samedi 10 octobre 2026

CRITIQUE, concert. METZ, Arsenal, le 14 fév 2026. VICTORIA : Missa Salve Regina, motets [1572]. La Grande Chapelle, Albert Recasens [direction]

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Œuvre de la Renaissance ou du Premier Baroque, celui annonciateur de la Contre Réforme ? Esthétique du XVIème ou du XVIIème? Albert Recasens et ses solistes de La Grande Chapelle réalisent une voie médiane très juste au carrefour des deux siècles. L’écriture de Victoria s’en trouve régénérée, d’un équilibre souverain qu’humanise une activité millimétrée dans les choix vocaux. Le chef sait mesurer une remarquable caractérisation vocale, prémisses des passions Baroques sans jamais sacrifier l’équilibre solaire et circulaire d’un Victoria aussi apollinien que Bach. Le vitrail musical qui s’en dégage, édifie une prouesse sonore qui saisit par sa cohésion comme son sens superlatif des détails…

 

 

Aux 5 séquences liturgiques [qui composent la Missa Salve Regina proprement dite: Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus], Albert Recasens ajoute pas loin de 6 motets qui datant des années 1570, attestent avec éclat de la précocité géniale du jeune Victoria. Un tempérament saisissant capable d’aspirer et de comprendre le meilleur de ses contemporains. Il y a certes l’héritage de Palestrina mais le nerf et le sang ardents qui jaillit dans chaque séquence, militent en faveur d’un Victoria déjà habité par l’or des sentiments. La ferveur superbement incarnée est celle de croyants conquérants, habités par une langueur sereine et confiante, emplis d’une certitude rayonnante, suspendue. Pas encore de doute mais une suavité raffinée, et l’éclat (solaire) des témoins de miracles célestes : la riche polyphonie dont Victoria détient le secret, convoque ce sentiment d’équilibre et de plénitude qui saisit les spectateurs du début à la fin.

 

 

 

 

La Grande Chapelle à l’Arsenal de Metz

Intimiste et spectaculaire
l’éloquente polyphonie de Victoria

 

Le souci d’éloquence, surtout cette caractérisation subtile de l’écriture musicale fusionnée au sens du texte, qui se singularise pour chaque phrase, sont le propre d’un Victoria déjà madrigalesque à l’égal des plus grands italiens. La diversité des formations, le jeu constant des contrastes, et dans le geste si millimétré de La Grande Chapelle, cette accentuation orfévrée de chaque mot, relève de facto d’un pur génie musical ; très subtile caractérisation qui affleure [et approche] la dramatisation du texte assumée chez les madrigalistes italiens contemporains.

Il revient aux interprètes en particulier à la direction précise, efficace, claire d’Albert Recasens, ce geste fluide et naturel qui insuffle à l’ensemble du programme une vitalité constante. Tant d’engagement mesuré exprime la puissance et la justesse de l’approche ; chaque pièce ainsi investie et habitée trouvant un juste équilibre entre l’abstraction suspendue, l’énergie circulaire de l’architecture polyphonique et déjà, la tentation [pré baroque] d’une individualisation dramatique de chaque partie. A ce titre le geste s’avère exemplaire. À 4, 5, 6 et à 8, le texte n’est jamais dilué et la lisibilité de la trame polyphonique, continûment préservée.

Cette lecture s’inscrit dans une série particulièrement aboutie que porte le directeur musical de La Grande Chapelle, musicologie autant qu’interprète. Pour chaque programme et souvent chaque enregistrement simultané, le chef questionne le sens du texte et les moyens de l’exprimer avec naturel et clarté. Ces derniers albums discographiques soulignent la justesse et le sérieux de la préalable : José de Nebra, Antonio Rodriguez de Hita, La mentabatur Iacob… autant de réalisations qui ont décroché légitimement le CLIC de CLASSIQUENEWS (lire en fin d’article).

Albert Recasens s’informe au plus près des sources, dans le respect des traités d’époque, traquant chaque témoignage d’époque pour autant que fiable et cohérent, il apporte un éclairage précis sur contexte, conditions et moyens du jeu à l’époque. S’agissant de Victoria, l’articulation si délectable des textes défendue ce soir, s’inscrit aussi dans la pratique madrilène à la fin du XVIe, quand Victoria était le compositeur et maître de musique de Marie d’Autriche, résidente au sein du Couvent royal des Clarisses déchaussées jusqu’à sa mort en 1603.
À l’articulation vivante et détaillée des textes répond une parure instrumentale qui renvoie directement au statut aristocratique de sa protectrice Habsbourg [Victoria composera pour ses funérailles son bouleversant Requiem].

La fille de Charles Quint, épouse de Maximilien II et qui fut (entre autres) Reine de Hongrie, suscite un ordinaire fastueux qui se lit clairement dans le luxe instrumental restitué [ici 2 sacqueboutes, 1 dulciane, 1 cornet à bouquin et pour le continuo de base : le trio orgue, viole et théorbe).

L’activité des interprètes sait exprimer toutes les nuances et les facettes du conteur Victoria, sa prodigieuse créativité architecturale,… de la dévotion intimiste voire implorante et très finement murmurée, – remarquablement introspective aux étagements conquérants et majestueux, d’une polychoralité parfaitement assumée,… aux vitraux miroitants d’une cathédrale qui s’inscrit dans l’ampleur et la noblesse.

Cette diversité des perspectives et des formats montrent assez le démesure d’une intelligence musicale qui annonce le souffle des grandes œuvres baroques à venir. Le geste de La Grande Chapelle en exprime idéalement tous les enjeux sans jamais sacrifier le naturel ni l’éloquente vivacité. Un prochain enregistrement est annoncé dans la foulée de la tournée dont Metz est une étape.

 

 

programme joué à Metz

Tomás Luis de Victoria (1548-1611)
Antiphon Salve Regina a 8
Kyrie a 8
Gloria a 8
Antiphon Sancta Maria sucurre
miseris a 4
Credo a 8
Motet Ne timeas Maria a 4 (solo)
Sanctus a 8
Agnus Dei a 8
Motet Domine, non sum dignus a 4
Motet Senex puerum portabat a 4
Motet Gaude Maria Virgo a 5
Antiphon Ave Maria a 8
Motet Quam pulchri sunt a 4
Motet Vadam et circuibo civitatem 6 Voices
Canticle Magnificat Primi Toni a 8

 

 

 

 

 

cd de La Grande Chapelle / Albert Recasens
critiqués sur classiquenews

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CRITIQUE CD événement. José de Nebra (1702 – 1768) : Répons de Noël / Responsorios de Navidad (1752). La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction (2 cd Lauda Música)
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CRITIQUE CD événement. Antonio Rodríguez de Hita (1722 – 1787) : l’œuvre sacré en latin. La Grande Chapelle. Albert Recasens, direction (1 cd Lauda)
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CRITIQUE CD événement. MORALES (1500 – 1553) : Lamentabatur Iacob. La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda Musica)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-morales-1500-1553-lamentabatur-iacob-la-grande-chapelle-albert-recasens-1-cd-lauda-musica/

 

 

Photo ©classiquenews

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