samedi 10 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 9 mars 2026. LULLY : Roland. J. Boutillier, K. Deshayes, J. Sancho, L. Dufy, V. Sicard… I Gemelli, Emiliano Gonzalez-Toro (direction)

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La programmation d’un opéra de Jean-Baptiste Lully (1632-1687), en l’occurrence, Roland, ouvrage peu joué dudit compositeur, est un événement lyrique incontournable. Surtout si cet ouvrage, créé en janvier 1685 à Versailles, est donné à l’Opéra Royal du Château de Versailles, lieu unique, à nul autre pareil, idéal pour apprécier cette tragédie en musique.

 

Jean Baptiste Lully est au faîte de sa gloire et de son génie quand il compose Roland. C’est un an avant son opéra Armide et la « pastorale héroïque » Acis et Galatée, ultimes pièces lyriques, et deux ans… avant sa mort accidentelle. Associé à son librettiste favori, le poète et auteur dramatique Philippe Quinault (1635-1688), auteur notamment du livret du fameux Atys, l’Opéra du Roi, Lully a composé ici l’un de ses chefs-d’œuvre. Cet ouvrage contient le plus grand nombre d’airs (68) de tous ses opéras ainsi que des chœurs d’une grande beauté. Il révèle une inventivité musicale sans pareille et comporte une chaconne, célèbre pièce instrumentale, véritable joyau symphonique, qui se situe au cœur de l’opéra, d’une durée de près d’un quart d’heure.

Fort d’un Prologue imposant – tout à la gloire du souverain Louis XIV, comme il se doit – et de cinq actes, Roland nous raconte une histoire librement inspirée de l’Arioste, Roland furieux. Le librettiste s’est délecté des aventures – et mésaventures – d’un triangle amoureux constitué d’une Reine, Angélique, et de deux amants. L’un adoubé par la Reine, Médor, et l’autre, éconduit, Roland. Econduit, certes, mais pour mieux se tourner vers son destin glorieux !… Le thème de Roland peut se résumer ainsi : la Gloire ou l’Amour, il faut choisir… C’est le destin qui va choisir Roland. Follement amoureux, et pensant avoir triomphé, il découvre qu’il a été joué par la reine, qu’il doit s’écarter une bonne fois pour toute de l’Amour et se tourner résolument vers la Gloire.

La maître d’œuvre de cette production est l’ensemble I Gemelli, formation à deux têtes, d’une part le ténor, directeur artistique et musical Emiliano Gonzalez Toro, d’autre part la directrice artistique et dramaturge Mathilde Etienne. Les Gemelli se sont intéressés plus particulièrement aux facéties amoureuses du trio et ont voulu traiter avec humour le parcours héroïque, mais surtout pathétique, de Roland. Cette lecture de l’ouvrage s’est affirmée peu à peu au point de côtoyer, in fine, le vaudeville. C’est un choix qui nous paraît s’éloigner quelque peu de la Tragédie en musique qu’est l’opéra Roland, qu’on le veuille ou non… L’absence de mise en scène à proprement parler pose d’ailleurs question. Dans ce contexte, les chanteurs semblent s’en donner à coeur joie, à l’image du rôle-titre tenu par le baryton Jérôme Boutillier. En personnage d’opéra-bouffe dans lequel il s’est travesti, il encourage les rires du public avec force clins d’yeux appuyés, à l’avant-scène… Il en va de même de la plupart des personnages, à des degrés divers, à la seule exception de la reine Angélique, non concernée par l’agitation comique…

Le parti-pris adopté tourne le dos à la poésie de Philippe Quinault et finit par lorgner vers l’opérette. A l’inverse, on retiendra certains tableaux judicieusement chorégraphiés, en particulier ceux qui mettent en scène la belle géométrie des chœurs, Les Pages et les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Le plateau de solistes est, quant à lui, excellent. A commencer par le talentueux baryton Jérôme Boutillier: son excellente diction fait merveille, son timbre viril et chaleureux fait de lui un remarquable Roland. Le personnage de Médor est interprété par le ténor Juan Sancho : clarté de l’expression et du chant, de très beaux phrasés. Tout comme les interventions du ténor Morgan Mastrangelo dans les rôles de Coridon et Astolfe. Autre ténor remarquable, Pierre-Emmanuel Roubet pour Tersandre. Intervention très remarquée également de la soprano Lila Dufy dans Témire, la suivante de la Reine Angélique. Celle-ci est très bien incarnée par la soprano Karine Deshayes. Sans oublier le personnage important du Prologue, Démogorgon, que la basse Victor Sicard interprète avec panache. Une fois encore, Les Pages et les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles font merveille. Remarquablement préparés par Fabien Armengaud, leur Directeur Artistique, ils possèdent totalement le langage de ce répertoire, en grand chœur ou en petite formation de solistes (« petit chœur »).

L’ensemble I Gemelli, impliqués et homogènes, sous la direction d’Emiliano Gonzalez Toro, se prennent au jeu de cette musique qui ne sonne jamais aussi bien qu’ à Versailles.

 

 

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CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 9 mars 2026. LULLY : Roland. J. Boutillier, K. Deshayes, J. Sancho, L. Dufy, V. Sicard… I Gemelli, Emiliano Gonzalez-Toro (direction). Crédit photographique (c) Julien Hanck

 

 

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