La soprano Chantal Santon Jeffery a réussi une prouesse musicale, artistique et technique que nul autre n’avait aussi bien mené jusque-là. Accompagnée du virtuose pianiste de jazz et de boogie Pierre-Yves Plat, les deux artistes ont donné au Bal Blomet un récital spectaculaire allant de Mozart à Barbara, Barbara Streisand à Offenbach, et de Cole Porter à Britney Spears ! Au Bal Blomet où se sont succédé depuis les années 20 les plus grands noms du jazz s’est produite le 13 février une grande dame de l’art lyrique que nous avons alors découvert être une grande dame du jazz, de la chanson, et de la voix tous répertoires confondus à nulle autre pareille. Non seulement tout était bon mais tout était beau, avait un sens, une justesse, comme si ce récital admirablement construit était une histoire dont chaque air ou chanson est un paragraphe.
Chantal Santon Jeffery était déjà ouverte à tous les répertoires lyriques. De Purcell à la création contemporaine, en passant par Wagner et les opéras français inconnus exhumés par le Palazzetto Bru Zane, on disait déjà d’elle qu’elle savait tout faire sans jamais trahir son exigence et ses qualités vocales. Nous avons pris conscience de la liberté totale de l’instrument et de l’art de Chantal Santon Jeffery lorsqu’après une version lyrique de Porgy and Bess, elle reprend entièrement le thème sous sa forme de standard pour en donner une version swing du tonnerre où nous défions quiconque de rester immobile sur sa chaise. Véritable acrobate de la voix, elle utilise à bon escient chaque technique vocale pour le répertoire adapté, du belting aux suraigus de la Reine de la nuit.
Le programme repose sur des couples d’airs, classiques et jazz qui se construisent sur une même harmonie, une même tonalité ou une même signature rythmique. Pierre Yves Plat passe d’un à l’autre avec une déconcertante fluidité qui fait qu’on ne sait plus vraiment si l’on écoute « Voi che Sapete » de Mozart ou « I’m just a Gigolo »de Louis Prima. Les liens musicaux et textuels sont très finement trouvés avec beaucoup d’humour. On sent de la part des deux artistes, en plus de leurs immenses talents, beaucoup d’intelligence. Le programme va crescendo, l’écart entre les pièces classiques et jazz devient de plus en plus surprenant et le résultat qui en découle nous met dans un état d’excitation et de joie peu communs.
Chantal Santon Jeffery a une remarquable façon de chanter chaque mot de telle façon qu’on en comprenne le sens profond. Elle incarne pleinement ce qu’elle dit de Barbara à la Reine de la nuit. Sans être jamais diva, l’immense prouesse technique de ce tour de chant n’est ni démontrée ni ressentie. Elle chante comme Fred Astair danse aussi simplement que s’il était emporté par l’amour et non pas par le travail. À propos de la scène, Chantal Santon Jeffery n’est jamais statique : elle se meut avec élégance sur la musique, avec les mots, de manière naturelle ou théâtrale quand elle veut incarner Carmen ou Chérubin. Son corps est libre, elle danse, nous regarde, se tourne vers le pianiste, comme les meilleurs chanteurs de chanson française.
Cette première donnera, nous l’espérons, suite de nombreuses autres représentations. Destiné à tous les publics, grands mélomanes de l’opéra ou simples fans de chanson, ce spectacle doit faire son Tour de France pour apporter à tous ceux qui le verront une heure et demie de joie, de texte, de littérature, de musique, de voix et d’art. La prochaine représentation est prévue à Igny, dans la salle culturelle des Ruchères, samedi 14 mars, alors à vos agendas !…
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CRITIQUE, récital lyrique. PARIS, le Bal Blomet, le 13 février 2026. « Opéra et + si affinités ». Chantal Santon Jeffery (soprano,) Pierre-Yves Plat (piano). Crédit photographique (c) Droits réservés





