mercredi 23 septembre 2026

CRITIQUE, festival. MANTOUE, Teatro Bibiena, le 18 juin 2026. PURCELL : Dido and Aeneas. L. Mancini, M. Borgioni, C. Colombo, A. Potter… Lorenzo Giossi / Michele Pasotti

A lire aussi
Jean-François Lattarico
Jean-François Lattarico
Professeur de littérature et civilisation italiennes à l’Université Lyon 3 Jean Moulin. Spécialiste de littérature, de rhétorique et de l’opéra des 17 e et 18 e siècles. Il a publié de Busenello l’édition de ses livrets, Delle ore ociose/Les fruits de l’oisiveté (Paris, Garnier, 2016), et plus récemment un ouvrage sur les animaux à l’opéra (Le chant des bêtes. Essai sur l’animalité à l’opéra, Paris, Garnier, 2019), ainsi qu’une épopée héroïco-comique, La Pangolinéide ou les métamorphoses de Covid (Paris, Van Dieren Editeur, 2020. Il prépare actuellement un ouvrage sur l’opéra vénitien.
image_pdfTélécharger (.pdf)

Pour sa 43e édition, le Festival Monteverdiaprès une ouverture en fanfare avec les sublimes Vêpres de la Vierge du compositeur crémonais – propose une fascinante plongée dans un autre chef-d’œuvre, Didon et Enée de Henry Purcell, dans le somptueux écrin du Théâtre Bibiena de Mantoue, ville dans laquelle Monteverdi fût Maître de Chapelle, et qui vit aussi naître le grand poète Virgile, l’auteur antique dont le compositeur anglais s’inspira pour écrire son célèbre opéra. Une très grande réussite qui comble les oreilles et les yeux des spectateurs enthousiastes venus nombreux braver la chaleur étouffante de la soirée.

 

Parvenu sous la forme de quatre copies manuscrites tardives, l’opéra de Purcell comptait à l’origine, le livret imprimé de Nahum Tate en atteste, un prologue hélas perdu. Près d’une demi-heure de musique que le chef italien Michel Pasotti a intelligemment comblée en faisant précéder l’œuvre par The Instrumental Music used in The Tempest de John Locke, composé une dizaine d’années auparavant. Choix d’une grande pertinence pour illustrer allégoriquement les tourments de la reine de Carthage. Il s’agit cependant d’une version non pas scénique mais semi-scénique, les interprètes portant de splendides costumes (de Maria Paolilla), tandis que les lumières de Maria Rita Licata tiraient ingénieusement profit du décor de la salle mantouane. Le dispositif scénique imaginé par Lorenzo Grossi permettait aux deux protagonistes de déambuler dans les couloirs situés derrière la scène et d’apparaître dans les balcons frontaux, comme autant de décors en dur. 

Didon est campée par une Lucia Mancini incandescente, voix d’airain et présence scénique électrisante, qui nous a offert un « When I am laid » d’anthologie. Face à elle, Mauro Borgioni est un Énée fort convaincant, dans la manière même d’appréhender le personnage, combatif et désespéré, martial et éploré, visage et chant d’une ductile expressivité, constamment mouvante : du très grand art. On saluera également la prestation de la Belinda de Carlotta Colombo, soprano à la fois délicat et sonore, toujours attentive aux inflexions du texte, un visage éloquent même dans le silence et parfait contrepoint lumineux au sombre destin de Didon, parvenant ainsi à transcender efficacement son simple rôle de confidente. Le contre-ténor Alex Potter incarne une Magicienne imposante physiquement et vocalement, extravagante à souhait dans son costume de satin noir, tout droit sorti d’un carnaval vénitien, agrémentée d’un splendide masque à plume sur le visage ; mêmes costumes de satin noir pour les deux autres sorcières (impeccable Alena Dantcheva et Francesca Cassinari, voix puissante pour la première, plus en retrait la seconde, mais toutes deux d’un grand professionnalisme et d’une présence scénique envoûtante), tandis que le marin de Massimo Altieri et la deuxième femme de Anna Pirolimaintiennent le niveau d’excellence de la distribution, d’une rare homogénéité, confirmée par l’impeccable prestation de Cristina Fanelli dans le rôle d’un Esprit. La mort de Didon était suivie d’une émouvante procession du chœur, excellent et bouleversant, à la bougie qui a rendu plus intense encore l’épisode tragique sur lequel s’achève l’opéra.

À la tête de sa Fonte Musica, Michele Pasotti renouvelle avec justesse et pertinence l’approche du chef-d’œuvre de l’« Orpheus Britannicus ». Le chef italien s’est montré d’une grande habileté à évoquer un univers sonore, dès les premières mesures du prologue de Locke, illustrant, grâce à une matière musicale à la fois précise et mouvante, tempête, vastes océans, le Destin même des personnages et jusqu’au silence qui, comme on le sait dans l’esthétique baroque, n’est pas moins éloquent.

 

 

______________________________________
CRITIQUE, fetival. MANTOUE, Teatro Bibiena, le 18 juin 2026. PURCELL : Dido and Aeneas. L. Mancini, M. Borgioni, C. Colombo, A. Potter… Lorenzo Giossi / Michele Pasotti. Crédit photographique (c) Antonino Dimondo

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

INSULA ORCHESTRA / LA SEINE MUSICALE. Dim 4 oct 2026. JS BACH : 6 Concertos Brandebourgeois, 11h puis 16h – Freiburger Barockorchester

L’Auditorium Patrick Devedjian à La Seine Musicale, dans le cadre de la nouvelle saison 2026 - 2027 d’Insula Orchestra...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img