă©prouvĂ©e ici comme une bĂ©atitude pacifiante. L’aboutissement de toute quĂŞte spirituelle. La sincĂ©ritĂ© du style, la justesse de l’intonation touchent indiscutablement. Magnifique rĂ©cital. Superbement conçu.

Andreas Scholl, contre-ténor: Jean-Sébastien Bach, Cantates BWV 82, 169, + extraits des BWV 150, 200, 161, 53. Andreas Scholl, contre ténor. Orchestre de chambre de Bâle. 1 cd Decca. Enregistré en janvier 2011 en France. Ref: 478 2733

 

 

En 2008, Radio Classique dĂ©diait un portrait au contre tĂ©nor Andreas Scholl. Voici la notice qu’Ă©crivait alors notre rĂ©dacteur Ernst van Beck :

RĂ©vĂ©lĂ© Ă  partir de 1990, alors qu’il avait Ă  peine dĂ©passĂ© la vingtaine, Andreas Scholl poursuit une carrière sans faute de goĂ»t, imposant son timbre lumineux, souple et angĂ©lique, saisissant par l’Ă©galitĂ© de son Ă©mission et aussi une absence de vibrato expressif… Après RenĂ© Jacobs, c’est le grand “Bill” (William Christie) qui le repĂ©rant au cours d’une audition, lui offre d’enregistrer la partie d’alto dans le Messie de Haendel (1994). Sa carrière Ă©tait lancĂ©e: Cantates de Bach, Monteverdi, Vivaldi, puis une collaboration long terme avec Philippe Herreweghe, dans les champs Ă©lysĂ©ens composĂ©s par le Cantor de Leipzig (Messe en si, Passion selon Saint-Jean et selon Saint-Matthieu…). Timbre raffinĂ©, diseur des climats plus discrets et allusifs, le contre-tĂ©nor allemand, âgĂ© de 40 ans (nĂ© le 10 novembre 1967), sĂ©duit toujours autant en ange, Ă©vangĂ©liste, verbe sacrĂ© incarnĂ©, plutĂ´t que caractère de la scène lyrique.

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