mardi 13 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. THIERRY ESCAICH : TE DEUM pour NOTRE-DAME : Thierry Escaich, Alain Antinoglu ( 1 cd Alpha classic juin 2025)

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Superbe offrande composée par Thierry Escaich (né en 1965), l’un des titulaires du Grand-Orgue, improvisateur virtuose et ici compositeur des mieux inspirés pour honorer la grandeur éternelle de Notre-Dame de Paris, bâtisse martyrisée et récemment restaurée au terme d’un longue convalescence. On se souvient de la récente création de la cantate « Tombeau pour Aliénor », composé sur le texte d’Olivier Py, et créé par Patricia Petibon et les musiciens baroques d’Amarillis, sous la direction d’Héloïse Gaillard (avril 2023).

 

 

Même énergie brûlante et suractive ici, dans ce phénomène sonore qui transforme la pierre inerte (le gisant de la Reine Aliénor d’Aquitaine à Fontevraud) en hymne vibrant, le minéral en formidable creuset palpitant… – et de surcroît dans un format impressionnant (il n’en fallait pas moins sous la nef de Notre-Dame).

Lors de la création in logo en juin 2025 (pour la réouverture de la Cathédrale), l’effectif spectaculaire voire démesuré (180 musiciens : 3 chœurs, un orchestre, un orgue) édifie un somptueux retable – plutôt polyptyque que palla modeste : le TE DEUM ainsi conçu répond point par point à l’esprit et l’architecture de Notre-Dame : majesté et finesse, ampleur et élégance. Avec propre au genre du Te Deum, la célébration (du Tout-Puissant) et la grâce (des croyants exaucés).

Pour ce nouveau défi – quoi de plus paralysant qu’une commande officielle de surcroît pour célébrer la résurrection de Notre-Dame, Escaich retrouve la poétesse Nathalie Nabert déjà sollicitée pour « Le Dernier Évangile » [2000, d’après Saint-Jean]. Après nombre de compositeurs prestigieux tels Lully, Berlioz, évidemment Charpentier, Escaich aborde l’écrasante tradition du Te Deum sous un angle plus humain à travers la joie et l’exaltation de la louange. D’où l’évocation et l’activité des anges célestes.
Mais des anges lumineux tels qu’ils se précisent dans le Livre de Daniel [Cantique des 3 enfants dans la fournaise] ; d’où le déploiement de la partie II, intitulée « Anges de lumière ». La musique se fait aussi implorante et d’une ferveur plus inquiète dans la supplique du « Miserere nostri ». Avec la citation de la mélodie grégorienne elle-même s’impose progressivement lumineuse et de plus en plus explicite jusqu’au final en apothéose.

La réussite vient du dépassement assumé de la stricte liturgie ; Escaich réussit une cathédrale musicale digne de son écrin et sujet, dramatique, taillé pour la scène, dont la vitalité expressive s’appuie surtout sur le livret de Nathalie Nabert : y paraissent les figures qui ont marqué l’histoire de la Notre-Dame ; Saint-Louis, mais aussi parmi les personnalités profanes le conférencier du XIXeme, Frédéric Ozanam, sans omettre les personnages de Victor Hugo [Quasimodo et Esmeralda], comme ses textes eux mêmes [la Légende des siècles, Les Contemplations].
De cette évocation riche et dense, le compositeur a bâti son oratorio en 4 parties comme un cheminement qui part de la matière qui n’éclaire pas, à la flamme éblouissante qui éclaire mais ne brûle pas. Fournaise, combustion, fusion, élévation… l’auditeur passe d’un monde à l’autre, grâce à la formidable créativité du compositeur, grâce au bouillonnement impressionnant de sa forge sonore.
Cependant que le mythe et l’esprit agissant du feu et de la flamme, – claire référence à l’incendie du 15 avril 2019, s’enrichissent encore des citations de Pascal et de Péguy. L’un des points d’orgue expressifs de la partition qui est aussi une création poétique magistrale, est le lac de feu inspiré de Dante [Divine comédie] où cristallise un magma orchestral à partir des contrebasse et des grosses caisses.
À Escaich revient cette sublime trajectoire opérée dans la musique, du feu dévorant destructeur … au feu de résurrection, forge apocalyptique, puis arche d’espérance et de renouveau.

 

 

Pour la réouverture de Notre-Dame de Paris 
juin 2025

De la fournaise à l’élévation finale,
Le Te Deum incandescent, foudroyant de Thierry Escaich

 

La musique (ondulante et théâtrale, d’une grande finesse sensuelle aussi) se fait véhicule de transformation et de révélation ; mais la lévitation finale (et l’espoir qu’elle permet) doivent passer au préalable par la métamorphose : le feu initial c’est l’incendie du bâtiment séculaire (15 avril 2019), sommet d’incandescence sonore (« In ira furoris ») où Thierry Escaich exprime le comble de la fureur apocalyptique. Le Maître de la dramaturgie musicale sait dans « Anges de Lumières » (II) alléger la texture (swing jazz du marimba) ; réserver au chœur d’enfants, une succession de vagues vocales enivrantes. Plus inspiré encore, « Le Vaisseau marial » (III) exprime l’architecture de Notre-Dame, la longévité de son histoire… la séquence est la plus développée, dépassant 14 mn.

Plus opératique et tout aussi symboliste « La flamme percera » s’inscrit dans l’ombre et le mystère (passacaille introductive), avant la pleine lumière et la figure presque combative de la soprano solo dont la voix annonce l’avènement de la flamme, phare planétaire.
L’apothéose et le point d’accomplissement se réalisent enfin dans la reprise du Te Deum et l’Amen final. C’est donc tout un parcours de feu, crépitant, acteur, foudroyant et que la musique par son activité (et sa dramaturgie continue, très habilement contrastée) expose, de la combustion à la fusion : musique volcanique, musique de la forge iridescente, – partition vitrail qui frappe par la puissance de son orchestration comme la lumière de sa texture, l’oratorio de Thierry Escaich foudroie littéralement ; ici Vulcain / Héphaïstos danse pour que dans l’activité de la braise, se produise l’avènement d’un nouveau monde. Les mille nuances de l’écriture en façonne le fascinante langage ; de loin, un langage aussi personnel qu’original et qui propose du Te Deum, un authentique accomplissement contemporain.  La métaphore est éclatante et inscrit l’incendie traumatisant de Notre-Dame, comme une arche vers une nouvelle ère de son histoire.

Et c’est bien sûr l’orgue qui en accuse l’activité en jalonnant le parcours de 3 versets improvisés : plus inspiré que jamais, Thierry Escaich exploite toute les ressources expressives et sonores du Cavaillé-Coll (qu’il joue ainsi régulièrement).

Au diapason d’une écriture intime comme majestueuse, surtout viscéralement dramatique, l’orchestre détaille avec précision, les miroitements multiples de la prodigieuse orchestration escaichienne. Prodige articulé et d’autant plus suggestif que la nef étant grande,  tend à la dilution et l’éparpillement. Mais la prise de son rééquilibre la réalité du concert et restitue ce chef d’oeuvre sacré contemporain dans toute sa verve spirituelle et ses nuées de nuances poétiques. Un chef d’œuvre sacré et contemporain. Magistral.

 

 

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CRITIQUE CD événement. Thierry Escaich :  TE DEUM POUR NOTRE DAME (juin 2025), création mondiale, Maîtrise Notre-Dame de Paris, NFM Choir, Frankfurt Radio Symphony / direction : Alain Altinoglu – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2026.

 

PLUS D’INFOS sur le site OUTHERE : https://outhere-music.com/fr/albums/thierry-escaich-te-deum-pour-notre-dame

 

 

Victoires de la musique classique 2026
L’enregistrement est sélectionné pour les 33èmes Victoires de la musique classique (20 mars 2026) : https://www.classiquenews.com/33emes-victoires-de-la-musique-classique-2026-ven-20-mars-2026-a-brest-quartz-liste-des-candidats-revelations-et-nommes/
Souhaitons que la partition de Thierry Escaich remporte la distinction tant le compositeur organiste réalise de fait, une partition majeure.

 

 

LIRE aussi notre critique création de Destins de Reine / Tombeau pour Aliéner, Olivier Py, Thierry Escaich. Fontevraud, avril 2023 :
https://www.classiquenews.com/critique-concert-fontevraud-le-14-avril-2023-destins-de-reine-creation-de-tombeau-pour-alienor-thierry-escaich-olivier-py-patricia-petibon-heloise-gaillard-amarillis/

D’emblée, le texte d’Olivier Py, admirable à plus d’un titre, très riche et troublant, à la fois déclamatoire et hallucinatoire, pose un immense défi d’incarnation, d’articulation, de suggestion à l’interprète ; mais Patricia Petibon n’en est pas à son premier exploit ; comme par son sujet, il convoque le fantastique et le surnaturel du fait de la figure spectaculaire qu’il célèbre, âme et muse de Fontevraud : Aliénor d’Aquitaine dont le gisant occupe l’église. Tel un spectre toujours vivace, Aliénor, auguste souveraine fut au XIIè siècle, souveraine trois fois : d’Aquitaine, de France, d’Angleterre. Illustre personnalité qui méritait bien ce « Tombeau » musical, composé par Thierry Escaich.

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