Pour la clôture du 6ème Festival dos Capuchos, à Almada au Portugal, l’art a dépassé les frontières des salles prestigieuses pour aller à la rencontre du peuple, là où battent les cœurs. Ce 20 juin, la ville d’Almada a offert à ses habitants (et à tous ceux des villes alentours…) un cadeau inestimable : un concert de gala lyrique, en plein air, offert par la ville et le festival, dans le cadre idyllique du Parque da Paz.
Juste en face à Lisbonne, de l’autre côté du Tage (au bout du fameux « Pont du 25 avril »), le grand parc public d’Almada s’est mué en un superbe théâtre à ciel ouvert : les 5 à 6000 spectateurs, massés sur les pelouses (et quelques chaises, pour les plus précoces d’entre eux et les personnalités), étaient les invités d’honneur d’une fête que l’on n’est pas près d’oublier. L’air était doux, l’atmosphère électrique, et ce sentiment de communion entre les artistes et le public a atteint des sommets. La soirée, placée sous le haut patronage de la Maire d’Almada, Mme Inês de Medeiros, et de l’ancien Président de la République portugaise, Mr Marcelo Rebelo de Sousa – tous deux présents, fiers et visiblement émus –, a débuté par un discours de Mme la Maire. Elle a tenu à rappeler sa vision d’un événement « festif et POPULAIRE », des mots qui n’étaient pas vains. Mais ce succès retentissant, cette soirée de haut vol est surtout le fruit d’un travail de fond, d’une vision exigeante et d’une passion inaltérable portée depuis six ans par le pianiste portugais Filipe Pinto-Ribeiro, directeur artistique du Festival dos Capuchos. En seulement six éditions, cet infatigable bâtisseur de rêves (également directeur artistique du Verao Classico à Lisbonne, qui se tient en juillet, et du Bragança ClassicFest, qui se déroule en octobre dans la ville médiévale de Bragança, au nord-est du pays) a su insuffler à la manifestation portugaise une véritable âme, alliant l’exigence artistique la plus haute à une ouverture résolument populaire. Son pari était audacieux : faire d’Almada, la « petite » ville sœur de Lisbonne, une étape incontournable des grands festivals musicaux européens. Pari tenu, et au-delà, grâce à sa programmation exigeante, à sa capacité à attirer des pointures internationales – à l’instar d’Anna Samuil et de Peter Sonn ce soir –, et à sa volonté de tisser des liens durables avec les artistes et le public. Filipe Pinto-Ribeiro a ainsi hissé le Festival dos Capuchos au rang des rendez-vous musicaux les plus importants du Portugal, rayonnant bien au-delà des frontières lusitaniennes.
Le programme, savamment concocté, était un voyage à travers les plus belles pages du répertoire lyrique, passant du drame intense à l’ivresse de l’opérette. Dès le Prélude de Carmen de Georges Bizet, la phalange lusitanienne a distillé une ambiance enlevée, avant que le ténor autrichien Peter Sonn ne fasse vibrer la foule avec « La Fleur que tu m’avais jetée », une interprétation d’une belle sensibilité et d’une puissance vocale qui a immédiatement conquis le public. Puis vint le tour de la soprano russo-germanique Anna Samuil, une habituée du Festival dos Capuchos – et véritable reine de la soirée. Son « Il est doux, il est bon », extrait d’Hérodiade de Massenet, fut d’une pureté angélique, tandis que son « La Mamma morta », extrait d’Andrea Chénier de Giordano, déchira l’air d’une émotion brute. La magie a opéré à nouveau dans le duo « O Soave fanciulla » tiré de La Bohème de Puccini, où l’alchimie entre Sonn et Samuil a atteint son paroxysme.
La soirée a ensuite pris un tour plus léger, mais tout aussi éclatant, avec le sublime Intermezzo de Cavalleria Rusticana de Mascagni, d’une beauté mélancolique bouleversante, avant de basculer dans l’univers envoûtant des opérettes de Kálmán et Lehár. Les airs endiablés de la Czardas Fürstin et le célèbre « Dein ist mein ganzes Herz » tiré du Pays du sourire ont transformé le Parque da Paz en un véritable jardin viennois. Le duo final « Lippen Schweigen » extrait de La Veuve Joyeuse, léger et enivrant, a achevé de mettre le public en état de grâce. A l’issue de la soirée, donnée sans entracte, alors que les dernières notes se taisaient – et que les « bravos » fusaient de toutes parts -, Pedro Neves a alors lancé l’orchestre dans le célèbre « Libbiamo » (extrait de La Traviata de Verdi)… le public se mettant à frapper frénétiquement des mains, à l’unisson du chant passionné des deux artistes.
Ce concert de clôture du Festival dos Capuchos fut la démonstration éclatante que l’opéra n’est pas un art élitiste, mais un langage universel capable de rassembler un peuple entier autour de l’émotion. Grâce à la générosité des artistes, à la baguette tout feu tout flamme de Pedro Neves, à l’excellence de l’Orchestre Métropolitain de Lisbonne, et à la vision de la de Filipe Pinto-Ribeiro et de Municipalité d’Almada, cette soirée restera comme un magnifique coup d’éclat qui a fait vibrer toute la ville d’Almada, et bien au-delà, de nombreux lisboètes n’ayant pas hésité à traverser le Tage pour être de la fête. Bref, un immense succès populaire, un triomphe pour le Festival dos Capuchos – et un souvenir impérissable pour les quelques 6 000 chanceux qui étaient présents !…
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CRITIQUE, festival. ALMADA (Portugal), 6ème Festival dos Capuchos (Parque da Paz), le 20 juin 2026. Gala d’Opéra. Anna Samuil (soprano), Peter Sonn (ténor), Orchestre Métropolitain de Lisbonne, Pedro Neves (direction). Crédit photographique (c) Andreia Carvalho






