Unsunk Chin captive par un foisonnement crépitant de couleurs et de rythmes, chamarrés, euphoriques, presque inquiétants, dès le « prologue / Dramatic Opening of the curtain », premier tableau de « Gougalon » (2009, révisé en 2011), auquel succède un lamento d’une suavité évanescente (« Lament of the Bald Singer ») que la flûte introduit dans un climat aussi étrange que trouble lui aussi…
Ces deux séquences expriment l’imaginaire foisonnant, funambule de la compositrice coréenne (née en 1960), dont l’écriture fébrile, versatile, tactile nous parle immédiatement, après action de son filtre personnel, où l’analyse et un certain humour dans une nonchalance feinte s’expriment par jalons. L’acuité et l’intensité du geste avec lesquels Pierre Bleuse et les instrumentistes de l’intercontemporain abordent chaque pièce renforce l’ampleur théâtrale, le délire spatial, la fluidité versatile d’une musique qui aime le surgissement et les révélations théâtrales, et semble cultiver un caractère improvisé.
La compositrice multiplie les champs / chants expressifs sans jamais diluer le flux, insérant chaque nuance de timbres associés comme des effets de miroirs, des ambivalences… pour mieux tromper dans une illusion active, l’auditeur et peut-être aussi l’interprète.
Tout aussi imprévu et comme jaillissant par vagues successives, et d’une vivacité organique, le Double Concerto (2002) fusionne en réalité le chant du piano (préparé) et des percussions avec l’onde orchestrale comme autant de traversées atmosphériques qui s’enchaînent, toujours dans un climat d’une exceptionnelle transparence ; chaque élément soliste n’étant au final que la composante d’un seul et même corps sonore, une sorte de mobile scintillant, suspendu dans un espace qui ne cesse de produire ses propres impulsions, éclats et formes divers.
Le (très urbain) triptyque « Graffiti » (2012) associe et enchaîne 3 climats totalement distincts, tous inspiré des espaces et lieux de la ville : fourmillement souterrain, inquiétant, proactif (« Palimpseste ») ; nocturne plus angoissé, menaçant que mélancolique (« Notturno urbano »), enfin « Passacaglia » dont le rythme brisé, haletant, syncopé, fragmente le motif mélodique et le diffuse à l’ensemble du corps sonore.
Articulés et ardents, suggestifs et précis, les solistes de l’Ensemble intercontemporain se régalent et transmettent cette célébration suractive de l’instant.
Les interprètes sont d’autant plus inspirés et flexibles qu’ils ont abordés en concert l’œuvre d’Unsuk Chin ; entre autres pendant la saison en cours (concert « City life » de sept 2025 où paraissait Graffiti justement : https://www.classiquenews.com/ensemble-intercontemporain-paris-cite-de-la-musique-city-life-ven-19-sept-2025-chin-murail-reich/)
Voici assurément l’un des meilleurs enregistrements récents de l’EIC sous la direction détaillée, sculpturale de Pierre Bleuse, directeur musical.
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CRITIQUE CD, événement. UNSUK CHIN : Gougalon, Graffiti,… Ensemble intercontemporain,
Pierre Bleuse (1 cd Alpha classics – enregistré à la Philharmonie de Paris, sept 2025)
Plus d’infos sur le site de l’éditeur Alpha classics :
https://outhere-music.com/fr/albums/unsuk-chin
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