vendredi 30 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. « ARCANE 17 » : Philippe Mouratoglou, guitare / Brouwer, Villa-Lobos, Martin, Takemitsu, De Falla, Mouratoglou… (2 cd Vision Fugitive)

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Le choix des pièces enchaînées, le jeu subtil des caractères entre chacune invite au voyage, suscite une écoute intérieure ; le guitariste Philippe Mouratoglou y dévoile une passionnante constellation éclectique ; l’interprète démiurge et improvisateur édifie tout un monde souterrain d’échos, de réponses, de révérences… ; l’approche est toujours allusive et personnelle, investie, d’une originalité réjouissante. L’Arcane 17, emblème étoilé de la liberté et de la créativité artistique (dans le jeu du Tarot), met l’accent sur une jubilation communicative qui sait alterner en poésie, pièces du répertoire et improvisations.

 

 

 

 

Le chant polymorphe des cordes, en nylon, en acier, enrichit toute une palette sonore chatoyante, celle d’un guitariste, interprète et compositeur…. dont le cheminement musical, après les 23 pièces précédentes, s’achève symboliquement par une dernière offrande intitulée « l’Étoile », où dans la capacité du guitariste à chanter hors du temps, suspendre la note, faire fructifier les silences et jouer sur les résonances sympathiques, la guitare permet dans le jaillissement du souvenir, de réactiver un passé devenu présent, comme un rebond infini.

La sélection convoque des guitaristes illustres tel le cubain Leo Brouwer, somptueusement intime et suggestif dans son « Preludio epigramático » d’une riche vie intérieure, active et secrète, qui suscite chez Philippe Mouratoglou, 3 compositions sur cordes métalliques d’après 3 poèmes de l’ami de Frederico Garcia Lorca, Miguel Hernandez, et comme ce dernier, martyr républicain (mort prématurément en 1942) : les 3 poèmes musicaux interpellent, questionnent dans une gravité mystérieuse voire énigmatique : « No te Asomes », inquiet et interrogatif ; « Escribi en el arenal », « Haiku » musical dont l’instrument matérialise la matière fugitive ; « llegó con tres heridas » et son chant heurté, énigmatique, d’une gravité fugace et évanescente…
Beau choix également que celui des « Quatre pièces brèves » du suisse Frank Martin de 1933 et composés alors pour un Andrès Segovia désinvolte qui n’en eut cure… auxquelles sont mêlées les quatre airs de Villa-Lobos, maître indétrônable des rythmes et couleurs amazoniennes et de la rue brésilienne (modinhas et choros) ; ainsi son « Prélude n°3 » où s’écoule un superbe flux intérieur, opulent et voluptueux dans son questionnement, celui d’une conscience émerveillée, d’une profonde sérénité intérieure et souterraine, au chant enivré, suggestif, d’une finesse alliant mélancolie et tendresse … et composant un idéal « final » pour le cd1.

De l’Amérique latine à… l’Amérique du nord, Philippe Mouratoglou (dans le cd2) traverse les territoires comme les époques et les styles. Aux côtés du bouillonnant Villa-Lobos, un autre pionnier visionnaire, revendiquant son ancrage africain paraît également dans cet aréopage constellé : le bluesman Blind Willie Johnson, maître incontesté du « slide » (ou glissando), à travers l’hommage composé par Philippe Mouratoglou lui-même : « Tombeau de Blind Willie Johnson », superbe évocation poétique là encore dont le prétexte narratif inspire étirement et distorsion du son. Le guitariste inspiré ajoute aussi de sa composition, « Jesei » puis « poème suspendu », deux pièces parmi les plus courtes dont l’énoncé furtif, délicat, fin, subtil (références aux estampes japonais et au monde de l’Ukiyo-e)… s’efface dans la nuit, comme un trait esquissé, suspendu. 3 morceaux suggestifs qui semblent partager l’activité du secret des 3 « Folios » d’un Takemitsu tout aussi secret voire énigmatique, dont les silences et d’habiles citations liées à sa bibliothèque musicale personnelle (dont Bach dans le Folio 3) cultivent le questionnement central. Se distingue tout autant le somptueux et captivant « Homenaje » / Hommage de De Falla à Debussy, – seule pièce pour guitare du maître espagnol (1920) dont Philippe Mouratoglou exprime la noblesse souterraine, la pulsion d’une chorégraphie lente et ritualisée, en forme de marche-habanera, énoncée comme une lente mélopée, comme la très ancienne berceuse enivrée d’un passé hors du temps. La force magique de la musique et ici son instrument roi, expriment cet élan vital, essentiel qui dans la réitération du souvenir, réactive la vie concrète qui a passé ; de l’ombre évoquée à la vérité ressuscitée s’insinue et triomphe le chant de la guitare, celle inclassable, inspirante, étoilée de Philippe Mouratoglou.

 

 

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CRITIQUE CD événement. « ARCANE 17 » : Philippe Mouratoglou, guitare (2 cd Vision Fugitive). Pochette originale d’Emmanuel Guibert, texte de présentation de Gilles Tordjman. Sortie le 28 août 2026. – PLUS D’INFOS sur le site de Phlippe Mouratoglou : https://www.philippe-mouratoglou.com/fr/discographie/arcane-17/18 / CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026

 

 

 

 

 

 

présentation / annonce

LIRE aussi notre présentation du double cd événement « ARCANE 17 » / Philippe MOURATOGOU, guitare (Vision Fugitive) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-arcane-17-nouveau-double-album-du-guitariste-philippe-mouratoglou-2-cd-vision-fugitive/
Au programme d’ARCANE 17, plusieurs joyaux du XXe siècle à aujourd’hui ; des contemporains devenus classiques (Manuel de Falla, Frank Martin, Leo Brouwer, Tōru Takemitsu) dialoguent avec les improvisations de Philippe Mouratoglou, ainsi « autant d’«explosantes-fixes» dessinées sous l’égide bienveillante d’une lame de tarot chère au surréaliste André Breton ».
Chaque album de Philippe Mouratoglou redéfinit la place de la guitare dans l’aréopage musical ; en dévoilant des mondes infinis en liaison avec une curiosité hors normes, le guitariste renouvelle aussi le rapport de l’instrument avec le public, comme le déroulement même du concert…

 

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