vendredi, décembre 9, 2022

Ambronay. Abbatiale, samedi 11 septembre 2010. Michel Angelo Falvetti: Il Diluvio Universale (dialogo, 1682). Mariana Flores, Rad. Fernando Guimaraes, Noé… La Cappella Mediterranea. Leonardo Garcia Alarcon, direction

A ne pas rater
Déluge miraculeux

Pour son premier week-end, le festival d’Ambronay 2010 commence très fort. A Messine en Sicile, la musique de Falvetti fait trembler les murs et exacerbe les passions humaines: pour la ville martyr, plusieurs fois détruite par tremblements de terre et raz de marée, le compositeur italien baroque ainsi dévoilé, compose un oratorio éblouissant (précisément un « dialogo » en 1682) où se joue le salut de l’humanité. Il faut toute l’ardente flamme de Noé, toute l’ivresse tendre et extatique de son épouse Rad, pour infléchir la justice divine, déjouer la danse macabre de l’inflexible mort, atténuer la destruction de l’espèce humaine par l’eau: grâce à l’intercession de Noé, Dieu entend la prière des justes et permet une alternative au… déluge.

C’est toute la valeur de la partition et son miracle dramatique comme musical: Falvetti, compositeur calabrais, maître de chapelle au Duomo de Palerme puis de Messine, y architecture à la fin du XVIIè (1682), un véritable drame sacré de moins d’une heure trente pour exprimer l’espérance d’un couple touché par la grâce, dont la série d’extases à deux voix (duetti vénitiens, hypnotiques), contient toute la lumineuse vibration de deux âmes, prêtes à tous les sacrifices pour sauver l’espèce humaine. L’écriture de Falvetti, jalon essentiel de la ferveur italienne, se distingue après Monteverdi, avant Haendel, dans une écriture jamais complaisante ni répétitive; raffinée et jouant des références stylistiques; elle s’ingénie même à ressusciter des sonorités « anciennes » pour accentuer le réalisme et l’expressivité poétique de son sujet biblique. Il Diluvio Universale est une action musicale qui exige autant des choristes, des solistes, des instrumentistes…
Son efficacité dramatique égale voire surpasse Scarlatti (Alessandro), annonce directement Haendel, tout en faisant son miel, des concitati et langueurs montéverdiens. En le rapportant au thème générique de la 31è édition du festival d’Ambronay (« Méditerranée(s)« ), le concert souligne la place centrale de la terre insulaire dans le jeu des influences, métissages, transformations et métamorphoses des styles et des inspirations: au carrefour d’esthétiques multiples, Falvetti nous offre ici pour Messine, en terre sicilienne, une synthèse à la fois sensuelle et éloquente de la musique sacrée à son époque.


Noé et Rad, sublimes intercesseurs

Nouvel Adam, le ténor Fernando Guimaraes s’impose par son chant habité, par un héroïsme tendre; duos et récitatifs (très courts) sont modelés avec finesse et style: comme Orfeo, aux portes de l’Enfer, Noé trouve ici les mots et les intonations justes pour convaincre Dieu de réviser ses plans… ; à ses côtés, son épouse Rad éblouit grâce au feu sensuel, dramatique, embrasé de la soprano Mariana Flores. Même si la cantatrice campe tout au long de l’ouvrage le personnage d’une amoureuse touchée par le projet de son mari, la chanteuse argentine, étoile montante du chant baroque, sait varier ses effets en actrice née: elle apporte couleurs, nuances, subtile incarnation à sa partie: dévoilant sous les crépitements d’un chant de sirène, un tempérament qui annonce, demain, de superbes incarnations scéniques.
Aucun doute: sous la direction vive, affûtée et si fluide de Leonardo Garcia Alarcon, la relève des tempéraments baroques se trouve là, d’autant plus captivants qu’ils sont au service d’une oeuvre flamboyante. Les chanteurs ne font pas que ressusciter une oratorio méconnu (et légitimement révélé), ils en vivent chaque inflexion émotionnelle, atteignant ce coeur palpitant de l’ivresse baroque qui entre exaltation du collectif et ciselure de l’intime, est le moteur de l’oeuvre: même le choeur joue et agit; aux instruments, tous sans exception, revient ce supplément d’âme et de passion; aux partenaires chanteurs du couple intercesseur (Noé/Rad, en lévitation ce soir), revient cette intelligence complémentaire dans la réalisation des caractères : Dieu de Matteo Belloto, Nature humaine de Caroline Weynants, Mort gesticulante Fabian Schoffrin


Leonardo Garcia Alarcon au sommet

Aux Christie et Garrido d’hier, Ambronay fait succéder aujourd’hui les nouveaux champions de la relève. En Leonardo Garcia Alarcon, le festival révélateur a trouvé un ambassadeur charismatique de sa ligne artistique. Le jeune maestro qui était nommé citoyen d’honneur de la ville à la sortie du spectacle, est en résidence à Ambronay pour 3 années: il vient de faire paraître sa version tout aussi exaltée et vivante de Didon et Enée de Purcell dont la vitalité bénéficie de la jeunesse brillante des interprètes réunis (1cd Ambronay éditions, édité en septembre 2010).
Le concert Falvetti impose la marque d’Ambronay dans le paysage des festivals français. Il ne s’agit plus seulement de distribuer des plateaux de grand talent sous la maestrià de chefs révérés: il faut aussi ressusciter des oeuvres nouvelles qui permettent l’essor voire le dépassement du geste artistique. Ici la jeune équipe réunie comme une troupe, électrisée par un chef habile et généreux, donne tout ce qu’elle a. Le Centre Culturel de Rencontre confirme la réussite de ses activités en favorisant ainsi l’accompagnement des talents les plus prometteurs (et déjà convaincants), la révélation de partitions et de compositeurs oubliés, tout en respectant sa thématique générale dédiée à la musique sacrée.

Chef engagé, instrumentistes électrisés et visiblement émus par la tension de l’oeuvre, solistes en état de grâce… ce Diluvio Universale de Michel Angelo Falvetti est l’un des événements majeurs de la rentrée musicale. Et l’un des temps forts d’Ambronay 2010.

Le cd est déjà enregistré; il devrait paraître au printemps 2011 sous le label Ambronay éditions: de quoi réécouter bientôt, grâce au disque les facettes d’une écriture virtuose: le premier duo Noé/Rad; le lamento à 5 du choeur désespéré et terrifié pendant la montée des eaux (en style concitato soudainement interrompu), le solo trop fugace de Noé avant l’apparition de la colombe; le miracle de l’arc en ciel qui est signe du pardon de dieu aux hommes; la danse macabre de la grande faucheuse, enfin, le trio des 3 sopranos au swing jubilatoire irrésistible… Sur le registre du défrichement et de la relève interprétative, le 31è festival d’Ambronay a maintenu son cap: faire de chaque soirée programmée, un événement musical.
Leonardo Garcia Alarcon, le Choeur de chambre de Namur mais aussi le couple de chanteurs si convaincants chez Falvetti, Mariana Flores et Fernando Guimaraes, donneront un nouveau concert en création, dans le cadre de leur résidence à Ambronay, le samedi 2 octobre 2010 à 20h30. Au programme: reconstruction des Vêpres de Vivaldi (autour du Dixit Dominus et du Lauda Jerusalem récemment réattribués en 2005 au Prete Rosso). Ce concert Vivaldi devrait être enregistré en live pour un prochain cd.

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Ambronay. Abbatiale, samedi 11 septembre 2010. Michel Angelo Falvetti: Il Diluvio Universale. Mariana Flores, Rad. Fernando Guimaraes, Noé. Evelyn Ramirez, contre-alto. Fabian Schofrin, la Mort. Magali Arnault, l’eau. Matteo Bellotto, Dieu. La nature humaine, Carloyne Weynants. La Cappella Mediterranea. Choeur de chambre de Namur. Leonardo Garcia Alarcon, direction.

Henry Purcell: Didos and Æneas, Didon et Enée (1689). Livret de Nahum Tate. Solenn’ Lavanant Linke (Dido), Alejandro Meerapfel (Enée), Yeree Suh (Belinda), Fabian Schofrin (Sorcière)… Cappella Mediterranea, Nouvelle Ménestrandie. Leonardo Garcia Alarcon, direction. Sortie le 23 septembre 2010.

Illustrations: Leonardo Garcia Alarcon (DR), Trio féminin (Accent Tonique), Mariana Flores (DR)
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