La 35e édition du festival « Le Temps d’Aimer la Danse » a débuté en trombe, ce vendredi 5 septembre 2025, au Théâtre du Casino de Biarritz avec la performance audacieuse de « America« , par le jeune chorégraphe basque Martin Harriague, futur directeur du CCN de Biarritz (et du festival biarrot) à l’horizon 2027. Ce spectacle était présenté en parallèle de celui de Thierry Malandain (“La Chambre d’amour”, à la Gare du Midi, nous y reviendrons…), et a d’emblée placé la barre très haut, en mêlant satire politique, virtuosité chorégraphique et une théâtralité assumée.
« America » a été créé la saison dernière à l’Opéra Grand Avignon, avant d’être repris en juillet dernier au Festival d’Avignon, où Harriague dirige depuis septembre 2024 le Ballet de l’Opéra de la cité papale. Son langage chorégraphique, souvent décrit comme physique et explosif, s’appuie sur une grammaire classique mais y intègre des éléments provocateurs et humoristiques, souvent nourris par la musique. Cette approche polymorphe (scénographie, lumière, vidéo) reflète sa formation pluridisciplinaire et son expérience internationale. Portée par les 12 danseurs du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, « America” dépeint avec une ironie mordante et une énergie jubilatoire la figure de Donald Trump et les contradictions de l’Amérique contemporaine. Martin Harriague y confirme son statut d’artiste incontournable, capable de transformer un sujet politique explosif en une expérience chorégraphique immersive et drôlissime.
Son travail repose, entre autres choses, sur un usage multimédia intensif et percutant : un écran projetant des images historiques des États-Unis (colonisation, présidents successifs) et des extraits vidéo de Trump, soulignant ses discours controversés sur l’immigration, les armes à feu, ou ses outrances misogynes. La chute du drapeau américain pour révéler cet écran a symbolisé la rupture avec les idéaux traditionnels. Les danseurs, vêtus de costumes et masques à l’effigie de Trump, imitent sa démarche et ses gestes (poings serrés, mouvements saccadés) avec une exagération comique, oscillant entre obscénité et grotesque. La « danse signature » de Trump, bras levés, est devenue un moment hilarant et cinglant.
La pièce aborde des thèmes comme la construction du mur frontalier ou l’assaut du Capitole, traduisant la violence d’une Amérique fracturée. La conclusion sur « God Bless the U.S.A. » de Lee Greenwood, accompagnée d’une pluie de faux dollars et d’un générique façon soap opera, tourne en dérision l’élitisme et le nationalisme. La bande-son mélange également percussions stridentes, extraits de « Mississippi Goddam » de Nina Simone, et morceaux enregistrés avec la voix de Trump, créant une tension entre gravité et absurdité.
La performance a été saluée par une standing ovation du public, conquis par l’audace du propos et la maîtrise technique des interprètes. Harriague, déjà lauréat du Grand Prix de la Critique 2025 pour « Crocodile« , prouve que la danse contemporaine peut être à la fois un art engagé et un vecteur de joyeuse catharsis !…
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CRITIQUE, festival. BIARRITZ, 35e festival « Le Temps d’aimer la Danse » (Théâtre du Casino), le 5 septembre 2025. Martin HARRIAGUE : « AMERICA » (par le Ballet de l’Opéra Grand Avignon). Crédit photographique © Stéphane Bellocq




