Quelle soirée mémorable, hier soir 5 mars à l’Auditorium de Bordeaux, qui est devenu – le temps d’un concert – un cœur qui battait à l’unisson avec l’âme ukrainienne. Quelle excellente idée d’avoir conçu ce programme comme un cri de paix et de résistance, mêlant œuvre contemporaine saisissante de Yevhen Stankovych (Dnipro), « Les Chants et Danses de la Mort » de Modest Moussorgski et la magistrale 8ème Symphonie (1943) de Dmitri Chostakovitch.
La première pièce n’était pas seulement de la musique, mais surtout une invocation : on voyait le fleuve, on sentait la terre ukrainienne, meurtrie mais debout, traverser la salle par la grâce d’une orchestration moderne et viscérale, faisant émerger un frisson collectif qui a parcouru le public. Puis est arrivée une seconde révélation : la mezzo-soprano ukrainienne Olga Syniakova. Son interprétation des Chants et danses de la Mort de Moussorgski a littéralement arrêté le temps. Sa voix, tour à tour veloutée et déchirante, a habité chaque mot, chaque silence. Elle n’a pas chanté la mort, elle lui a fait face, avec une fierté et une émotion contenue qui vous prenaient aux tripes. Un moment d’une beauté tragique absolue, salué par un silence respectueux avant que le public n’explose en vivats !
Et puis, la seconde partie. La Huitième Symphonie de Chostakovitch, ce monument de douleur et de rage. Sous la baguette de la cheffe canadienne (d’origine ukrainienne) Keri-Lynn Wilson, fondatrice de l’Ukrainian Freedom Orchestra et qui porte cette musique dans sa chair, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine a répondu présent avec une ferveur bouleversante. Mais pour comprendre ce que nous avons ressenti, il faut se souvenir de la naissance de cette œuvre, écrite à l’été 1943, au cœur des heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’armée soviétique commence tout juste à repousser les nazis après l’effroyable bataille de Stalingrad. Chostakovitch ne compose pas une symphonie de victoire. Lui-même disait vouloir « recréer le climat intérieur de l’être humain, assourdi par le gigantesque marteau de la guerre« . C’est cette humanité brutalisée que Keri-Lynn Wilson a choisi de faire résonner, avec une ferveur et une authenticité bouleversantes.
Chapeau bas les artistes – et Slava Ukraini !
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CRITIQUE, concert. BORDEAUX, Auditorium, le 5 mars 2026. MOUSSORGSKI / CHOSTAKOVITCH. Orchestre National Bordeaux Aquitaine, Olga Syniakova (mezzo), Keri-Lynn Wilson (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu






