dimanche 8 novembre 2026

CRITIQUE, opéra. METZ, Grande Salle de l’Arsenal, le 6 novembre 2026. LEHAR : La Veuve joyeuse. E. McNairy, R. Mengus, J.F. Vinciguerra, P. Talbot… Paul-Emile Fourny / Victor Rouanet

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Brigitte Maroillat
Brigitte Maroillat
De formation juridique, et passionnée de musique et d’opéra depuis l’adolescence, Brigitte Maroillat a collaboré à Opera Online en 2017/2018 puis à Forumopera.com de 2018 à 2024 avant de rejoindre ClassiqueNews. Elle est aussi administratrice de la page Facebook du baryton-basse José van Dam.
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Souvent reléguée au rang de divertissement aimable, preuve est faite avec cette Veuve Joyeuse de Franz Léhar que l’opérette peut retrouver une noblesse et une énergie folles. En cette saison de transition, l’Opéra-Théâtre de Metz a choisi de délocaliser sa production phare dans la Grande Salle de l’Arsenal, et le pari est magistralement relevé. Loin de la salle traditionnelle à l’italienne, ce vaisseau de bois clair signé Ricardo Bofill impose ses contraintes, mais la proposition artistique les transforme en atouts. Ici donnée en version semi-scénique, La Veuve joyeuse devient sous la houlette de Paul-Émile Fourny un objet théâtral d’une mobilité et d’une couleur réjouissantes.

Alors certes, il n’y a pas de lourds décors, et c’est précisément ce qui libère le spectacle. Un lustre-montgolfière suspendu dans les airs, quelques praticables, des miroirs et des bouquets qui glissent sur scène suffisent à planter le climat. Mais là où la réussite est totale, c’est dans la manière dont la mise en scène de Paul-Émile Fourny s’empare de l’intégralité du lieu. Les couloirs, les escaliers, les recoins de la salle deviennent des prolongements naturels du plateau. Les interprètes circulent, entrent et sortent avec une fluidité désarmante, créant une impression de fête permanente et de mouvement perpétuel. Cette mise en scène haute en couleurs s’appuie sur un travail visuel somptueux : les costumes de Giovanna Fiorentini éclatent de mille feux, les éclairages de Patrick Méeüs sculptent les volumes avec subtilité, et la chorégraphie de Lucas Resende insuffle une vitalité contagieuse à l’ensemble. Solistes, choristes et danseurs ne font qu’un, et l’on remarque l’implication physique réjouissante de chanteurs pourtant aguerris, qui n’hésitent pas à se mêler aux pas de danse avec un plaisir communicatif.

Autre trouvaille dramaturgique : les dialogues parlés, à l’origine en allemand, sont ici remplacés par un texte français signé et dit avec un abattage réjouissant de l’inénarrable Jean-François Vinciguerra. Ce choix fluidifie le récit, renforce le potentiel comique de l’ouvrage et permet au public de suivre les intrications amoureuses et diplomatiques sans jamais perdre le fil. Les parties chantées, elles, conservent la langue originale, et le contraste fonctionne à merveille.

 

 

 

Le succès de la soirée repose aussi, indéniablement, sur une distribution d’une garnde cohérence et générosité. Emma McNairy, inconnue des scènes françaises il y a peu, incarne Hanna Glawari avec une autorité solaire. Son soprano ample et pulpeux, à la fois charnu et ductile, donne à la veuve milliardaire une présence vocale et scénique de premier plan. Face à elle, Régis Mengus est un Comte Danilo de rêve : il habite le rôle avec une aisance confondante, passant du dandy désabusé à l’amoureux transi avec une sincérité désarmante. Autour de ce couple central, la troupe brille de mille feuxà l’instar de Léonie Renaud (Valencienne) qui s’acquitte avec dignité d’un rôle moins exposé, tandis que Philippe Talbot campe un Camille de Rossillon étincelant, dont la ferveur juvénile et la voix claire font des merveilles. Dans les rôles comiques, Christophe Gay (Vicomte Cascada) et François Piolino (Raoul de St Brioche) sont d’irrésistibles prétendants, visiblement ravis de jouer les faire-valoir loufoques. Et que dire de Jean-François Vinciguerra en Baron Mirko Zeta ? Maître absolu de son texte, il donne au personnage une épaisseur comique et une truculence qui font mouche à chaque réplique. Les petits rôles, confiés comme souvent à Metz à des artistes issus du chœur, permettent de saluer au passage le talent de chanteurs qui donnent au spectacle sa chair et sa couleur.

 

 

Il faut enfin saluer le travail remarquable de Victor Rouanet à la tête de l’Orchestre national de Metz Grand Est. Le chef parvient à tirer de la phalange messine une palette de couleurs et de nuances qui fait honneur à la partition de Lehár. Sa direction est à la fois fougueuse et précise, énergique et souple. Il sait donner du corps à ces valses, mazurkas et autres galops, sans jamais tomber dans la facilité. Loin de n’être qu’une musique « sentimentale », la partition prend sous sa baguette une dimension nostalgique et sensuelle qui touche juste. L’orchestre, tour à tour pétillant et caressant, accompagne les chanteurs avec un soin constant, et l’on ressort de la salle avec les mélodies en tête et l’envie de revenir.

Bravo à l’Opéra-Théâtre de Metz pour avoir su, une fois encore, faire vibrer son public hors les murs avec autant d’exigence et de panache !

 

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CRITIQUE, opéra. METZ, Grande Salle de l’Arsenal, le 6 novembre 2026. LEHAR : La Veuve joyeuse. E. McNairy, R. Mengus, J.F. Vinciguerra, P. Talbot… Paul-Emile Fourny / Victor Rouanet. Crédit photo (c)  Philippe Gisselbrech

 

 

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