Le présent enregistrement est d’autant plus intéressant qu’il réalise la version finale de Simon Boccanegra, celle de 1881 qui profite du travail de Boito en concertation avec Verdi : une mise en cohérence qui s’annonce efficace intégrant désormais les sauts chronologiques surprenant propres au drame du Doge de Gênes, élu malgré lui révélant la stature admirable d’un politique vertueux, aux valeurs morales et humaines proches de l’humanisme et de la fraternité verdiens.
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Critique cd par Alban DEAGS © classiquenews
25 ans séparent ainsi le prologue du début de l’acte I ; acte primordial qui expose les protagonistes en particulier le père dont lui est volé sa propre fille [Amelia]… qu’il retrouve contre toute attente dans l’action proprement dite des actes suivants. Le label Prima Classic, co-fondé par la soprano Marina Rebeka en 2018, et qui chante ici Amelia, a fixé les représentations du Teatro San Carlo de Naples en octobre 2024.
Au San Carlo de Naples, octobre 2024
Le bouleversant Boccanegra
de Ludovic Tézier
L’argument de poids demeure l’excellent Ludovic Tézier dans le rôle de Simon Boccanegra, un rôle qu’il chante et incarne sur la scène depuis presque 10 ans et dont il exprime les justes nuances, la progression psychologique saisissante, celle d’un homme traversé par des épreuves fondatrices qui l’expose au pouvoir, à l’amour, celui de sa fille qu’il croyait avoir perdu ; la relation père et fille, ailleurs si présente chez Verdi (Gilda / Rigoletto, Germont père / Violetta,…) structure le drame, humanisant surtout une figure du pouvoir rattrapé par sa propre tragédie personnelle et familiale…
À Naples, le baryton français – remarquable baryton verdien, – comme Piero Cappuccilli ou Thomas Hampson (autres Boccanegra d’exception) éblouit par son économie, son intensité, les nuances de sa ligne vocale (remarquable legato), le sens des phrasés naturels qui restitue dans le chant, la vibration du théâtre le plus franc et le plus direct. Consumé par un lent poison distillé par son ennemi caché, le Doge de Gênes apprend ainsi la vanité du pouvoir, la versatilité des foules ; seul l’amour sincère de sa fille lui donne une raison de poursuivre…
Amelia justement bénéficie du chant ardent, très incarné, charnel, au medium très présent et aux aigus non moins somptueux (vocalises diamantines idéalement assumée dans le final du I de la très engagée Marina Rebecka, expressive dans ses moindres réparties.
A ses côtés, son fiancé Gabriele Adorno, soit le ténor Francesco Meli peut parfois agacer par son vibrato moins maîtrisés et des aigus lancés sans filets, mais l’implication globale et cette ardeur quasi juvénile et conquérante font la valeur de sa partie : l’auditeur comprend comment ce jeune lion du début, gagne en sagesse et en humanité au contact du vieux loup Simon, jusqu’à montrer sa valeur et succéder en fin d’action au Doge de Gênes. Les 3 convainquent particulièrement dans le sommet psychologique et émotionnel du II : le superbe trio (Simon / Amelia / Gabriele) qui expose et entrecroise les 3 âmes éprouvées ; le trio sacré de l’opéra romantique et de Verdi à son sommet (baryton, soprano, ténor) triomphe ici en incarnant la fusion des coeurs ; tous se reconnaissent sans masques, saisis par un pur sentiment de compassion fraternel partagé : Gabriele en particulier qui comprend enfin l’homme qu’est le doge et qu’il a toujours combattu sans le connaître… (« Perdon, perdon, Amelia »…).
Les deux autres clés de sol, Fiesco et Albiani (Paolo le fourbe empoisonneur) sont bien servies sans cependant noircir suffisamment leurs traits ; de ce point de vue, l’affidé de Paolo, Pietro est plus diabolique et d’une irrésistible vraisemblance grâce à l’engagement d’Andrea Pellegrini ; reconnaissons aussi la noble tendresse de Michele Pertusi, Fiasco paternel et protecteur, d’abord intriguant contre le Doge, puis grand-père révélé d’Amelia, se réconciliant avec Simon exténué (très bon duo final entre les deux au III).
Michele Spotti a la direction nerveuse, parfois brutale et en manque de finesse, cependant la prise de son sait équilibrer le volume orchestral et chaque voix, de fait, idéalement détaillée. Le chœur de l’Opéra napolitain participe à la réussite des ensembles.
Voici assurément l’une des versions de Simon Boccanegra les plus convaincantes de la décennie passée. D’où notre CLIC de CLASSIQUENEWS légitimement attribué au label Prima Classic.
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CRITIQUE CD, opéra, événement. VERDI:Simon Boccanegra (version 1881). Avec Ludovic
Tézier, Marina Rebeka, Francesco Meli, Michele Pertusi, Andrea Pellegrini… Chœur et Ochestre du Teatro San Carlo di Napoli – enregistrement réalisé en octobre 2024. Executive producers: Edgardo Vertanessian (ingénieur du son) and Marina Rebeka (Amelia). CLIC de CLASSIQUENEWS
Plus d’infos sur le site de l’éditeur PRIMA classic : https://primaclassic.com/ – Page dédiée au Simon Boccanegra par Ludovic Tézier: https://primaclassic.com/release/simon-boccanegra/
Simon Boccanegra : Ludovic Tézier
Amelia Grimaldi : Marina Rebeka
Gabriele Adorno : Francesco Meli
Jacopo Fiesco : Michele Pertusi
Paolo Albiani : Mattia Olivieri
Pietro : Andrea Pellegrini
Il Capitano : Vasco Maria Vagnoli
Une servante : Silvia Cialli
Orchestra e Coro del Teatro San Carlo di Napoli
Chef du choeur : Fabrizio Cassi
Direction musicale : Michele Spotti
Enregistré en public à Naples en octobre 2024
Coffret 2 cd Prima Classic,
Parution janvier 2025
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