Rescapé et comme miraculé à force de résilience, d’obstination, de travail, le violoniste Virgil Boutellis-Taft après un accident qui lui a fait perdre la maîtrise de l’instrument, a recouvré toute la palette de ses capacités expressives ; et davantage encore… ce coup du destin a forgé un son singulier, épuré et intense, d’une rare expressivité, à la fois mordante et distanciée, comme traversée par une conscience décuplée qui nourrit ici, particulièrement dans ce programme généreux et redoutable, une lecture habitée, inspirée.
Malgré la virtuosité requise, le style et le jeu d’une exceptionnelle intensité semblent couler comme une source jaillissante, avec l’acuité d’un chant souple et organique. L’instrumentiste sait exploiter toutes les ressources de son violon « ex Pasquier », signé Domenico Montagnana, Venise 1742.
De presque 1h20, le cycle enchaîne les pièces parmi les plus exigeantes du répertoire ; avec orchestre, Poème de Chausson, sans omettre la rare et d’autant plus appréciée Sérénade de Tchaikovsky.
Du Chausson (« Poème », 1896), Virgil Boutellis-Taft (VBT) captive en exprimant le poison d’un envoûtement sonore ; le violoniste capte l’essence amoureuse et tendre de cette pièce qui s’inspire de Tourgueniev, lui-même célébrant Flaubert ; l’emblème mélodique cristallise l’efflorescence d’un sentiment passionné que le violon incarne d’une manière embrasée, et pourtant flexible et claire, où les aigus sont tenus, amples, nourris, cristallins et jamais épais.
Même engagement juste et raffiné pour « Nigun » d’Ernest Bloch dont l’interprète éclaire la densité chantante de la voix soliste, entonnée comme une prière de plus en plus intime ; La Sérénade mélancolique de Tchaikovski déploie une même sonorité riche, ronde, profonde, inscrite dans la gravité, surtout la pudeur – marque de Piotr Illiytch par excellence, où le moto énoncé par un violon enivré, est subtilement doublé par les bois (hautbois et clarinette en tête).
L’interprète concertant n’en est pas moins un remarquable chambriste ainsi que le démontre la Sonate de Janacek (achevée en 1922, avec Guillaume Vincent, piano) – tout en crépitements et accents ciselés, d’une versatilité constamment transparente, dont VBT capte la matière instable, intranquille, profondément inquiète, en prise aux doutes, à l’exaltation sensorielle irrésolue.
Agile, aérien, aussi éthéré et souple là encore, le violon danse et s’enflamme dans « Once there was and once there wasn’t » (2015) de la compositrice Tara Kamangar. Et d’une sensualité ondulante, serpentine, l’instrument envoûte comme un parfum évaporé mais tenace pour la mélodie entêtante qu’a conçu Shigeru Umebayashi pour le film « In the modd for love » de Wong Kar-Wai… Et comme portée par une tension superbement canalisée, les deux dernières pièces semblent filer un son de plus en plus sensible, pur, ciselé : d’abord à deux violons (avec Irène Duval) dans une version originale et captivante de la Danse macabre de Saint-Saëns ; puis l’ultime « Caravan » d’André-A. Hossein, qui suggère la tendre et ineffable nostalgie d’un cheminement nonchalant qui va jusqu’à son inéluctable évanouissement. Sensibilité et gravité, nostalgie et poésie… le programme ne laisse pas indifférent : il enchante. Programme magistral.
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CRITIQUE, cd événement. « CONSTELLATION » / Virgil Boutellis-Taft, violon : Chausson,
Tchaikovski, Janacek, Saint-Saëns, Hersant… Royal Philharmonic orchestra / Jac Van Steen, direction (1 cd APARTÉ) – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2025 Plus d’infos sur le site de l’éditeur APARTÉ :
LIRE aussi notre annonce du cd événement « CONSTELLATION » / Virgil Boutellis-Taft, violon : Chausson, Tchaikovski, Janacek, Saint-Saëns, Hersant… (1 cd APARTÉ) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-constellation-virgil-boutellis-taft-violon-1-cd-aparte/
Geste libre et inspiré, imaginaire sans limite ni entrave, l’interprète promet l’évasion en proposant un programme audacieux et original, comprenant plusieurs grandes pages avec orchestre (Poème de Chausson, Sérénade mélancolique de Tchaikovski,…), des perles chambristes dont la Sonate pour violon JW VII/7 de Janacek, sans omettre la Danse macabre de Saint-Saëns (arrangée ici pour 2 violons par l’interprète lui-même et Irène Duval), la Chaconne de Vitali ou le thème de Yumeji du film envoûtant « In the mood for love »…
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