Plus attendu dans le répertoire baroque, la violoniste Hélène Schmitt signe ici un album très abouti et original, dédié aux compositrices romantiques, fin de siècle, Belle Époque et contemporaines, d’Amy Beach, Pauline Viardot à Lili Boulanger et Florentine Mulsant, Rebecca Clarke et Cécile Chaminade… La sélection des profils et des pièces dessinent une trajectoire franco-américaine, dévoilant avec une rare finesse expressive, la diversité des sensibilités et des tempéraments. Le fil rouge en est l’extrême finesse sonore, la richesse poétique des intentions réalisées. Magistral.
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La Bostonienne AMY BEACH (1867 – 1944) empêchée et contrainte se révèle dans la finesse et la profondeur de La Captive (1893) puis de la plus longue Romance (1898) sans omettre la subtile Berceuse, dont Hélène Schmitt exprime jusqu’à cette pudeur réservée, tissant un chant éperdu d’une clarté continue, solaire, d’une sincérité absolue.
La vocalité du violon admirable de souplesse et de somptuosité sonore, se déploie chez Pauline Viardot, cantatrice et compositrice, dont la violoniste éclaire la même
sincérité mélodique (Romance), la tentation maîtrisée du caractère (Bohémienne), l’enchantement hors du temps (Berceuse), l’agilité nerveuse, trépidante (Tarentelle). Ce florilège dédié aux compositrices se poursuit dans l’onirisme éthéré, celui de la géniale Lili Boulanger (Nocturne puis « D’un matin de printemps ») où le violon redouble de fluidité comme suspendue, toujours en accord avec le chant nuancé du pianiste (Antoine de Grolée), partenaire idéal pour l’effusion et les visions évanescentes, debussystes – surtout pour « D’un matin de printemps » (aux fulgurances dramatiques, finement expressives)…
Le choix des instruments (cordes en boyau et clavier new yorkais) s’avère tout aussi limpide et expressif dans les 3 Fantaisies, comme enivrées et ardentes de Florentine Mulsant.
Aux côtés de sa compatriote anglo saxonne Amy Beach, la britannique Rebecca Clarke (1886-1979) est l’autre révélation de cet album défricheur : Hélène Schmitt exprime à la perfection l’atmosphère grave et inquiète mais d’une suprême pudeur des deux pièces sélectionnées : Lullaby, puis la plus dramatique et comme envoûtée « Midsummer Moon » (1924, au chant libre, souple, passionné, propice aux métamorphoses sonores)… La valeur hautement poétique de l’écriture trouve un écho particulier dans les deux dernières partitions choisies, signées de la désormais réhabilitée Cécile Chaminade (1857 – 1944) dont les deux musiciens savent capter l’extrême délicatesse expressive (Romance puis Andantino). L’audace maîtrisée du programme s’enrichit d’un livret passionnant, rédigé par Hélène Schmitt dont on connaît l’acuité critique et le souci de pédagogie. Captivant.






