mercredi 14 octobre 2026

CRITIQUE, opéra en version de concert. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 13 octobre 2025. PURCELL : King Arthur. A. Wolf, F. Hasler, C. Auvity… Le Concert Spirituel, Hervé Niquet (direction)

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Le Théâtre des Champs Elysées accueillait, ce lundi 13 octobre, un des opéras en version concert qui sont programmés chaque saison, et non des moindres, puisqu’il s’agissait de l’opéra de Henry Purcell (1659-1695), King Arthur, créé à Londres en 1691. En réalité, il ne s’agit pas à proprement parler d’un opéra, ni même d’un opéra-comique, mais d’un « semi-opéra », ce qui le situe à mi-chemin entre la musique de scène et un ouvrage purement lyrique.

 

A l’origine, cette musique était insérée dans une pièce de théâtre due au poète et dramaturge John Dryden (1631-1700) pour lequel Henry Purcell avait composé plusieurs musiques de scènes. La particularité de King Arthur est d’être un ouvrage éminemment  politique, à la gloire du royaume et de son histoire; son titre original n’est-il pas « King Arthur or The British Worthy », que l’on traduit ordinairement par l’expression « Le Roi Arthur ou le Héros Britannique » ? La partition n’ayant pas été préservée dans son intégralité, ce sont six séquences, dont la fameuse chanson du froid, la « Cold Song » (Acte III) (moult fois adaptée, transposée dans les années 70) qui ont été représentées lors de cette soirée, ce qui donne quelques libertés aux interprètes.

C’est le cas, ce soir, dans l’interprétation du directeur musical du Concert Spirituel, Hervé Niquet, grand spécialiste de la musique baroque, qui, avant de commencer le concert, a avoué aux spectateurs son « incompréhension » devant cette oeuvre qu’il dirige « depuis trente ans« . Ajoutant qu’à l’image des Anglais, on pouvait la concevoir comme une « comédie musicale ». Dans cet esprit, les cinq chanteurs solistes et le chœur de 20 chanteurs, vont être tour à tour appelés à réagir aux épisodes successifs, et à se faire comédiens le temps d’une scène: « l’amour », la « guerre », la séquence hivernale étant la plus connue. Cette dernière nous fait découvrir des solistes qui jouent les enrhumés, et un chœur emmitouflé, grelottant et mimant forces éternuements… 

Il en va de même pour presque toutes les séquences de cet opéra en cinq actes d’une durée relativement brève, puisque ne dépassant pas une heure et quinze minutes de musique. Si le parti pris humoristique s’accommode assez bien de certaines scènes, notamment celle évoquée plus haut dite du « froid », il n’en est pas de même nécessairement  pour d’autres. Par exemple, la scène à caractère « pastoral » qui, encombrée des gesticulations obligées des interprètes, a  perdu de sa poésie et de sa rêverie.

Et la musique dans tout ça ? Tour à tour tonique, gaillarde, délicieusement mélodique, elle est souveraine… Les fragments qui nous sont parvenus sont d’une grande beauté et nous donnent une idée des chefs d’oeuvre lyriques qu’aurait pu nous léguer cet immense compositeur (auteur quand même, rappelons-le, du chef-d’oeuvre Didon et Enée)… s’il avait dépassé le trente-six ans.

Les interprètes de cette soirée sont tous excellents et rompus à ce répertoire et ils se sont même mis parfois un peu en péril… En effet, le choix de la fantaisie a ses limites, et surtout comporte des risques: jouer ou chanter, il fallait savoir choisir. Certains  se sont trouvés au milieu du gué et la justesse en a été la première victime. S’agissant desdits solistes, mentions spéciales seront décernées d’abord à la basse Andreas Wolf, exceptionnel, au timbre cuivré, ainsi qu’à Cyril Auvity dans un emploi de haute-contre; chez les femmes à la mezzo-soprano Floriane Hasler, à la belle ligne de chant. Remarquables, tout autant, le chœur et l’orchestre du Concert spirituel, pour lesquels ce répertoire n’a aucun secret.

Aucun secret non plus pour l’ensemble de tous les interprètes de cette soirée pour jouer la sublime « Musique pour les funérailles de la Reine Mary » (1694) qui était donnée en première partie; musique qui accompagna la monarque dans sa dernière demeure, mais aussi l’année suivante le cortège funèbre de son compositeur, Henry Purcell. L’ensemble Le Concert Spirituel était dirigé par Hervé Niquet qui en est le créateur. Il a dirigé ce programme qui lui tient à cœur, par cœur, n’hésitant pas à faire quelques commentaires à voix haute, pendant le concert, « comédie musicale » oblige…

 

 

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CRITIQUE, opéra en version de concert. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 13 octobre 2025. PURCELL : King Arthur. A. Wolf, F. Hasler, C. Auvity… Le Concert Spirituel, Hervé Niquet (direction). Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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