mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. PARIS, Philharmonie, le 9 octobre 2025. Pascal DUSAPIN : Antigone, création. Christel Loetzsch (Antigone), Anna Prohaska (Ismène), Tómas Tómasson (Créon)… Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä, direction / Netia Jones, mise en scène

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Dans une mise en scène qui relève davantage de la mise en espace (intitulée « performance-installation »), la création d’Antigone à la Philharmonie, revêt les atours saisissants d’une scène essentielle, austère, expressionniste. Ici l’économie ne signifie pas tiédeur ni discrétion ; bien au contraire, la partition essore les personnages, les exhorte à la tension ultime… Netia Jones favorise le noir, le vide… tout, pourvu que, au final, s’expose à nu, la ciselure du chant, voix et instruments, dans un déséquilibre et une intranquillité active.

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© Cordula Treml

 

 

ÉPURE TRAGIQUE

 

 

A travers Antigone, s’impose la pulsion incertaine, la défaillance, le doute qui ébranle directement, franchement la dureté inflexible de l’ordre et de la loi ; la femme est l’agent du sentiment et de l’humanité quand les hommes incarnent la rigidité d’un système pétrifié.
A mesure que se renforce la détermination morale d’Antigone, sœur endeuillée et compatissante (qui entend honoré le cadavre de son frère Polynice), se précise l’écroulement de la figure du roi de Thèbes, Créon, son double opposé, d’abord militaire célébré et fier, puis invisibilité en costume gris qui s’efface finalement épave défaite, détruite, à la démarche bancale (car sont morts dans sa folie autoritaire, sa femme et son fils Haemon, le fiancé de… Antigone.

Musicalement, Dusapin élabore un genre hybride, entre théâtre et musique pure : « operatorio », où c’est le geste de la musique plutôt que l’action théâtrale qui prévaut. La musique serpentine suggère le chemin des sentiments, souligne dans une austérité funèbre l’accomplissement tragique que réserve le destin à chaque personnage. Le compositeur creuse l’incise cinglante des instruments à vent (flûte), les bois (basson et clarinette), que soulignent aussi les éclairs hallucinés des percussions, quand le chant réduit à son essence incantatoire éclaire le texte à la fois chanté, parlé, crié.

 

 

 

Explorant toutes les nuances expressives d’un rôle taillé pour elle, Christel Loetzsch, incarne une Antigone dont la force intérieure jaillit et s’affirme dans sa grande scène centrale. Véritable double et opposé, le Créon de Tómas Tómasson aux graves de sépulcre, d’une humanité elle aussi bouleversante. Sœur d’Antigone, Ismène est tout autant embrasée, intense grâce à Anna Prohaska (aigus cinglants, percutants) ; saluons aussi Thomas Atkins, Haemon, héroïque et fervent. Serti d’éclats éruptifs, de visions suggestives portées par les vagues sonores comme tapies dans l’ombre, le spectacle visuel et musical, compose un relief antique à la fois âpre, crépitant, dépouillé et lunaire.

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Philharmonie, le 9 octobre 2025. Pascal DUSAPIN : Antigone (création). Christel Loetzsch (Antigone), mezzo-soprano ; Anna Prohaska (Ismène), soprano ; Tómas Tómasson (Créon), basse ; Jarrett Ott (un messager), baryton ; Thomas Atkins (Hémon), ténor ; Edwin Crossley-Mercer (Tirésias), basse ; Serge Kakudji (Coryphée), haute-contre ; Natalia Cellier (Eurydice) ; Cosma Moïssakis ou Joseph Raynaud-Palombe (enfant accompagnant Tirésias). Orchestre de Paris ; Klaus Mäkelä, direction. Photos : © Cordula Treml
Diffusion sur France Musique le 29 octobre 2025, ultérieurement sur Arte Concert

 

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