mardi 3 novembre 2026

CRITIQUE, danse. PORTO, Teatro Rivoli, le 17 mai 2022. « FuckMe » par Marina OTERO

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Inauguré il y a plus d’un siècle sur la Praça de Dom João I, le Teatro Rivoli est notre salle de spectacle préférée à Porto, la seconde ville du Portugal. Avec sa superbe façade Art déco qui trône fièrement au cœur de la ville, cette institution historique a su se réinventer au fil des décennies pour devenir un phare incontestable de la création contemporaine, et plus particulièrement de la danse. Depuis des années, son Grand Auditorium résonne au rythme des avant-gardes chorégraphiques, accueillant des artistes venus du monde entier. Ce temple de la modernité portugaise, qui n’a de cesse de bousculer les codes, a offert une scène idéale pour accueillir une œuvre d’une grande force émotionnelle : FuckMe, de l’Argentine Marina Otero.

 

Assise en bord de scène, telle une maîtresse de cérémonie vêtue de noir, Marina Otero observe ses cinq « sex-symbols » masculins. Vêtus de simples genouillères et de bottes noires, ces danseurs deviennent les extensions d’un corps qui ne peut plus s’exprimer seul. Opéré, épuisé par des années de performances extrêmes depuis les années 90, le corps de la chorégraphe est devenu un champ de bataille silencieux. Face à ce constat, Marina Otero transforme cette impossibilité physique en un acte de création d’une puissance saisissante. Elle délègue sa propre extravagance corporelle à ces hommes, qu’elle regarde évoluer, prêter leurs corps à sa cause narcissique, dans un jeu de miroirs aussi fascinant que troublant.

 

 

Ce n’est pas un hasard si FuckMe – premier volet (d’une série de 3 pièces) de l’œuvre auto-fictionnelle « Recordar para vivir » (Se rappeler pour vivre) -, a conquis le public du Rivoli. Le spectacle est une mise en abîme diabolique de la mémoire, du désir et du temps qui passe. Sur des bandes-son oscillant entre tubes sentimentaux et musiques explosives, les danseurs se livrent à une chorégraphie burlesque et électrique, où le cuir et le latex deviennent les symboles d’un érotisme outrancier. Mais derrière la provoc’ assumée, c’est le récit poignant d’une vie qui se déroule : l’histoire familiale de Marina Otero est entrecoupée d’images vidéo artisanales qui traversent l’histoire de l’Argentine, de la dictature à nos jours.

 

 

La performance de Marina Otero, à la fois narratrice principale et spectatrice de ses propres désirs, est un tour de force. Elle parle sans filtre du vieillissement du corps, de la perte et de l’entretien du désir, et de ce besoin tenace d’être en représentation, même face à l’adversité. Son autoportrait, baigné de couleurs flashy et d’humour grinçant, oscille entre la mise à nu de soi et une réflexion sincère sur la fragilité humaine. Cette œuvre hybride, qui brouille les frontières entre fiction et documentaire, improvisation et représentation, est portée par une virtuosité de construction qui envoûte autant qu’elle dérange.

À Porto, ce 17 mai 2022, Marina Otero a prouvé qu’elle était bien une icône inclassable de la scène alternative. En l’absence de son corps physique, elle a convoqué une présence scénique d’une autre nature, électrisant le Teatro Rivoli de son audace et de sa radieuse irrévérence. Un manifeste vibrant sur la résilience qui hantera longtemps notre mémoire de spectateur !

 

 

 

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CRITIQUE, danse. PORTO, Teatro Rivoli, le 17 mai 2022. « FuckMe » par Marina OTERO. Crédit photo (c) Diego Astarita

 

 

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